Cadres et agents de l’Office Congolais de Contrôle (OCC) ne décolèrent plus depuis qu’ils ont appris que le Parquet Général de la République a décidé une nouvelle analyse du riz de Congo Futur importé de Chine au mois de mai dernier et déclaré impropre à la consommation humaine. En effet, dans une lettre que le cabinet du Procureur Général de la République, Mushangalusa Ntayondeza N’Di, a fait parvenir le 27 septembre 2008 à la haute direction de leur entreprise, il est clairement stipulé que les laboratoires de l’OCC et ceux de CRAA (Centre des Recherches et Analyses Alimentaires) de Lubumbashi – lequel avait contredit en son temps les résultats d’analyse de l’OCC- devraient être départagés par l’expertise de la SGS (Société Générale de Surveillance).

Selon le Procureur Général de la République, sa réquisition devrait être exécutée par l’Office Congolais de Contrôle, auquel il est fait obligation de prendre en charge le séjour congolais des experts de SGS ainsi que les frais que nécessiteraient toutes les opérations d’analyse des échantillons du riz de Congo Futur, dont le stock est évalué à 12.000 tonnes. La décision du Parquet Général de la République d’imputer à l’OCC le coup financier de la nouvelle contre-expertise du riz avarié de Congo Futur prend le contre-pied de celle du Premier ministre démissionnaire, Antoine Gizenga qui, dans une correspondance adressée le 03 septembre au Ministre de l’Economie et Commerce, avait indiqué que dans l’hypothèse d’une nouvelle analyse du produit querellé, la facture devrait être totalement supportée par la partie plaignante, à savoir Congo Futur. Le patriarche du Palu avait à l’occasion martellé qu’il n’entendait pas prendre la responsabilité de mettre en péril la santé des millions de ses compatriotes. Pourquoi le PGR n’a-t-il pas suivi la recommandation du chef du gouvernement ? SGS : neutralité contestée D’ores et déjà, dans les couloirs de l’OCC, on fait savoir que la Société Générale de Surveillance, une firme belge qui était en partenariat avec leur entreprise pendant des décennies et dont le contrat a été résilié il y a quelques années au profit de BIVAC, n’offre aucune garantie de neutralité. L’on s’étonne que le PGR ait pris une malheureuse initiative qui jette pratiquement l’OCC dans la gueule de SGS, pour ne pas dire dans celle du loup. Ainsi, la fameuse contre-expertise neutre tant recherchée par le ministère de l’Economie et Commerce, qui était le premier à faire obstruction à la décision de l’OCC de faire incinérer les 12.000 de riz importées de Chine par Congo Futur se révèle comme un coup fourré contre cette entreprise publique chargée du contrôle de qualité et de conformité des produits d’importation et d’exportation en République Démocratique du Congo. A ce stade, on estime que la justice congolaise vient de placer la société d’Etat précitée face à deux « ennemis ». Il y a d’une part Congo Futur, qui conteste son expertise et qui l’a même assignée au Tribunal de Grande Instance de Gombe, et d’autre part SGS, avec laquelle elle avait « divorcé » dans une ambiance surchauffée. En principe, le fâcheux précédent existant entre l’Office Congolais de Contrôle et la Société Générale de Surveillance aurait dû obliger le Parquet Général de la République à disqualifier d’office la firme belge comme « juridiction d’appel ». Et si elle est maintenue comme instance d’arbitrage du conflit OCC-Congo Futur, pense-t-on, le sort de cette entreprise publique est d’ores et déjà scellé. Vers un conflit entre l’Assemblée Nationale et le PGR En décidant de suspendre les résultats d’analyse de l’OCC au sujet du riz de Congo Futur, le Parquet Général de la République vient de semer les germes d’une confrontation avec l’Assemblée Nationale. On se souvient en effet que lors de sa plénière du 09 juin 2008, la Chambre basse du Parlement, après avoir débattu en plénière de la motion du député Jean-Claude Vuemba dénonçant la présence au port de Boma de 12.000 tonnes de riz avarié venues de Chine à la suite d’une commande de la firme Congo Futur, avait arrêté les trois recommandations suivantes : « 1°) faire respecter la décision de l’Office Congolais de Contrôle (OCC) interdisant le déchargement du riz avarié importé par la société Congo Futur dans les ports de Boma et Matadi ; 2°) mettre en place un dispositif de contrôle pour démasquer tous ceux qui se livrent au trafic d’influence auprès de l’OCC sur ce dossier maffieux et sulfureux ; 3°) procéder à l’incinération de cette cargaison en présence des délégués de l’Assemblée Nationale qui seront désignés à cet effet.» Même si le constituant congolais insiste sur l’indépendance de la magistrature, on aurait souhaité voir le Parquet Général de la République tenir tout de même compte de l’avis de l’Assemblée Nationale dans un dossier où la santé des millions de Congolais est en jeu, surtout que la Chine, pays de provenance du riz de Congo Futur, suscite les pires suspicions internationales au sujet de la qualité de ses produits alimentaires. La RDC interpellée par le lait, la margarine et le haricot chinois Il y a deux semaines, l’OCC a fait incinérer 140 tonnes de haricot importées de Chine par les Etablissements Nathan. L’opération a eu pour site le village Benzale, dans la commune de Nsele, dans la banlieue de Kinshasa. Aucune voix ne s’est levée pour contester ce verdict. Il a simplement été conseillé à l’importateur du produit de s’adresser à son assureur pour la réparation du préjudice subi. La semaine dernière, les services compétents de l’OCC au Nord-Kivu ont fait stopper à Butembo un important stock de lait portant la marque « Tyr », car suspecté de ne pas répondre aux normes de qualité pour la consommation humaine. Aucune protestation n’est venue de nulle part. Au milieu de la semaine dernière, l’OCC a dénoncé la présence, sur le marché congolais, d’une grande quantité de margarine placée sous le label « Marco Polo » et qu’il avait déjà déclaré impropre à la consommation. Sa particularité est de ne pas fondre même sous une température égale à 100 degrés Celsius, alors qu’une margarine normale se désintègre à partir de 37 degrés Celsius. Tout le monde s’est réjoui d’une telle alerte. Pas plus tard que le mardi 30 septembre, le ministre de l’Economie et Commerce, André Philippe Futa, a interdit l’importation et la commercialisation en RDC du lait et des produits dérivés provenant de Chine et présumés impropres à la consommation humaine. Leur présence étant signalée à nos frontières, il a enjoint Bivac International d’interdire lesdits produits à l’embarquement en direction de notre pays. Quant à l’OCC, il lui a été recommandé de « mobiliser tous les services prestant aux frontières afin d’identifier et de consigner toute cargaison contenant les produits suspectés ». C’est surprenant que le ministre de l’Economie, qui doute de l’expertise de l’OCC dans l’affaire de 12.000 tonnes de riz de Congo Futur, puisse lui demander de faire le ménage à nos frontières face à la menace d’invasion de notre territoire par le lait chinois et ses dérivés présentement décriés à travers la planète. Quel crédit des importateurs, qui considèrent la RDC comme un dépotoir, peuvent-ils accorder encore à cette entreprise publique, dès lors qu’elle est malmenée par Congo Futur sur son « propre terrain », avec la complicité des décideurs et magistrats congolais ? André Philippe devrait clarifier son discours en direction de l’OCC, auquel il demande à fois une chose (la libération du riz avarié de Congo Futur) et son contraire (le verrouillage des frontières nationales).

source : le Phare/kinshasa