drapeauDrapeau_AngolaLes affrontements entre le CNDP de Laurent Nkunda et les forces loyalistes (FARDC) tendent à prendre une tournure explosive. Si jamais les négociations annoncées n’aboutissaient pas, il y a lieu de craindre une régionalisation du conflit armé avec l’entrée dans la danse de l’Angola, à la fois sollicité et qui s’invite lui-même pour des raisons géostratégiques.

L’avancée des troupes de la rébellion du CNDP vers Goma a causé une catastrophe humanitaire sans précédent à l’Est de la RDC. Près de deux millions de personnes ont quitté leurs lieux naturels de vie, pour fuir des combats opposant le CNDP aux troupes gouvernementales.

Ce conflit armé qui perdure dans cette partie considérée comme le ventre mou de la RDC, a interpellé les décideurs du monde. Présentement, ils rivalisent d’initiatives pour conduire à une paix durable Un élan de sympathie accompagne cette marée humaine afin d’éviter une catastrophe plus étendue.

Toutefois, l’implication des uns et des autres dans la résolution de la crise congolaise tend à une régionalisation du conflit. Laquelle ne se fera pas sans ébranler des rapports entre Etats mais également entre grandes puissances. De plus en plus, il est fait état de la présence des éléments en uniforme angolais à Goma. Des sources indiquent qu’il s’agirait des instructeurs et des officiers de renseignements. Leur présence au front consisterait à apporter une assistance au commandement opérationnel congolais.

Mais à Kitchanga, fief du CNDP et dans une certaine mesure à Kigali et Kampala, les experts angolais seraient considérés comme des équipes militaires de reconnaissance sur le terrain, en prévision d’une expédition d’envergure.

Ces supputations font l’objet de moult interrogations sur des raisons qui pourraient justifier l’implication de l’Angola dans un conflit armé qui se déroule à plus de 2.000 km de ses frontières.

Le lundi 03 novembre, sur RFI, un général français a exprimé le point de vue de son pays sur la crise de la RDC. Dans la foulée, il a appelé à l’implication de l’Angola dans la recherche de solution, à la guerre qui sévit à l’Est de la RDC. Il voyait mal que le pays de Dos Santos soit ignoré dans le processus de pacification durable de la RDC.

Il faut aussi rappeler que des sources proches des chancelleries occidentales dans la capitale congolaise, Kinshasa aurait déjà sollicité la contribution diplomatique, voire militaire dans le cadre de la SADC. C‘était à l’occasion du sommet de cette organisation sous-régionale de l’Afrique australe tenue fin octobre dernier au Swaziland, a confirmé une source gouvernementale.

LES ENJEUX GEOSTRATEGIQUES

Le fait n’est pas nouveau. En 1998, Luanda a sauvé le régime de Laurent-Désiré Kabila. Une expédition rwandaise conduite par James Kabarebe sur Kitona a été stoppée net grâce à l’intervention in extremis des troupes angolaises. L’ouverture d’un couloir humanitaire avait permis le retour, at home, des militaires rwandais membres de l’expédition.

Le contexte a changé. En 1998, la menace du conflit armé était pressentie à quelques km du territoire angolais. On est en 2008. Les enjeux pourraient –ils rester les mêmes ? D’autant plus que, cette fois-ci, le théâtre des opérations se situe à 2.000 km des frontières entre Kinshasa et Luanda.

Les seuls enjeux militaires suffisent-ils pour expliquer la mise en branle actuelle de Luanda ? Les avis sont partagés. Toutefois, l’éventualité d’une nouvelle intervention militaire de l’Angola sur le territoire congolais est comprise par certains analystes comme une nouvelle donne régionale.

Autant l’Angola est invité autant il s’invite dans la crise congolaise. Cela procéderait, dans un premier temps, de l’adage selon lequel lorsque la case du voisin brûle, il faut participer aux efforts d’extinction du feu. Ce qui éviterait l’extension de l’incendie. Il faut stopper l’effet de contagion.

Dans un deuxième temps, Luanda n’aurait aucun intérêt à se complaire dans un changement de régime à Kinshasa d’un régime qui ne lui serait pas favorable.

Les raisons sont à trouver dans l’histoire commune de deux voisins. Le régime Mobutu avait régulièrement déstabilisé l’Angola à travers la rébellion de Savimbi et son Unita. Le régime en place à Luanda n’est pas disposé à revivre les affres de l’époque.

Par ailleurs, l’intervention militaire angolaise donnerait de la superbe à Kinshasa quand il s’agira d’aller aux négociations. En ayant en main des cartes qui pèsent.

Un autre enjeu géostratégique de taille pour Luanda est économique. D’ici 2015-2020, le volume des importations pétrolières américaines connaîtra un boom. Une région, comme le Golfe de Guinée qui regorge 15 à 25 % des réserves pétrolières, ne peut échapper à l’emprise des USA. Ainsi qu’on peut s’en douter, les relations d’affaires entre les deux pays, USA et Angola, n’ont pas réussi à dompter les dirigeants de ce pays blanchi sous le harnais de la lutte de libération et de la lutte contre le néo-colonialisme.

Le soutien américain au mouvement rebelle de l’Unita n’a pas totalement disparu de la mémoire du régime en place à Luanda. Celui-ci craindrait tout changement intempestif de régime à Kinshasa qui mettrait en place des dirigeants hostiles à Luanda. Dans ces conditions, le régime à Luanda serait la prochaine cible dans un élan de déstabilisation destiné à s’assurer un contrôle total des matières premières après l’effondrement du système financier spéculatif.

L’IMPLICATION OFFICIELLE DU RWANDA

Une intervention militaire directe de l’Angola à l’Est ne ferait que précipiter les événements. La prise de Goma et le renforcement des positions du CNDP pourraient en être le détonateur. Des diplomates à Kinshasa redoutent cette éventualité malgré l’existence d’un pacte de non-agression signé entre Kigali et Luanda.

Il s’ensuit qu’une présence militaire massive angolaise à Goma constituerait un motif plausible pour l’entrée en scène au grand jour du Rwanda dans le conflit armé. D’ailleurs, il est fait état des mouvements des troupes aux frontières communes entre la RDC et le Rwanda. Une pareille déflagration à l’Est donnera au conflit une dimension sous-régionale, voire continentale.

Source : Le Potentiel/Kinshasa