09 novembre 2008
Le CNDP-Rwanda accusé de crimes de guerre à Kiwanja
Des crimes de guerre que nous ne pouvons pas tolérer" ont été commis à Kiwanja par les soldats rebelles de Laurent Nkunda et les milices Mai Mai soutenant le gouvernement, a affirmé l'envoyé des Nations Unies, Alan Doss.
Les enquêteurs de l'ONU ont visité vendredi onze tombes contenant d'après les villageois les corps de 26 personnes, a précisé la porte-parole des Nations Unies Sylvie van den Woldenberg. L'organisation humanitaire Human Rights Watch (HRW) estime que le bilan pourrait être plus élevé. "On nous rapporte le chiffre de 50 morts, mais nous sommes encore en train de vérifier cette information", a indiqué à Associated Press Anneke Van Woudenberg, chercheuse à HRW.
Selon la porte-parole de l'ONU et le colonel Jean-Paul Dietrich de la force de maintien de la paix sur place, les rebelles ont commis beaucoup plus d'exactions que les milices. L'organisation dispose d'une base de Casques bleus à Kiwanja, à 80 km au nord de Goma, mais ses soldats ne sont que 120 pour une ville de 30.000 à 50.000 habitants.
Ils ont été cloués sur place par les tirs le premier jour des massacres, mardi, et retenu par les miliciens dissimulés parmi la population, a expliqué le colonel Dietrich, porte-parole militaire, à l'Associated Press. Les Casques bleus cherchaient aussi à endiguer les attaques rebelles sur deux autres villes, Nyanzale et Kikuku mercredi quand les tueries se sont poursuivies, mercredi, selon lui.
Les responsables de l'ONU expliquent que les habitants ont subi deux vagues de terreur, avec l'arrivée des milices Mai Mai alliées du gouvernement congolais, qui ont tué des personnes soupçonnées d'aider les rebelles. Puis les rebelles ont repris le contrôle et ont exécuté ceux qu'ils jugeaient soutiens de la milice. Ils ont également pillé un hôtel et brûlé des maisons, d'après des témoins.
Les exécutions d'une balle dans la tête ont eu lieu après que les rebelles aient habillé leurs victimes dans des treillis militaires, ont rapporté des survivants. "Ce n'est pas juste" a estimé le juge local Jean Katembo. Les rebelles "tuent les gens sans respect de la loi".
Le dirigeant des rebelles Laurent Nkunda est accusé de crimes contre l'humanité et le gouvernement congolais a lancé un mandat d'arrêt international contre lui après sa défection de l'armée régulière en 2004. Il avait déjà participé à des massacres de civils en 2002, dans la ville de Bukavu. AP
RDC : risque certain d'une régionalisation du conflit RDC/Rwanda selon Ban ki moon
S'adressant aux sept dirigeants africains réunis en sommet extraordinaire à Nairobi, le diplomate sud-coréen les a invités à user de leur influence pour contraindre le général rebelle Laurent Nkunda à mettre un terme à ses offensives dans l'est du pays et à lui couper tout soutien.
"Cette crise pourrait faire sombrer toute la sous-région", a déclaré Ban. "Ce n'est qu'au niveau politique, ici dans la région, que des solutions durables pourront être trouvées. Il ne peut y avoir de solution militaire à cette crise."
La précarité de la situation a été mise en relief vendredi par l'annonce de nouveaux combats entre les rebelles tutsis et les troupes congolaises qui ont forcé des milliers de civils à fuir un camp de réfugiés à Kibati, au nord de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu frontalière du Rwanda.
Laurent Nkunda réclame un dialogue direct avec le président congolais, Joseph Kabila, que ce dernier refuse. "Il ne s'agit que d'un sommet régional. Cela n'aura aucune influence sur nos exigences", a déclaré le chef rebelle par téléphone à Reuters de son QG de l'est de la RDC.
L'une des questions clés que les dirigeants doivent résoudre est celle de la présence dans cette région de rebelles hutus rwandais du FDLR ayant pris part au génocide de 1994, que Laurent Nkunda combat au nom de la protection des Tutsis.
CONTEXTE ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE
Au cours des quatre dernières années, plusieurs accords de trêve et de désarmement des milices ont été conclus sans se traduire concrètement sur le terrain.
