04 novembre 2008
Le Premier ministre est à Goma
Le Premier ministre de République démocratique du Congo, Adolphe Muzito, entame ce mardi une tournée dans l'est du pays. Il s'arrêtera à Goma, alors que les rebelles sont positionnés à une quinzaine de kilomètres de cette capitale provinciale.
Adolphe Muzito, qui a été nommé le 10 octobre Premier ministre de la République démocratique du Congo (RDC) et dont la priorité affichée est de pacifier l'est du pays où opèrent de nombreux groupes armés, va se rendre mardi à Goma (province du Nord-Kivu), puis dans les villes de Bukavu (Sud-Kivu), de Kisangani et de Dungu (Province Orientale).
Cette tournée vise à "réconforter la population" de cette partie du pays soumise à de nombreuses exactions, a déclaré un proche du Premier ministre, qui a requis l'anonymat.
Le premier ministre congolais regagnera jeudi la capitale Kinshasa. Il sera accompagné dans sa tournée par le chef de la Mission des Nations unies en RDC (Monuc), Alan Doss.
La ville de Goma, capitale du Nord-Kivu, est menacée par les rebelles de Laurent Nkunda, qui ont infligé la semaine dernière une défaite cuisante à l'armée congolaise.
Depuis que la rébellion a décrété un cessez-le-feu unilatéral, le 29 octobre au soir, aucun combat majeur n'a été signalé dans le Nord-Kivu. La situation humanitaire est cependant effroyable: plus d'un million de personnes sont actuellement déplacées dans cette province.
Plusieurs régions sous tension
La province du Sud-Kivu, où se rend aussi Adolphe Muzito, est concernée par un processus de paix visant à démobiliser les groupes armés qui y opèrent, notamment les rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
La ville de Dungu a également été attaquée pendant le week-end par la rébellion ougandaise de l'Armée de résistance du seigneur (LRA).
A Kisangani enfin, le Premier ministre s'entretiendra avec les autorités provinciales de la question des éleveurs soudanais Mbororo qui occupent une partie des terres de la Province orientale.
L'est de la RDC, immense pays aux ressources naturelles gigantesques, et frontalier de neuf pays, connaît depuis le milieu des années 90 des conflits récurrents, impliquant notamment des pays voisins.
Adolphe Muzito a succédé au poste de Premier ministre de la RDC à Antoine Gizenga, 83 ans, qui a démissionné officiellement pour des raisons de santé, mais a en fait été contraint de partir car critiqué de toute part pour son "immobilisme".
Restaurer la sécurité et reconstruire
En annonçant fin octobre la composition du nouveau gouvernement, le président Joseph Kabila avait assigné à cette "équipe de combat" les "missions essentielles de sécurité et de reconstruction".
La tournée de M. Muzito intervient trois jours après l'investiture de son gouvernement par les députés.
La rébellion de Laurent Nkunda a accusé mardi le gouvernement de "lancer la guerre", en refusant de négocier directement. Les hommes de ce général déchu avaient déjà pris brièvement en juin 2004 la ville de Bukavu.
Laurent Nkunda, un Tutsi congolais, affirme défendre la communauté tutsie contre les rebelles hutus rwandais qui opèrent dans l'est de la RDC, frontalier du Rwanda. Il réclame aussi une plus grande transparence dans les contrats miniers dans le Nord-Kivu, dont le sous-sol est très riche, et la mise en place d'une forme de fédéralisme en RDC
Beach Ngobila : trafic pertubé
Le trafic fluvial entre Kinshasa et Brazzaville a été perturbée lundi, à la suite du retrait de la navigation du grand bac « Matadi » de l’ONATRA (Office national des transports) pour non paiement des taxes dues à la régie des voies fluviales (RVF).
Selon des informations recueillies auprès des agents de l’ONATRA, la RVF exige 3,4 millions de francs congolais avant de permettre la remise à flot du grand bac Matadi. L’immobilisation du bac Matadi a causé un grand préjudice aux commerçants de deux rives du fleuve dont les marchandises n’ont pu être embarquées dans le bac de l’ATC (Agence transcongolaise de communication) de Congo/Brazzaville de capacité réduite.
Le bac Matadi, rappelle-t-on, est le plus grand et le plus stable des unités flottantes affectées au pool Malebo. Il transporte en une rotation une trentaine de voitures, une dizaine de gros véhicules ainsi que près de mille passagers accompagnés de leurs colis.
