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" Les taxis, disait Cocteau, sont comme les femmes. Ils se font rares quand le temps est mauvais ". Avant-hier à Kinshasa, le temps était " mauvais " pour les automobilistes. Non en règle de paiement de la prime d'assurance et de la vignette dans la majorité de cas, ils ont choisi de garer leurs véhicules pour échapper à la mise en fourrière.

Sur le boulevard Triomphal ou du 30 Juin, les embouteillages habituels de début de semaine ont fait place à une circulation fluide. De longues files de pétions étaient visibles le long de grandes artères de la capitale. Conséquence immédiate de cette opération.

Pour de nombreux observateurs, au regard des déclarations faites sur radio Okapi par le directeur adjoint de la DGRK (Direction générale des recettes de Kinshasa) Constant Raoul Kakwata, la ville de Kinshasa, par le truchement de son gouverneur André Kimbuta, vient d'engager les grandes manœuvres contre les automobilistes inciviques, prompts à vilipender les gouvernants pour le mauvais état des routes sur lesquels ils circulent et qui renâclent à payer, avec promptitude, leurs impôts, oubliant que la ville a besoin d'argent pour mener à bien sa politique d'assainissement.

Que dire de cette première journée ? En tout cas sans crainte d'être contredit, elle a été une totale réussite. Les automobilistes qui étaient convaincus, au vu de l'expérience passée - couleurs de voiture taxi - que la ville allait reculer, ont déchanté. La ville n'a pas cédé au chantage des propriétaires de véhicules. Combien de temps ces derniers vont-ils tenir ? Telle est la grande question.

Mais une chose est vraie, si la ville et la Sonas maintiennent la pression, tous ces inciviques seront bien obligés de sortir de leur retraite pour s'acquitter de leurs obligations. Car nous le savons, ils ne pourront tenir une semaine durant.

Pour d'autres, cette opération est salutaire. Elle démontre à suffisance que beaucoup de véhicules qui encombrent nos routes ne sont pas en règle. Raison de plus pour encourager les automobilistes en règle qui roulent maintenant sur des voies dégagées.

Du côté des automobilistes, pour justifier ou expliquer leur incivisme fiscal, ils invoquent l'obligation faite de payer en une tranche alors qu'un paiement échelonné, vu la rude conjoncture, aurait été souhaitable. Souhait qui peut-être étudié et analysé par les services financiers de la ville de Kinshasa.

En attendant tous ceux qui invoquent le financement des Chinois avec des propos du genre " bongo mbongo ya ba Chinois, batie yango wapi) (Et l'argent des Chinois où l'ont-ils mis ?), doivent savoir qu'il sont à côté de la plaque. Tout le monde doit payer son impôt, raison de plus pour motiver la population.

Pour l'exemple, les députés, les ministres et autres sénateurs devront s'acquitter de leurs impôts. Si la Chine nous aide aujourd'hui, c'est parce qu'elle a pu moraliser son milliard d'habitants, prompt à s'acquitter de son impôt, à respecter le bien commun et surtout à se sacrifier pour son pays. Ainsi, si hier la Chine comptait pour du beurre dans le concert des nations, aujourd'hui, par le travail acharné, le sérieux des dirigeants, elle est devenue une puissance qui compte.

Devant le gâchis que l'observe dans notre pays, ou les dirigeants sont prêts à s'endetter auprès du premier venu, force est de reconnaître que nos problèmes même dans ce domaine précis sont surtout liés à notre capacité de nous organiser.

Car dans notre ville de Kinshasa, il existe des niches où le pouvoir provincial aurait pu, avec ordre, rigueur et organisation, mobiliser des sommes colossales à même d'aider au développement de la ville capitale.

Peut-on imaginer ce que l'impôt foncier rapporterait à la ville de Kinshasa où il y a pas moins d'un million de parcelles. Si chaque propriétaire payait, dans les communes périphériques, la modique somme d'un (1) dollars chaque mois soit 12 dollars par an, montant qui pourrait être haussé pour les communes comme la Gombe, Limete, Kalamu, Ngaliema etc…Qu'est-ce que la ville n'engrangerait pas comme argent ? Si l'Etat s'affirmait,il pourrait aussi obliger tout locataire à payer son loyer en déduisant la taxe revenant à l'Etat.

Dans les pays qui se respectent, un contribuable défaillant voit sa maison vendue pour permettre à l'Etat de rentrer dans ses droits. Ceux de nos compatriotes qui vivent dans ces pays en savent quelque chose. Surtout ceux qui ont vu leurs propriétés vendues en France, en Afrique du Sud pour permettre au fisc de ces différents pays de rentrer dans leurs droits.

D'où la question de savoir, sommes-nous à cours d'idées et d'inspiration pour mettre sur pieds, dans ce vaste pays, un service de fisc digne de ce nom. Si non, pourquoi nous n'arrivons pas à montrer nos capacités organisationnelles ? En tout cas, telle est la grande question à laquelle nos dirigeants devront répondre dans l'extrême urgence. Il y va de l'avenir de ce vaste beau pays.