"Il est temps que les accords sur le désarmement, la démobilisation et le rapatriement ou la relocalisation du FDLR soient appliqués à la lettre", a déclaré le président tanzanien Jakaya Kikwete, président en exercice de l'Union africaine.
Le Rwanda dément soutenir les rebelles de Nkunda et accuse en retour le gouvernement de Kinshasa d'appuyer les rebelles hutus. Ban Ki-moon, qui s'est entretenu séparément avec Joseph Kabila et son homologue rwandais Paul Kagamé, s'est dit encouragé par la franchise des échanges de points de vue.
Les deux présidents se sont ensuite brièvement rencontrés. Le secrétaire général de l'Onu les a exhortés à poursuivre ce dialogue.
Ban Ki-moon souhaite un "arrêt immédiat des hostilités et à un repli des forces vers les positions qu'elles occupaient avant la reprise des combats le 28 août".
Il a également demandé au Conseil de sécurité de voter l'envoi de 3.000 casques bleus supplémentaires au sein de la Monuc, la mission des Nations unies au Congo qui dispose de 17.000 hommes pour maintenir la paix dans un territoire vaste comme l'Europe occidentale.
Aux Nations unies, Edmond Mulet, secrétaire général adjoint chargé des opérations de maintien de la paix, a déclaré à son retour du Congo qu'il était vital que le Conseil de sécurité réagisse sans délai à cette demande de renforts formulée le 3 octobre devant le Conseil par Alan Doss, chef de la Monuc.
Louis Michel, commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire qui se trouve à Nairobi, a estimé qu'il fallait trouver les moyens de faire cesser l'exploitation par les groupes armés des vastes ressources minérales de la région.
L'est de la RDC est notamment riche en coltan, un minerai recherché qui sert dans la fabrication des téléphones portables.
"Il faut replacer le problème dans un contexte économique et politique", a déclaré Louis Michel.
En attendant, les organisations humanitaires tirent la sonnette d'alarme, évaluant à 250.000 le nombre de réfugiés au Nord-Kivu depuis les plus récents combats, qui s'ajoutent aux 8000 personnes déplacées lors des précédents affrontements.
Kabila croise Charles Michel à l'aéeroport de N'djili
Cet entretien marque en tout cas la première rencontre de haut niveau entre la Belgique et la République démocratique du Congo (RDC) en six mois de crise.
Arrivé vers 15h à Kinshasa, il a immédiatement eu un bref entretien avec le président Joseph Kabila, dans le Boeing 727 de ce dernier, qui s'apprêtait à s'envoler pour l'Afrique du sud. Charles Michel espère ainsi contribuer à la normalisation des relations belgo-congolaises, de plus en plus ouvertement souhaitée à Bruxelles.
Cette visite est restée frappée du sceau du secret jusqu'au dernier moment, en raison de tractations diplomatiques avec le gouvernement congolais et politiques au sein du gouvernement Leterme. Ni son programme ni la durée de son séjour à Kinshasa n'ont été révélés, mais M. Kabila l'a invité à rester jusque lundi, date de son retour d'Afrique du sud.
Le ministre belge de la Coopération au développement est arrivé samedi matin à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), pour une visite de quelques heures consacrée à la situation humanitaire dans la région.
Yves Leterme : envoie son conseiller à Kinshasa

Le premier ministre belge, Yves Leterme, a annoncé à la presse que son conseiller diplomatique se rendra la semaine prochaine à Kinshasa, cela après avoir eu un nouvel entretien, au téléphone, avec le président Joseph Kabila. L'émissaire belge a pour mission d'examiner avec les autorités congolaises les conditions de la réouverture des consulats belges à Bukavu et Lubumbashi, a indique Yves Leterme, qui a souligné que la crise diplomatique entre la Belgique et la République Démocratique du Congo (RDC) n'a que trop duré.
Entre temps, le parquet de Brugge (Flandre) a ouvert une instruction visant l'épouse du ministre des Affaires étrangères, Karel de Gucht, accusée de délit d'initié. Selon le porte-parole du parquet, l'épouse du chef de la diplomatie belge a vendu 2000 actions de la Fortis Banque le 13 octobre, jour où le Conseil de ministres a décidé du démantèlement de l'institution financière.
