Justice

Association de malfaiteurs, meurtre, participation au meurtre et vente des effets militaires. Pour ces infractions, les 9 prévenus impliqués dans le meurtre de Daniel Botethi, vice-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa, sont passibles de la peine capitale. Cette sanction a été requise hier mercredi 27 août à leur charge par le Ministère public devant le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Ngaliema, siégeant au camp Kokolo, dans la capitale congolaise.

La « déception » se lisait hier mercredi sur les visages de la plupart de tous ceux qui, dans la capitale congolaise, attendaient du réquisitoire du Ministère public « l’identité du commanditaire » présumé de l’assassinat, le 6 juillet 2008 au quartier Macampagne de la commune Ngaliema, du vice-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa. Mais le ministère public a requis la peine capitale contre les prévenus pour association de malfaiteurs ; meurtre, participation au meurtre et vente des effets militaires.

Tout semblait concourir à cette piste de « commanditaire » dès la première audience du Tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Ngaliema, siégeant le lundi 7 juillet en « procédure de flagrance » au camp Kokolo, lorsque le prévenu Patrick Mwewa a avoué avoir été manipulé. Lui et ses complices, aux ordres de Kady, alors en fuite.

Trois jours de suspense ont suffi pour qu’à l’audience du jeudi 10 juillet Mwewa sollicite et obtienne du Tribunal, des « garanties sécuritaires » avant de dévoiler le « nom du commanditaire ». Ce qu’il fit le lendemain (vendredi 11), jetant ainsi le pavé dans la mare en affirmant - à voix audible - que « le commanditaire, c’est le gouverneur de Kinshasa ».

KIMBUTA LAVE PAR L’OMP

Depuis lors, et malgré les dénégations du chef de bande à Kady, appréhendé entre-temps dans une autre affaire de guet-apens opéré à Binza, l’audition du gouverneur de la ville, les « excuses au gouverneur » du même Mwewa lors d’une audience de confrontation à trois, le sentiment est demeuré vif. « Il y a un commanditaire », entend-on dire dans plusieurs milieux.

C’est ce sentiment qu’a exprimé un avocat de la partie civile Botethi, intervenant à la suite du Ministère public qui a « lavé » le gouverneur de Kinshasa dans son réquisitoire. « Notre conviction est que le gouverneur fait partie de cette bande de malfaiteurs. Il sera jugé par l’histoire », a déclaré Me Papy Niango. Mais le déroulement du procès écarte cette piste.

Après les plaidoiries des avocats de la partie civile d’hier mercredi, l’audience de ce jeudi est consacrée à la plaidoirie des avocats de la défense. Quant au ministère public, force est de le souligner, a requis la peine de mort contre les prévenus pour association de malfaiteurs.

Ministère public : « Il y a eu association de malfaiteurs »

Procès sur le meurtre du député provincial Daniel Botehi Loleke. Hier mercredi 27 août, il y a eu le réquisitoire du ministère public ; y compris les plaidoiries des parties civiles Botethi et Kankonde. En faisant ses réquisitions, l’organe de la loi a réclamé la peine de mort pour tous les prévenus. Mais pas vraiment tous. Car, avant de terminer son réquisitoire, le ministère public a prié le tribunal militaire d’élargir le prévenu Junior Susungu, et de le renvoyer des fins de toutes poursuites.

Pour sa part, la partie civile MLC a réclamé 1 Fc symbolique de dommages et intérêts. Quant aux parties civiles Botethi et Kankonde, elles demandent chacune un montant de six millions de dollars américains pour les préjudices subis. Concernant ces dommages et intérêts, le ministère public a dit ceci au tribunal : « Vous les condamnerez en solidium avec l’Etat congolais, mais en tenant compte de ses difficultés financières actuelles ».

Pour asseoir son accusation, le ministère public s’est fondé sur le rapport de la police scientifique et des relevés faits par les experts en balistique sur le lieu du crime. Selon lui, c’est le prévenu Kady Munungu qui a tiré le premier coup de feu sur la voiture. Mais suite à la réaction du garde du corps, les assaillants étaient en débandade. Entre-temps, Patrick Mwewa était positionné le long du mur derrière la voiture. Et ce dernier n’a pas hésité à tirer sur le député Botethi qui tentait de se mettre à l’abri. Retenu par le sang de Botethi, Patrick n’a pas pu se sauver. C’est ainsi qu’il a été atteint par une balle tirée par le garde du corps Kankonde.

