KblaKgmeNairobi abrite ce vendredi le sommet régional sur la RDC. Mais avant que ce sommet ne débute, les avis divergent. Pas la même perception du problème. Kinshasa et Kigali s’entraccusent. Seul dénominateur commun : la Communauté internationale au banc des accusés. La faiblesse, pour Kigali, de la communauté internationale, la duplicité, pour Kinshasa de cette même communauté internationale. Dire que c’est elle qui convoque cette rencontre. On risque de tourner en rond. De parler le langage des sourdes. Echec prévisible.

Le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, sera demain à Nairobi pour le sommet régional sur la situation en République démocratique du Congo. Un sommet qui devra mettre face-à-face les présidents congolais et rwandais, entourés de plusieurs chefs d’Etat africains afin d’examiner la situation de guerre en République démocratique du Congo.

Toutefois, ce sommet régional risque d’être un fiasco au regard de points de vue fixes de la RDC et du Rwanda. En effet, le Congo accuse Kigali de soutenir les rebelles de Nkunda, fait confirmé par le secrétaire général de l’Onu, tandis que Kigali accuse Kinshasa d’entretenir les rebelles rwandais. Bien plus, le président rwandais, Paul Kagame estime qu’il s’agit d’un problème interne au Congo et qu’il n’a pas à s’y immiscer. Il rend plutôt la communauté internationale responsable de cette situation en éludant la question de fond.

Kinshasa reproche de son côté à la même communauté internationale de duplicité en évitant de condamner le Rwanda et d’exercer une pression manifeste, sanctions à l’appui, contre Kigali. Pire, cette réunion risque d’être une diversion pour permettre aux ennemis de la RDC de continuer à appliquer leur plan machiavélique. Le parcours de la guerre de l’Est est connu de tous : de l’AFDL au CNDP en passant par le RCD, c’est toujours le même scénario. Aujourd’hui, l’on est pratiquement rentré à la case départ, avec l’Accord de Lusaka ; les mêmes réunions avec les mêmes acteurs pour traiter de la même question afin de produire les mêmes effets: la balkanisation progressive de la RDC.

Gare aux contradictions interinstitutionnelles

Plan de sortie de crise de l’Assemblée nationale en privilégiant la solution politique. Ouverture au dialogue sans exclusif de la part du gouvernement. Réponse positive de la présidence de la République au secrétaire général de l’Onu pour une négociation politique. Trois approches qui pourraient susciter de contradictions entre les institutions quant à la manière à mettre un terme à la guerre de l’Est. Une telle évidence profiterait à l’ennemi, à l’aube du sommet de Nairobi.

En effet, les premières déclarations de l’Assemblée nationale et du gouvernement ne vont pas dans le même sens. L’on se rappellera que au cours d’une de ses séances plénières, l’Assemblée nationale avait élaboré un « Plan de sortie de crise » qui a été soumis au président de la République, au secrétaire général de l’Onu, à l’Union européenne, à l’Union africaine et à la SADC. Dans ce plan de sortie de crise, les députés privilégient une solution politique et faisaient une recommandation au gouvernement pour qu’il s’inscrive dans cette logique.

C’est ainsi que dans son discours de politique générale, le Premier ministre, Adolphe Muzito, avait déclaré que le gouvernement allait s’approprier ce plan pour mettre un terme à la guerre de l’Est. Toutefois, le gouvernent précisait que le Programme Amani était le lieu indiqué pour favoriser cette solution politique. Intervenant de son côté sur Radio Okapi, le ministre de la Communication et Médias, Lambert Mende, est revenu sur cette question pour souligner que le « gouvernement demeurait ouvert au dialogue avec tous les groupes armés et les milices rebelles ». Une façon de signifier que le gouvernement n’est pas prêt pour des   « négociations directes » avec le CNDP. Ce que réclame ce mouvement rebelle, faute de quoi, la reprise des combats n’est pas à exclure.

Au fait, quand on examine les trois déclarations, l’on décèle des divergences, voire des contradictions entre la présidence de la République, l’Assemblée nationale et le gouvernement. Si le point de vue de la présidence de la République et celui de l’Assemblée nationale se recoupent, il n’en est pas le cas avec le gouvernement qui exclut les négociations directes. L’Exécutif est rejoint, d’une façon ou d’une autre par Alan Doss, représentant spécial du secrétaire général de l’Onu et responsable de la Monuc qui soutient que le Programme Amani demeure la seule voie de sortie de crise.

Il se dégage là des divergences susceptibles de profiter à l’ennemi et tous ces alliés pour faire perdurer la crise. Ajouter à cela des déclarations enflammées à travers les médias qui entretiennent la « guerre verbale ».

Fronts diplomatiques

Dans ses premières déclarations, le Premier ministre avait promis qu’il allait privilégier le dialogue avec toutes les couches sociales des provinces de l’Est. La question est celle de savoir s’il s’est inscrit dans la logique du Plan de sortie de crise de l’Assemblée nationale ou, comme l’a dit le porte-parole du gouvernement, dans le contexte d’une ouverture de dialogue sans exclusif. Dans l’hypothèse de cette dernière piste de solutions, les réactions de certains députés ne se sont pas fait attendre. Ils craignent un échec des pourparlers. Ce qui aggraverait la situation sur le terrain.

Ce « front politique » risque ainsi d’être mal géré au moment où sur le plan international multiplie plusieurs initiative diplomatiques. Outre l’initiative du secrétaire général, de l’Onu, l’Union européenne, en plus de la France et de la Grande-Bretagne mènent également des actions parallèles. En effet, Louis Michel a parlé au nom de l’Union européenne pendant que la France et la Grande-Bretagne plaident pour un renforcement de la capacité militaire de la Monuc. La Belgique abonde dans le même sens en proposant le déploiement d’une force européenne robuste pour accélérer le désarmement des forces négatives.

L’Union africaine n’est pas demeurée en reste. Elle a replacé  Ibrahim Fall sur le « sentier de guerre » des Grands Lacs. Ancien représentant spécial du secrétaire général de l’Onu en charge de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, le Sénégalais Ibrahim Fall a abattu un travail de titan, de diplomate chevronné pour arracher la Déclaration de Dar es-Salaam, la signature du Pacte de sécurité, de stabilité et de développement de la région des Grands Lacs, en plus de l’adoption de 10 projets prioritaires de développement pour les pays des Grands Lacs. Par ces temps qui courent, la reprise des combats au Kivu est en train de tout remettre en cause.

L’Union européenne dispose sur place de son envoyé spécial, Roland van de Geer, dépassé sûrement par la tournure des événements. Autant de fronts ou d’initiatives diplomatiques susceptibles de compliquer le déroulement positif de cette réunion régionale sur la RDC.

Devant ce schéma abracadabrant qui réconfortera le complot contre la RDC, il revient aux institutions congolaises de parler le même langage. Mieux, d’adopter la même stratégie de discussions pour peser sur cette réunion et pousser toutes les parties à mieux s’impliquer dans le règlement de cette crise pour une fin de guerre rapide et définitive.

Source : Le Potentiel/Kinshasa