Le sénateur Henri-Thomas Lokondo Yoka, membre également de la Commission de politique étrangère, au Sénat, séjourne actuellement à Bruxelles, capitale de la Belgique. Auparavant, il a été à New York dans le cadre de la tenue de la 63ème session de l’Assemblée générale des Nations unies.

Dans ces deux capitales, il a eu des entretiens politiques intéressants avec des personnalités politiques internationales de haut rang et échangé avec elles sur la situation générale en République démocratique du Congo. Il a tenu ainsi à apporter son point de vue sur l’examen et la résolution des grandes questions qui se posent en RDC, point de vue partagé par de nombreuses personnalités politiques congolaises.

C’est ainsi qu’en ce qui concerne le Programme Amani, le sénateur Henri-Thomas Lokondo a rappelé les grandes lignes de la politique internationale : « Le Programme Amani ne peut remplacer les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. En dehors des efforts que nous fournissons sur le plan interne, pour que l’Acte d’engagement signé à Goma soit strictement et rigoureusement appliqué, il faut davantage une forte implication de la communauté internationale, particulièrement du Conseil de sécurité qui, d’après la Charte de Nations unies, a seul la responsabilité morale et politique du maintien de la paix et de la sécurité internationales parce que la situation au Kivu est un problème international avec la présence des réfugiés hutus. Nous devons cesser avec la rhétorique de la paix. Nous avons l’obligation d’imposer la paix comme l’exige le chapitre VII de la Charte de Nations unies qui est la base du mandat de la Monuc. Il est impérieux que le Conseil de sécurité vote formellement une résolution prenant acte des engagements pris par toutes les parties signataires de la Conférence de Goma. Car si la communauté internationale veut que l’on passe vite de l’étape de simples vœux à celle de la concrétisation de l’application effective de l’Acte d’engagement, il est impératif que cette résolution soit assortie des sanctions multiples pour contraindre toutes les parties à s’y conformer en vue d’ appliquer sans faille le Programme Amani, particulièrement le CNDP de Nkunda ».

GUERRE PAR PROCURATION

Poussant son analyse plus loin, le sénateur Henri-Thomas Lokondo a tenu à faire remarquer à ses interlocuteurs, américains et européens, que Laurent Nkunda « fait ridiculement une guerre par procuration, une guerre affairiste avec certaines multinationales et autres forces du mal qui exploitent illégalement les ressources naturelles de la RDC ». D’où cette situation de pourrissement entretenue par Nkunda et ses parrains mais à long terme « la pourriture peut atteindre tout le monde », a-t-il souligné.

Il relève que le CNDP et ses alliés espèrent maintenir la Rdc dans un état de faiblesse constante « qu’ils capitalisent pour leurs divers besoins en jouant avec le temps, espérant obtenir l’image du « chaos congolais » et faire confirmer le caractère ingouvernable des deux provinces du Kivu ». Pour lui, la déduction est facile à faire : « la reprise des combats par le CNDP est une stratégie qui s’inscrit dans un plan global de liquidation de la Rdc dans sa souveraineté et dans son intégrité territoriale pour une gestion par procuration à la place des institutions, des femmes et des hommes légitimes issus des élections générales, organisées avec l’appui considérable de la communauté internationale ».

Aussi, Henri-Thomas Lokondo se réjouit « de constater que la communauté internationale, l’Union européenne et particulièrement la Belgique aient condamné fermement les déclarations inconscientes de Nkunda ».

CHINE, BELGIQUE… RDC : UN PARTENARIAT ADULTE

La situation en RDC, ce sont également ses rapports avec la Chine et la Belgique. Dans le premier cas, le sénateur Lokondo estime que pour la reconstruction de la RDC, ce pays qui est un Etat post-guerre dont les conséquences se manifestent jusqu’à ce jour dans tous les secteurs de la vie nationale, devrait bénéficier d’un traitement particulier de la part du FMI et de la Banque mondiale qui auraient dû initier un « mini Plan Marshall ». Pour autant que cela n’est pas encore fait, il estime qu’au regard des contrats signés entre la Chine et la RDC, les institutions de Bretton Woods devraient « être sensibles aux explications données par les gouvernements de la RDC et de la Chine pour comprendre que c’est plutôt un contrat général : matières premières congolaises contre infrastructures de base. Et à tout moment, il peut y avoir des avenants ».

Il a saisi cette opportunité pour espérer du FMI et de la Banque mondiale, au nom de la morale universelle et de la solidarité des peuples, l’effacement de la dette extérieure de la RDC dans le cadre de l’ Initiative PPTE avant de préciser que la « Convention de collaboration signée avec le consortium d’entreprises chinoises est une nouvelle expérimentation qui commence à donner des fruits en Afrique. De ce fait, cette convention ne doit pas être considérée par nos partenaires bilatéraux et multilatéraux comme un nouveau point focal ou une nouvelle condition principale pour la conclusion d’un nouvel Accord avec le FMI ».

Et de préciser : « Il est temps de sortir des sentiers battus avec des modèles de développement qui, plus de quatre décennies, ont suffisamment démontré leurs limites en Afrique. Et qu’en plus, la Chine n’est pas entrée en RDC par effraction. Sa coopération a aussi une histoire ».

Présent à Bruxelles, il s’est attardé longuement sur les rapports entre les deux pays. Et ce au regard des derniers tumultes. Sur un ton optimiste, il soutient : « La Belgique et la Rdc sont condamnées par l’ histoire à vivre ensemble dans un partenariat adulte, dans une solidarité interdépendant non moralisatrice … ».