En outre, le ministère public a déclaré qu’à part Kady Munungu, Patrick Mwewa, Fidèle Ilunga Mbayo et Inoki Lesene, les lieutenants Mungongo et Kalonji doivent été aussi condamnés à mort pour participation au meurtre. Car, ce sont eux qui ont fourni les armes et les tenues militaires à la bande. Armes qui ont servi à tuer le député Botethi.

Aussi, la prévention d’association de malfaiteurs a été retenue contre tous ces prévenus. Là-dessus, le ministère public a évoqué les rencontres de la bande à l’aéroport, à la terrasse « Porte Noire » de Masina, ainsi qu’au camp mobile Luano. Là où se trouve le « Nganda Likaya ». Entendez par là : lieu où ils se réunissaient pour se droguer et s’enivrer de liqueurs fortes, avant d’aller perpétrer leurs forfaits. Même pour cette prévention, les deux lieutenants sont aussi impliqués. En plus pour eux, l’organe de la loi a retenu la prévention de vente d’effets militaires. Prévention pour laquelle il a réclamé quatre ans de servitude pénale principale. Mais en application de l’article 7 du Code de justice militaire, l’organe de la loi a sollicité du tribunal que les deux officiers soient condamnés à la peine la plus forte. Soit la peine de mort. C’était là l’essentiel du réquisitoire fait par le capitaine Alpha Limbaya Mombenzi, organe de la loi dans le procès Botethi.

LA MORT DE BOTETHI, UN VIDE DANS LE MLC

Dans sa plaidoirie, Me Charles Batubenga de la partie civile MLC a dit que feu le député Botethi était un jeune responsable, membre du MLC, deuxième parti national. De par sa stratégie, il a été retenu comme candidat député provincial. Et a été l’unique élu de Kintambo. Et malgré ses 28 ans, il prendra le poste de vice-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa. « Maintenant, son absence se fait remarquer et sentir. Sa disparition continue à causer des préjudices au MLC ». Pour Me Charles, c’est l’Etat congolais qui est responsable de cette mort. Ceci, du fait que la République a failli à sa mission de protéger les personnes et leurs biens. Elle a été aussi dans l’incapacité d’encadrer ses préposés. C’est-à-dire les soldats de la Garde républicaine poursuivis dans le présent procès. C’est pourquoi, le MLC a réclamé la condamnation de la République au paiement d’un franc congolais symbolique.

Quant à la partie civile Botethi, elle s’est exprimée par la bouche de Mes Serge Ntomboji et Papy Niango. Me Serge a révélé au tribunal que feu Botethi était non seulement un homme politique, mais aussi avocat au barreau de Matete. Ce jeune homme a été tour à tour assistant de l’Adg de l’OCPT et conseiller juridique du vice-président de la République Jean-Pierre Bemba.

Comme député, il a remporté le seul siège de Kintambo. « Mais les intrigues et l’incompréhension ont finalement emporté la vie de Botethi. Tour à tour, Me Serge a évoqué le préjudice subi par le père qui avait tout investi dans son enfant ; celui que connaît la mère, devenue inconsolable. Et enfin, les enfants William et Jeacques-Henri, sans oublier celui qui va naître. Il y a aussi cette veuve de 23 ans, qui demande ce qu’elle a fait pour subir un tel sort.

Pour sa part, Me Patty Niango a rapporté son entretien avec le petit William : « Avocat, je sais que tu fais tout pour que papa revienne à la maison ». « Oh ! Monsieur le président, William ne sait pas que son papa ne reviendra plus. Il a à peine 5 ans », s’est lamenté Me Niango. C’est ainsi qu’en demandant une réparation intégrale, Me Papy Niango a prononcé ces mots : « Je dois me taire sur le nom d’André Kimbuta, faute de moyens probants. Notre conviction est qu’il a fait partie de cette bande. Il sera jugé par l’histoire ».

Source : le potentiel/kinshasa