SNEL : bientot la fin du monopole
Le gouvernement congolais va soumettre cette semaine à la société civile le projet de code de l’électricité adopté à l’issue d’un atelier dirigé par le ministre de l’Energie qui s’est achevé le 7 octobre dernier. La grande innovation du nouveau code, qui comprend 115 articles et va constituer le nouveau « cadre légal de gestion et d’exploitation du secteur de l’électricité » est la libéralisation du secteur.
Le rapporteur de l’atelier, Albert Mbafumoya, par ailleurs cadre de la SNEL, a justifié cette réforme par la nécessité de mettre fin au « quasi monopole de la SNEL ». « L’idée est de faire en sorte que des opérateurs privés puissent s’introduire dans ce marché. Vous pouvez imaginer que certains coins de la République pourraient être exploités par des privés. Nous avons élaboré un projet de loi pour rendre le secteur propice à l’arrivée des opérateurs privés dans le secteur. Etablir un nouveau cadre légal de gestion et d’exploitation du secteur de l’électricité ; c’est-à-dire qu’il faudrait que la tutelle de l’Etat soit moins pesante sur le secteur de l’électricité. »
L’ultime étape du projet est donc le passage devant la société civile. Celle-ci s’est déjà réjouie de la décision du gouvernement de l’associer à son projet et a salué la libéralisation du secteur. Elle ne donne toutefois pas un chèque en blanc. Elle réclame la réglementation des prix dans le secteur de l’électricité. Le modérateur de l’Intersyndicale nationale, Kibiswa Naupes, estime indispensable de protéger les petites bourses urbaines comme rurales incapables de payer l’énergie électrique. « Il est bon de concevoir un système dans lequel la compétition réglemente le prix. Mais attention, il faut qu’il y ait aussi des mécanismes qui protègent les faibles. Or dans ce pays, le libéralisme avance plus vite que le social. Cela veut dire que les grands gagnants continuent de gagner d’avantage sur les petits et l’Etat ne protège pas suffisamment les petits ». En clair, il plaide pour une tarification différenciée, dans laquelle les gagne-petit et les populations rurales ne paieraient pas le courant électrique au même prix que les plus nantis.
Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a annoncé lundi qu'il rencontrerait très prochainement les présidents congolais Josep
Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a annoncé lundi qu'il rencontrerait très prochainement les présidents congolais Joseph Kabila et rwandais Paul Kagamé pour tenter de résoudre la crise dans l'est du Congo-Kinshasa.
Il a déclaré aux journalistes que la rencontre pourrait avoir lieu ce week-end ou en début de semaine prochaine et qu'il était prêt à se rendre en Afrique si nécessaire.
L'Union africaine va organiser un sommet en novembre pour discuter du conflit qui déchire l'est de la République démocratique du Congo (RDC), a ajouté Ban Ki-moon.
Le secrétaire général des Nations unies a trouvé encourageant que la RDC et le Rwanda aient amorcé un dialogue, même si les présidents Kabila et Kagamé ne se sont pas encore rencontrés en face-à-face.
L'ONU a un mandat pour interdire l'entrée des rebelles à Goma
Le mandat des casques bleus en République démocratique du Congo (RDC) prévoit d'"interdire à des forces armées d'entrer dans Goma", capitale de la province du Nord-Kivu (est), menacée par les rebelles, a affirmé lundi à Goma un haut responsable onusien, Alain Le Roy.
"Il est clair que le mandat de la force, c'est d'interdire à des forces armées de rentrer dans Goma", a déclaré à la presse le secrétaire général adjoint de l'ONU chargé des opérations de maintien de la paix, en faisant référence aux groupes armés.
Il répondait à la question d'un journaliste, à son arrivée à Goma, en compagnie du chef de la Mission des Nations unies en RDC (Monuc), Alan Doss. "Notre mandat est d'assister les FARDC (Forces armées de RDC) pour protéger les civils", a ajouté M. Le Roy.
"C'est notre mandat de protéger les civils dans Goma. Nous avons déjà commencé, nous continuons à renforcer notre action dans Goma pour protéger les civils. Je ne peux jamais dire que c'est une garantie à 100%, mais en tout cas, nous ferons le maximum pour protéger les civils dans Goma", a-t-il assuré.
Depuis mercredi, au terme d'une offensive éclair contre l'armée congolaise en déroute, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) du chef rebelle congolais Laurent Nkunda s'est positionné à une quinzaine de kilomètres de Goma, avant de décréter un "cessez-le-feu unilatéral".
Renforcer encore l'action de la Monuc
"Nous venons voir avec le représentant spécial Alan Doss comment nous pouvons renforcer encore l'action de la Monuc, particulièrement dans le Nord-Kivu, dans lequel évidemment la violence a atteint un niveau inacceptable et dans lequel la crise humanitaire est forte", a poursuivi le secrétaire général adjoint.
