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A cause des tergiversations politiques, Inga risque de devenir le barrage hydroélectrique par lequel le malheur frappera la RDC. Congolais et partenaires africains redoutent le report sine die de l’industrialisation et du développement promis, depuis des décennies, par le méga barrage. D’ores et déjà, ils entrevoient la perspective des espoirs déçus.

Que veut, enfin, la RDC en matière de production massive et fiable de l’énergie électrique ? Construire Inga III en solo pour produire 4 200 mégawatts d’électricité avec la complicité de BHP Billiton Ltd, le géant minier mondial d’aluminium qui frappe à la porte ?

Ou respecter les engagements antérieurs en concrétisant sa participation au projet régional d’Inga III, dénommé ‘Westcor’, conformément aux accords signés en 2005 avec l’Angola, le Botswana, la Namibie et la République Sud-africaine ?

C’est depuis plusieurs décennies, en effet, que le dossier d’Inga en général et, en particulier, celui du Grand Inga (40 000 mégawatts) intéresse les investisseurs de par le monde. De simple étude moisissant dans les tiroirs de l’ancien Congo Belge, le président Mobutu, grâce à son opiniâtreté, en fit une double réalité respectivement en 1972 (Inga I) et en 1982 (Inga II).

Reste que, pour divers motifs plausibles – maintenance lacunaire, usure des équipements, demande accrue de l’énergie tant en RDC qu’en Afrique - les deux premiers ouvrages doivent être renforcés par Inga III ou, mieux, le Grand Inga. Toutefois, l’argent, pour réaliser ce type de projet, demeure le nerf de la guerre. La RDC, à son corps défendant, est obligée de le chercher ailleurs. Encore lui faudrait-il prouver sa solvabilité et la crédibilité de ses institutions.

Avant de se ruer sur le marché international, Kinshasa a attrapé la perche qui lui a été tendue par les pays de l’Afrique australe. L’Angola, le Botswana, la Namibie et l’Afrique du Sud ont offert de travailler conjointement avec la RDC, pour créer une source commune et sûre d’énergie (Inga III), avant de voir grand avec le Grand Inga. Des accords ont été signés, qui donnent corps à l’entreprise commune ‘Westcor’.

COUP DE MASSUE

Seulement voilà. Après quelques années, un flottement singulier est apparu. L’enthousiasme congolais à l’égard du projet communautaire commence à s’émousser. Les officiels boycottent les rencontres stratégiques sur l’avenir d’Inga. Ainsi le ministre de l’Energie fait-il attendre, en vain, ses pairs de ‘Westcor’ à la réunion de Luanda (Angola, août 2008). Il avait précédemment snobé le Conseil mondial de l’énergie réuni à Londres (Grande Bretagne, 2008). Une succession de forfaitures qui, en politique et en business, met la RDC sous les feux de la suspicion de la part des partenaires et des investisseurs.

Comme dans un feuilleton, les pays membres du ‘Westcor’ n’ont pas mis longtemps pour exprimer leur désapprobation. C’était à l’occasion du coup de massue que venait de leur asséner la RDC. Le ministre congolais de l’Energie avait été chargé de leur communiquer la volte-face du gouvernement. «Nous voulons renégocier avec ‘Westcor’ pour lui confier la réalisation du Grand Inga au coût de 80 milliards de dollars», avait-il déclaré au magazine Bloomberg le 13 octobre 2008. Sous-entendu, la RDC se réserve le droit de construire Inga III avec d’autres partenaires, pour 5 milliards de dollars.

Réaction mesurée de ‘Westcor’ par la voix de Pat Naidoo, son directeur exécutif : «Congolais, soyez réalistes. Le Grand Inga nécessitant de très gros investissements, ‘Westcor’ ne serait pas prêt, du moins à court terme, de se lancer dans sa construction. Nous prendrions un retard de 10 ans supplémentaires pour le faire. Mais nous avons confiance que les travaux de construction d’Inga III débuteront au début de 2010, comme initialement prévu».

Entre la RDC et ses partenaires de l’Afrique australe, le décor est planté pour des affrontements à fleurets mouchetés. Le «double jeu», dont on accuse Kinshasa, ne peut se démentir qu’à l’issue d’une claire et convaincante explication avec Luanda, Gaborone, Windhoek et Pretoria. A cet effet, la diplomatie, sous toutes ses formes, est l’arme idéale. Et c’est urgent.

Source : Le Potentiel/Kinshasa