assassins

Sans se départir de sa ligne d’attaque, la défense a joué sa partition. Pour elle, c’est le garde du corps qui, en raison de son inexpérience dans le métier des armes, a tiré sur son chef, le député Daniel Botethi. Aujourd’hui vendredi, comme au jeu de ping-pong, c’est le tour des répliques du Ministère public et de la partie civile.

« Le garde du corps Kankonde croit voir l’ombre de l’adversaire, il atteint son propre chef », a déclaré Me Kasiama à l’audience d’hier jeudi 28 août consacrée aux plaidoiries des avocats des prévenus. Le président du Collectif de la défense a donc plaidé « non coupable » au nom de ses clients. Principalement Patrick Mwewa, que le Ministère public a désigné mercredi comme étant le « meurtrier » de Daniel Botethi, vice-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa.

Contre lui et ses six complices, l’organe de la loi a requis la peine de mort pour « association de malfaiteurs, meurtre, participation au meurtre et vente d’effets militaires ».

A tour de rôle, les avocats de la défense ont donc remis en cause le réquisitoire « vide de preuves matérielles » du Ministère public contre les lieutenants Mungongo et Kalonji poursuivis pour « fourniture d’armes et de tenues militaires » ayant permis aux prévenus Kady Munungu, Patrick Mwewa, Fidèle Ilunga Mbayo et Inoki Lesene de « tuer » le député Botethi.

Dans cette véritable passe d’armes entre les parties en cause, l’opinion publique attend de suivre avec beaucoup d’intérêt, ce vendredi, les répliques du Ministère public et de la partie civile. Avant le jugement qui interviendra à la date que fixera le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Ngaliema. _________________ ______________________

Face au réquisitoire, les prévenus plaident non coupables

Le tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Ngaliema a du pain sur la planche. Les prévenus lui présentés par le ministère public avaient-ils formé une association de malfaiteurs pour attenter à la vie du député provincial Daniel Botethi Loleke ? « Plaidons non coupables », cette phrase est sortie de toutes les bouches des avocats de la défense, y compris ceux de la République démocratique du Congo ; civilement responsable.

Premier à prendre la parole : Me Kasiama, président du collectif des avocats de la défense. Selon lui, ce ne sont pas les prévenus Kady Munungu, Patrick Mwewa, Ilunga Mbayo, Inoki Lesene, Ngoy Kasongo « alias Moto ya Katanga », Mungongo et Kalonji wa Kalonji qui son à la base du décès du vice-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa. Mais bien le garde du corps Kankonde wa Kankonde.

Avant de répliquer aux cartons rouges que le Ministère public a distribués à ses clients, Me Kasiama a présenté ainsi ses sympathies au président Patty Sangwa : « Votre tribunal siège dans des conditions précaires sous des tentes, comme si nous étions en temps de guerre. Quelle que soit l’issue de ce procès, que le Christ soit glorifié ».

Au cours de cette audience, Me Kasiama a fait l’oraison funèbre du défunt député à sa manière : « Daniel, tu as commis l’erreur de ne pas choisir Jésus-Christ comme ton protecteur. Tu as choisi la protection des hommes. Ton meurtre est le fruit de l’amateurisme d’un tireur maladroit. L’accusation, dans son argumentaire, a voulu énerver la vérité, en vain. Dans quelle corbeille le Ministère public a-t-il ramassé ces cartons rouges ? Nous plaidons non coupables, à cause de l’absence de preuves, du doute, du manque d’aveux et de motivation ».

Selon cet avocat, depuis un mois et trois semaines que se déroule ce procès, l’accusation n’a pas pu démontrer une quelconque preuve de culpabilité. Et comme jurisprudence, Me Kasiama a évoqué le cas de la femme adultère de la Bible, blanchie par Jésus de Nazareth. Mettant en garde le tribunal sur une éventuelle erreur judiciaire, le président du collectif de la défense a déclaré que la charge de la preuve incombe au Ministère public. Selon lui, l’aveu doit être vérifié. Ceci, du fait que les aveux ont été à la base de plusieurs erreurs judiciaires. « Même libres, ils ne constituent pas une preuve de culpabilité », a argué cet avocat. Parlant de la motivation, Me Kasiama a allégué que si le ministère public s’était donné la peine de mener ses investigations pendant l’enquête pré-juridictionnelle, on ne serait pas dans cette procédure de flagrance.