Il a assuré travailler "sur un renforcement des forces qui implique un redéploiement pour mettre (les) forces là où elles sont le plus utiles, là où la crise est la plus forte en ce moment".
"Nous avons 5.500 troupes déjà dans le Nord-Kivu. Mais il y a plusieurs fronts sur lesquels nous devons laisser des forces. On sait très bien qu'on doit être aussi dans le Sud-Kivu (est), en Ituri (nord-est), combattre la LRA (Armée de résistance du seigneur, rébellion ougandaise) dans le nord", a-t-il relevé.
"Ca fait au moins quatre endroits" en RDC, pays "dont la surface est de l'ordre de celle de l'Europe occidentale", a fait valoir M. Le Roy. La Monuc est la plus importante mission de paix de l'ONU sur la planète, avec quelque 17.000 soldats.
Les combats entre rebelles et armée congolaise, qui ont repris le 28 août dans le Nord-Kivu en violation d'un cessez-le-feu conclu en janvier, constituent une nouvelle poussée de violence dans l'est de l'ex-Zaïre, qui n'a connu que peu de répit depuis le milieu des années 1990.
Selon le Bureau de coordination de l'aide humanitaire des Nations unies (Ocha), environ 250.000 personnes, anciens déplacés ou nouveaux déplacés, ont été directement touchées par le conflit, depuis la reprise des combats fin août.
Kinshasa ne négociera pas avec le CNDP
Pour le gouvernement congolais, il n’est pas question d’ouvrir des négociations directes avec le CNDP de Laurent Nkunda comme l’exige ce mouvement. Lambert Mende Omalanga, ministre de Communication et des médias, et porte-parole du tout nouveau gouvernement
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« Le Gouvernement estime qu’il ne peut pas discriminer les groupes armés congolais parmi d’autres groupes armés. Le gouvernement, c’est le gouvernement de la République. Ces groupes armés sont des groupes armés nationaux comme le CNDP », a expliqué le porte-parole du gouvernement. Pour Lambert Mende, négocier directement avec ce mouvement ce serait lui donner un privilège par rapport aux autres groupes armés et même porter atteinte à la Constitution que le gouvernement se doit plutôt de protéger. A la question de savoir ce qu’il pense de la menace du mouvement de Laurent Nkunda qui a promis de chasser le gouvernement de Kinshasa si celui-ci n’engage pas des négociations directes avec lui, le ministre Mende a traité les propos du CNDP d’"irresponsables" et d’"infantilistes".
« Nous parlons de choses sérieuses. Nous parlons d’un pays, donc, il ne s’agit pas ici de se livrer à des propos de collégien. C’est ridicule, ils n’ont même pas pris Goma, ils ont déjà chassé le gouvernement du Congo, 2 millions je ne sais combien de kilomètres carrés ? C’est vraiment enfantin », a-t-il laissé entendre.
RDC/ANGOLA : nouvelle donne dans la crise en RDC

Les affrontements entre le CNDP de Laurent Nkunda et les forces loyalistes (FARDC) tendent à prendre une tournure explosive. Si jamais les négociations annoncées n’aboutissaient pas, il y a lieu de craindre une régionalisation du conflit armé avec l’entrée dans la danse de l’Angola, à la fois sollicité et qui s’invite lui-même pour des raisons géostratégiques.
L’avancée des troupes de la rébellion du CNDP vers Goma a causé une catastrophe humanitaire sans précédent à l’Est de la RDC. Près de deux millions de personnes ont quitté leurs lieux naturels de vie, pour fuir des combats opposant le CNDP aux troupes gouvernementales.
Ce conflit armé qui perdure dans cette partie considérée comme le ventre mou de la RDC, a interpellé les décideurs du monde. Présentement, ils rivalisent d’initiatives pour conduire à une paix durable Un élan de sympathie accompagne cette marée humaine afin d’éviter une catastrophe plus étendue.
Toutefois, l’implication des uns et des autres dans la résolution de la crise congolaise tend à une régionalisation du conflit. Laquelle ne se fera pas sans ébranler des rapports entre Etats mais également entre grandes puissances. De plus en plus, il est fait état de la présence des éléments en uniforme angolais à Goma. Des sources indiquent qu’il s’agirait des instructeurs et des officiers de renseignements. Leur présence au front consisterait à apporter une assistance au commandement opérationnel congolais.
Mais à Kitchanga, fief du CNDP et dans une certaine mesure à Kigali et Kampala, les experts angolais seraient considérés comme des équipes militaires de reconnaissance sur le terrain, en prévision d’une expédition d’envergure.