La demande d'enquête a été transmise au parquet par la Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA), un organe de l'Etat belge chargé du contrôle de la régularité des transactions financières.
Le porte-parole du parquet a tenu à préciser que le parquet n'a reçu aucune demande pour enquêter sur Karel de Gucht.
Mais le fait que Yves Leterme ait décidé d'envoyer son conseiller diplomatique à Kinshasa en vue de la normalisation des relations entre la Belgique et son ancienne colonie pourrait signifier que Karel du Gucht serait contraint, très prochainement, de prendre congé du gouvernement, en attendant les conclusions de l'enquête judiciaire portant sur son épouse.
Kinshasa avait fait savoir qu'il n'y aurait pas de normalisation des relations avec Bruxelles, tant que Karel de Gucht serait ministre des Affaires étrangères. Il avait tenu en avril dernier à Kinshasa des propos jugés insultants à l'endroit des autorités congolaises, y compris le président Kabila.
Depuis le mois de mai, Kinshasa a rappelé son ambassadeur à Bruxelles.
Les FARDC avancent vers les lignes tenues par les rebelles de Nkundabatware (Rwanda)
Les forces congolaises faisaient mouvement samedi en direction des lignes de front rebelles au nord de Goma (Nord-Kivu), dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) où les combats ont repris de plus belle vendredi, l'armée de Kinshasa recevant les renforts de l'Angola.
Samedi matin, l'armée congolaise est entrée dans le no man's land situé à un kilomètre au nord de Kibati, où personne ne patrouillait depuis le cessez-le-feu unilatéral décrété il y a dix jours par les rebelles de Laurent Nkunda, arrivés aux portes de Goma.
Plus au nord, Médecins Sans Frontières (MSF) faisait état vendredi de combats dans les secteurs de Rutshuru et Kiwanja.
Kibati, à dix kilomètres au nord de Goma, avait reçu la semaine dernière un afflux de plus de 50.000 réfugiés. Avec la moitié de ses maisons vides, la bourgade semblait samedi quasiment désertée, alors que des dizaines de milliers de personnes s'entassaient dans un camp de réfugiés dans le secteur, et que des groupes de rebelles se regroupaient un peu au nord des forces gouvernementales.
Des milliers d'autres avaient repris la route samedi, dont certains errent depuis des semaines, fuyant les combats. D'après les travailleurs humanitaires, ces immenses mouvements de population risquent de réveiller des épidémies de choléra et de diarrhées graves, qui pouvaient être gardées sous contrôle dans les camps de réfugiés.
Plus de 250.000 personnes sont sur les routes depuis la nouvelle offensive des forces de Nkunda fin août. Les rebelles tutsis se sont depuis emparés de vastes régions de l'est de la RDC, l'armée congolaise battant en retraite.
Plus près de Goma, des centaines d'autres soldats surveillaient samedi la route, dont des hommes parlant portugais et coiffés de bérets avec des pin's ayant la forme de l'Angola. Vendredi, l'émissaire de l'ONU pour la RDC Alan Doss disait n'avoir pas de confirmation directe indépendante de la présidence de soldats angolais.
Selon la porte-parole de l'ONU Sylvie van den Wildenberg, il pourrait s'agir de soldats congolais ayant passé de longues années d'exil en Angola.
Kinshasa a demandé l'aide de l'Angola le 29 octobre, alors que les rebelles avançaient sur Goma. Mais l'intervention des troupes angolaises sur sa frontière pourrait être vue comme une provocation par Kigali.
D'après Alan Doss, de nouveaux pillages menés par les forces gouvernementales ont encore eu lieu dans la nuit à Goma.
Vendredi, le président de RDC Joseph Kabila et son homologue rwandais Paul Kagame se sont vus pour un rarissime tête-à-tête de cinq minutes à Nairobi (Kenya), a fait savoir le porte-parole de Kabila, Kudura Kasongo. Les autorités congolaises accusent le gouvernement rwandais de soutenir Nkunda.
Par ailleurs, trois journalistes étrangers dont on était sans nouvelles dans les combats, ont refait surface à Goma vendredi, et un journaliste congolais qu'on pensait mort, abattu par les hommes de Nkunda, a fait savoir samedi via les ondes de Radio Okapi qu'il avait pu fuir et survivre, ainsi que sa famille, à l'attaque de sa maison par les rebelles.

