Le couple, malgré les vicissitudes de la politique congolaise, a encore de beaux jours devant lui.

C’est donc du concret. L’après Gizenga a commencé. Hier mardi 30 septembre, il a fait ses adieux aux membres du Gouvernement et au Président de la République. C’était à l’occasion de son dernier Conseil des ministres, hier mardi 30 septembre 2008. Les raisons de vieillesse qu’il a avancées, le 25 septembre dernier, pour démissionner de son poste de Premier ministre n’ont visiblement pas convaincu sa base la plus radicale. Hier mardi, Gizenga a ajouté des raisons de convenance personnelle. La base du Palu espère encore que Gizenga a un rôle à jouer pour faire asseoir la démocratie, l’unité nationale et pour remettre sur les rails les paramètres vitaux de l’économie nationale. On pense ici à l’échéance 2011 et à d’autres à venir.

Les militants du Palu justifient pleinement le résultat de Gizenga à qui l’on aurait mis des battons dans les roues. Sans consigne de la direction du parti, la base du Palu était ces derniers jours sur le point de basculer à l’opposition. Au niveau des Cellules, les propagandistes du parti avaient tendance à changer de discours. Ils disent ouvertement que Gizenga a demandé en vain le contrôle de la BCC. Et qu’il n’avait aucun contrôle sur l’armée, la police et les forces de sécurité. Une réaction à chaud qui se comprend parce que, pour rien au monde, les militants du Patriarche accepteraient que le Vieux soit vilipendé. Certains analystes estiment que ce discours pourrait davantage se radicaliser si le prochain formateur du Gouvernement n’émanait pas du Palu.

Un mariage pour l’éternité

Lorsque l’on observe les réactions des gizengistes, très souvent pris à parti depuis le départ du Vieux, on comprend qu’il y a un problème d’orientation. Pour parer à cela, les voix autorisées du Palu ont tenu à clarifier la signification du mariage Kabila- Gizenga. On est revenu sur des origines lointaines. Comme pour mieux présenter l’exposé, un haut cadre du parti de Gizenga Antoine préfère parler de cinq cadeaux du Palu. Il rappelle qu’après le Dialogue inter Congolais de Sun City, deux partis politiques influents ont été floués. L’Udps et le Palu. Pendant que l’Udps fourbissait ses armes contre les institutions de la transition et leurs animateurs, le Palu avait continué, bien que dans l’opposition, à soutenir la transition. Ce qui, veut-on que l’on s’en souvienne, avait valu au Palu des attaques des combattants de l’Udps. Le siège du Palu chez le Vieux Gizenga à Limete fut à maintes reprises attaqué. Le soutien décisif de Gizenga, ou du Palu, s’était fait remarqué à l’époque du lancement des opérations d’enrôlement des électeurs. Contre le mot d’ordre de boycott lancé par l’Udps, le Palu avait demandé aux Congolais de s’enrôler massivement. Le Palu faisait la distinction entre l’enrôlement qui est un acte administratif et la politique politicienne.

Résultat, l’opération d’enrôlement ira jusqu’au bout. On arrive alors au moment du référendum constitutionnel. Une Constitution très critiquée. Une constitution, disait-on, venue de Liège, pour vendre le pays. Tout avait été dit sur cette Constitution qui sera finalement adoptée et proclamée le 18 février 2006. La position du Palu sur la question était claire. Comme quoi, il valait mieux une mauvaise constitution que pas de constitution du tout. Pour le Palu, puisque la constitution ouvrait la voie à des élections, seule façon de redonner au peuple souverain son pouvoir confisqué en 1960, il n’y avait aucune autre alternative. Le peuple avait suivi. C’est ainsi que quand l’Udps ordonne à ses militants de rester à la maison le jour du référendum constitutionnel, le Palu appelle les Congolais à aller aux urnes.

La victoire électorale

Le processus électoral avait eu du mal à démarrer. Un certain 30 juin 2006, tous les animateurs de 1+4 se réunissent aux Affaires Etrangères pour s’accommoder un modus vivendi. L’idée de Bemba, Ruberwa, Z’Ahidi, etc. était de laisser Kabila diriger, en contre partie, ils devraient se partager le pouvoir. Le Palu, l’Udps aussi, avaient dit niet. Il fallait aller de l’avant. Il n’est pas faux de dire que le Palu a dégagé la voie en faveur de Kabila. Sinon que le Vieux a facilité à Kabila l’accès au pouvoir. Au lendemain des élections du 30 juillet 2006, la tension monte dangereusement à Kinshasa, le candidat Joseph Kabila est mal-aimé à l’Ouest, le clivage Est- Ouest bat son plein. On est au bord de l’implosion. Homme des situations difficiles, Gizenga Antoine se lève et prend la défense du candidat Kabila qu’il va amener au triomphe le 29 octobre 2006.

Etait-il facile de soutenir Kabila en ce moment là ? Par où étaient passés tous ceux qui s’agitent au jour d’aujourd’hui pour prendre le pouvoir ? On voudrait faire de Gizenga, faiseur de roi, son tombeur. En tout cas, au Palu, le principe est resté le même. Le mariage Kabila –Gizenga est antérieur aux Accords du Grand Hôtel Kinshasa. Le couple subsistera aussi longtemps que les idéaux que les deux hommes défendent ne seront pas trahis. Qui plus, Gizenga et Kabila le père ont vu leurs destins se croiser au maquis pour combattre l’impérialisme. Voici pourquoi il est aisé de dire que eux qui poussent Joseph Kabila à se couper du Palu devaient rougir. C’est une façon de creuser sa tombe. Car, comment un enfant, sauf s’il joue à l’enfant prodigue de la bible, peut-il accepter de se couper de sa famille ? Un poisson peut-il vivre hors l’eau ?

Kabila réhabilite Gizenga

Au Palu, on est loin de cultiver l’ingratitude. On reconnaît que Joseph Kabila est l’homme d’Etat qui a réhabilité le patriarche, compagnon de l’immortel Lumumba. Il y a aussi le fait que le Président Kabila a tenu sa promesse d’organiser les élections. Le couple Kabila-Gizenga a encore de beaux jours devant lui.

Source : la Prosperité/Kinshasa