Ces supputations font l’objet de moult interrogations sur des raisons qui pourraient justifier l’implication de l’Angola dans un conflit armé qui se déroule à plus de 2.000 km de ses frontières.
Le lundi 03 novembre, sur RFI, un général français a exprimé le point de vue de son pays sur la crise de la RDC. Dans la foulée, il a appelé à l’implication de l’Angola dans la recherche de solution, à la guerre qui sévit à l’Est de la RDC. Il voyait mal que le pays de Dos Santos soit ignoré dans le processus de pacification durable de la RDC.
Il faut aussi rappeler que des sources proches des chancelleries occidentales dans la capitale congolaise, Kinshasa aurait déjà sollicité la contribution diplomatique, voire militaire dans le cadre de la SADC. C‘était à l’occasion du sommet de cette organisation sous-régionale de l’Afrique australe tenue fin octobre dernier au Swaziland, a confirmé une source gouvernementale.
LES ENJEUX GEOSTRATEGIQUES
Le fait n’est pas nouveau. En 1998, Luanda a sauvé le régime de Laurent-Désiré Kabila. Une expédition rwandaise conduite par James Kabarebe sur Kitona a été stoppée net grâce à l’intervention in extremis des troupes angolaises. L’ouverture d’un couloir humanitaire avait permis le retour, at home, des militaires rwandais membres de l’expédition.
Le contexte a changé. En 1998, la menace du conflit armé était pressentie à quelques km du territoire angolais. On est en 2008. Les enjeux pourraient –ils rester les mêmes ? D’autant plus que, cette fois-ci, le théâtre des opérations se situe à 2.000 km des frontières entre Kinshasa et Luanda.
Les seuls enjeux militaires suffisent-ils pour expliquer la mise en branle actuelle de Luanda ? Les avis sont partagés. Toutefois, l’éventualité d’une nouvelle intervention militaire de l’Angola sur le territoire congolais est comprise par certains analystes comme une nouvelle donne régionale.
Autant l’Angola est invité autant il s’invite dans la crise congolaise. Cela procéderait, dans un premier temps, de l’adage selon lequel lorsque la case du voisin brûle, il faut participer aux efforts d’extinction du feu. Ce qui éviterait l’extension de l’incendie. Il faut stopper l’effet de contagion.
Dans un deuxième temps, Luanda n’aurait aucun intérêt à se complaire dans un changement de régime à Kinshasa d’un régime qui ne lui serait pas favorable.
Les raisons sont à trouver dans l’histoire commune de deux voisins. Le régime Mobutu avait régulièrement déstabilisé l’Angola à travers la rébellion de Savimbi et son Unita. Le régime en place à Luanda n’est pas disposé à revivre les affres de l’époque.
Par ailleurs, l’intervention militaire angolaise donnerait de la superbe à Kinshasa quand il s’agira d’aller aux négociations. En ayant en main des cartes qui pèsent.
Un autre enjeu géostratégique de taille pour Luanda est économique. D’ici 2015-2020, le volume des importations pétrolières américaines connaîtra un boom. Une région, comme le Golfe de Guinée qui regorge 15 à 25 % des réserves pétrolières, ne peut échapper à l’emprise des USA. Ainsi qu’on peut s’en douter, les relations d’affaires entre les deux pays, USA et Angola, n’ont pas réussi à dompter les dirigeants de ce pays blanchi sous le harnais de la lutte de libération et de la lutte contre le néo-colonialisme.
Le soutien américain au mouvement rebelle de l’Unita n’a pas totalement disparu de la mémoire du régime en place à Luanda. Celui-ci craindrait tout changement intempestif de régime à Kinshasa qui mettrait en place des dirigeants hostiles à Luanda. Dans ces conditions, le régime à Luanda serait la prochaine cible dans un élan de déstabilisation destiné à s’assurer un contrôle total des matières premières après l’effondrement du système financier spéculatif.
L’IMPLICATION OFFICIELLE DU RWANDA
Une intervention militaire directe de l’Angola à l’Est ne ferait que précipiter les événements. La prise de Goma et le renforcement des positions du CNDP pourraient en être le détonateur. Des diplomates à Kinshasa redoutent cette éventualité malgré l’existence d’un pacte de non-agression signé entre Kigali et Luanda.
Il s’ensuit qu’une présence militaire massive angolaise à Goma constituerait un motif plausible pour l’entrée en scène au grand jour du Rwanda dans le conflit armé. D’ailleurs, il est fait état des mouvements des troupes aux frontières communes entre la RDC et le Rwanda. Une pareille déflagration à l’Est donnera au conflit une dimension sous-régionale, voire continentale.
Source : Le Potentiel/Kinshasa