Au nom de son collectif, l’avocat de la défense a donné cette version des faits : « Dans la nuit du 5 au 6 juillet 2008, le garde du corps convainc son chef à prendre l’itinéraire de l’avenue Haute-Tension. Ce dernier obtempère et se retrouve face à une embuscade. En ce moment, le député trouve que son garde du corps était dangereux. Il lui demande de se présenter. Mais celui-ci se met à tirer. Les assaillants prennent le large. Le député n’a plus confiance en son garde du corps, il prend le large à son tour. Hébété, Kankonde sort de la voiture en tirant en emporte-pièce sur tout ce qui bouge. Il est resté seul sur le théâtre des opérations. Il croit voir l’ombre de l’adversaire. Il tire et atteint son propre chef ».

A son tour, Me Raoul Konga a abondé dans le même sens : « Nous croyons que la piste Kankonde est à exploiter dans tous ses contours ». Même chose pour Me Eva Kazadi. Selon lui, Kankonde doit être poursuivi pour homicide involontaire. Et c’était le même credo chez tous les avocats de la défense. Pour Me Théodore Mukendi, le garde du corps a eu une formation plus que sommaire, tout juste pour tenir une matraque. C’est ainsi qu’en position des armes de guerre, il s’est mis à faire le « Lucky Luck ». Il a effrayé son propre patron avant de tirer sur lui par inadvertance.

IT/ Pas des DI pour le MLC

Concernant la prévention d’association de malfaiteurs, tous les avocats ont été unanimes à soutenir que le Ministère public a été incapable d’en apporter les preuves. Pour la défense, les relevés des appels téléphoniques ne peuvent pas emporter la conviction des juges sur l’existence de cette association. Il en est de même pour la vente d’effets militaires. Ici, ces avocats ont dit au tribunal que l’accusation n’a pas été en mesure de présenter une quelconque armes ou tenue militaire saisie chez l’un des prévenus.

A propos des dommages et intérêts réclamés par les parties civiles, les avocats de la défense ont soutenu que le MLC n’en avait ni droit ni l’intérêt. Car c’est son président qui engage le parti. Et les modifications apportées aux statuts ne sont pas encore publiées au Journal Officiel. « En quoi le MLC a-t-il été préjudicié ? », ont demandé ces avocats.

Même chose pour la partie civile Kankonde, garde du corps du défunt député. Les avocats de la défense ont dit à son sujet que l’Etat congolais ne peut pas payer des dommages et intérêts à un policier qui a failli à son devoir. Car, chargé de protéger son chef, il s’est plutôt protégé lui-même. Sa défaillance a fragilisé les services de la République. « C’est inadmissible d’allouer six millions de dollars à un homme qui a tué l’homme qu’il devait protéger », a déclaré un des avocats.

Il faudrait noter qu’au cours de cette audience, même la République démocratique du Congo a plaidé non coupable. Elle était représentée par quatre avocats. Me Charlene Yanganzo de ce collectif a estimé que la République n’avait rien à payer au garde du corps Kankonde. Car, comme toute personne en armes, il a prêté serment de verser son sang pour le pays. Or, c’est l’homme qu’il devait protéger qui a versé le sang à sa place. Attaquant le MLC, Me Charlene n’a pas compris comment on devait payer des dommages et intérêts à un parti politique. Même pour la famille Botethi, l’avocate a trouvé quelque chose à redire. Selon elle, avec le meurtre du député Botethi, c’est la République qui a connu une perte incommensurable.

Source : le Potentiel/kinshasa