FDLR

Les prochains jours seront déterminants pour la guerre au Kivu. La Monuc a appelé à un cessez-le-feu immédiat devant l’intensification des combats qui mettent une réelle pression sur la ville de Goma. Les FARDC, par l’entremise du ministre de la Défense, ont accepté le cessez-le feu. Restait le CNDP qui ne s’était pas encore officiellement prononcé pendant qu’il mettait tout le poids militaire en vue de prendre le contrôle de Sake.

Il doit se tenir une importante réunion ce lundi à Goma, avec la participation de toutes les parties impliquées dans le Programme Amani. L’objectif est d’accélérer la mise en oeuvre du dernier Plan de désengagement des troupes.

Mais au moment où se préparait cette rencontre, les combats avaient doublé d’intensité avec la détérioration de la situation sur le terrain. Sake, localité située à 20 kilomètres de Goma, était déjà à la portée des éléments de Nkunda. Face à cette situation, la Monuc a appelé toutes les parties, principalement les FARDC et le CNDP-Nkunda, à un cessez-le feu immédiat.

La réponse des FARDC, par l’entremise du ministre de la Défense, Chikez Diem, est connue. Il appelle à un cessez-le-feu pour permettre la mise en application de ce plan de désengagement. Mais le CNDP n’avait pas encore répondu, relevant qu’il ne peut y avoir de « désengagement sans cessez-le-feu ». Une façon de jeter la pierre aux FARDC qui n’auraient pas respecté le cessez-le-feu. En plus, fort de son avantage militaire sur le terrain, le CNDP continue à exiger des négociations directes avec le gouvernement, dans un pays neutre, et sous les auspices de l’Union africaine. D’où le choix d’Addis Abeba pour abriter cette rencontre.

NEGOCIATIONS SUR PLUSIEURS FRONTS

S’il faut se permettre d’interpréter les propos du président de la République que « tous les moyens seront mis en œuvre pour ramener la paix au Kivu », on peut être tenté d’affirmer que le dialogue n’est pas exclu. La première possibilité est donc le Programme Amani qui bénéficie du soutien de tous les groupes armés qui ont signé l’Acte d’engagement de Goma. Ce cadre est une belle opportunité pour soutenir ce dialogue et aborder toutes les questions, même celles qui fâchent. Aussi, la facilitation internationale qui a été responsabilisée à ce sujet, devra mettre les bouchées doubles dans le but de ramener toutes les parties à cette table de concertations afin de parler à coeur ouvert de manière à combler les insuffisances constatées en vue d’alléger les souffrances des populations de cette province.

Mais il faudra exploiter d’autres fronts diplomatiques pour converger vers le même résultat. C’est-à-dire, une paix durable. Aussi, dans le cadre de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, la convocation d’une réunion d’urgence de cette organisation dans le cade du Pacte de sécurité, de stabilité et de développement de la région de grands Lacs s’impose. Elle permettra de nouer et de consolider ce dialogue entre les pays membres de manière à gérer ce conflit. Cadre qui réunit, outre la République démocratique du Congo, le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, le Kenya, l’Angola, la Zambie, la Tanzanie, la République du Congo, la République centrafricaine et le Soudan.

Cependant, des négociations directes entre le Rwanda et la République démocratique du Congo offriraient de réelles opportunités de paix de manière à éviter de faux-fuyants. Il est vrai que la dernière interview du président rwandais, Paul Kagame, a mis le feu aux poudres. Mais la grandeur politique de la RDC dans sa volonté inébranlable de ramener la paix dans cette région sera appréciée à travers sa capacité d’aborder les problèmes en face. Sans détours. Dans cet élan de la recherche d’une solution durable.

Par ailleurs, cette guerre étant une « guerre économique », surtout avec l’entrée en « force de la Chine » dans des plates bandes des pays occidentaux, il revient aux dirigeants de la RDC de mieux évaluer cette situation dans toutes ses dimensions. A ce niveau, il importe de s’appuyer sur ce réflexe et cette finesse diplomatiques de dialoguer, disons en aparté. Mieux, de tirer les bénéfices d’une diplomatie discrète.

UN MOMENT DETERMINANT

Quoique l’on dise, la guerre au Kivu est entrée dans un tournant déterminant. L’on s’attend à ce que toutes les parties jouent désormais franc jeu dans le but bien précis de ramener une fois pour toutes la paix en Rdc. C’est maintenant ou jamais de savoir si le Programme Amani vaut toujours la peine. Pour autant que la Communauté internationale y croit encore, autant alors qu’elle s’investisse totalement dans le Plan de désengagement afin qu’il connaisse un succès.

L’on attend également la même attitude du côté du gouvernement avec cette conviction de mieux assumer ses hautes responsabilités politiques afin de ne pas rater le rendez-vous de l’histoire. Et dans le cas d’espèce, donner un sens au processus politique en cours, déjà émaillé par l’organisation des élections en vue d’asseoir l’autorité de l’Etat, de préserver l’intégrité territoriale, de renforcer la cohésion nationale de manière à protéger toutes les populations congolaises.

Bien sûr que le CNDP est tenu à s’inscrire dans la même logique de paix pour éviter d’être taxé de « pion » manipulé pour des intérêts étrangers. Il aura ainsi marqué son appartenance à cette grande famille congolaise en se dépouillant du kalachnikov pour ne pas être des éternels va-t-en guerre. Les négociations, même directes, n’auront de signification profonde que si les volontés de tous les Congolais, et non sélectives, sont respectées. C’est-à-dire, vivre et appartenir à un Etat souverain, un et indivisible. Le moment est venu pour que toutes les institutions nationales s’impliquent dans la résolution de cette crise. Allusion faite à l’Assemblé nationale et au Sénat de passer en premières lignes.

Les semaines prochaines s’annoncent décisives.