Hubert_VEDRINELe sommet de Nairobi réunit ce vendredi les chefs d'Etat de la République Démocratique du Congo (RDC) et du Rwanda. Son but : trouver une solution au conflit qui sévit actuellement à l'Est du Congo. Seulement voilà, la rencontre présentée comme une avancée politique risque fort, en réalité, de n'être qu'un coup d'épée dans les eaux diplomatiques. Car le cœur du problème ne sera pas réglé.

Officiellement, la motivation des rebelles tutsis est de pourchasser les génocidaires hutus, réfugiés depuis 1994 au Congo dans le nord-Kivu. Mais la guérilla qui déchire la RDC n'est pas uniquement le déplacement sur le terrain congolais du conflit inter-ethnique entre tutsis et hutus. Ni même le seul fruit d'une discorde entre les chefs d'Etat du Congo et du Rwanda. C'est une guerre larvée qui dure depuis des décennies pour dominer la province du Kivu.

Cette région regorge de richesses minières comme l'or et le coltan. Le coltan dont on se sert pour fabriquer les téléphones portables. Et depuis l'envolée de la téléphonie mobile, il est au centre de toutes les convoitises. Aujourd'hui, les rebelles tutsis, l'armée congolaise, ainsi que des milices essayent de contrôler ces mines. Ce commerce qui représente des sommes considérables transite par le Rwanda pour finir dans les mains d'entreprises occidentales.

Pour Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères, si le chef d'Etat du Rwanda Paul Kagamé tient tellement à jeter l'opprobre sur la France (il accuse l'armée française d'avoir participé au génocide des Tutsis en 1994), c'est justement pour éviter que la communauté internationale ne mette son nez dans les vraies raisons qui motivent aujourd'hui les rebelles tutsis, le Rwanda, et les industriels occidentaux : non pas une revanche politique, mais une conquête économique.