Drapeau_Angola

« L’Angola n’a pas des troupes sur le théâtre des opérations au Nord-Kivu. S’il y a des soldats qui y parlent portugais, que dit-on des soldats engagés qui y parlent l’anglais... Nous avons formé des troupes de l’armée congolaise et des agents de la police congolaise. Si ces éléments ont appris une seconde langue, c’est quelque chose de positif. A ce stade, tout ce qui se dit relève de la spéculation. Pour nous, il n’existe aucune preuve de soldats angolais sur le terrain des opérations au Kivu ». Ces propos sont de Joâo Batista Mawete, ambassadeur de l’Angola à Kinshasa, au cours d’une conférence de presse tenue ce lundi 10 novembre 2008 à Kinshasa en sa résidence.

A la veille de fête commémorative du 33ème anniversaire de l’indépendance de l’Angola, Joâo Batista Mawete a ainsi tenu sa dernière prestation devant la presse, avant de prendre ses nouvelles fonctions de gouverneur de la province de Uige. « J’ai déjà les clés de ma province. J’ai été dépêché pour dire au revoir aux autorités congolaises après dix ans passés ici dans la convivialité », a-t-il souligné. Dans tous les cas, l’ambassadeur Mawete estime qu’il restera proche de la RDC car la province de Uige est frontalière avec deux provinces congolaises (Bas-Congo et Bandundu). Dans l’exercice de ses nouvelles fonctions de gouverneur, il promet de privilégier la promotion de la sous-région. Concrètement, son programme prévoit, entre autres, l’ouverture de certains points de passage à la frontière pour faciliter la circulation des biens et des personnes.

Les deux chefs d’Etat se concertent régulièrement

Par ailleurs, en tant que gouverneur, il envisage d’œuvrer pour la création des pools économiques de part et d’autre de la frontière commune de deux pays. « Nous sommes des pays complémentaires. Ma province n’est pas très éloignée des unités de production de la Cinat et de la Cilu qui produisent du ciment, de la Sucrière de Kwilu-Ngongo productrice de sucre et de la Midema productrice de farine de froment... Ma province peut en avoir besoin ». Parlant de son mandat qui s’achève, le doyen du corps diplomatique affirme qu’il garde des grands souvenirs, ainsi que des relations amicales tissées pendant dix ans et au-delà même des relations familiales. « Heureusement que je serai presque à côté de la RDC ».

A propos des relations bilatérales entre la RDC et l’Angola, le diplomate angolais déclare qu’elles sont au beau fixe. Les deux chefs d’Etat, José Edouardo Dos Santos et Joseph Kabila, se concertent régulièrement. Dernièrement, le directeur de cabinet du ministre de la Coopération internationale a été à Luanda porteur d’un message de Joseph Kabila à José Edouardo Dos Santos, en rapport avec l’évolution de la situation au Nord-Kivu. Par ailleurs, au plan de la coopération, plusieurs dossiers sont en cours de finalisation, entre autres, le pont sur le fleuve Congo devant relier Soyo–Muanda–Kabinda.

Dans un autre registre, l’Angola est en train de poursuivre les travaux de réhabilitation du chemin de fer de Benguela, pour permettre, notamment exportation des minerais produits au Katanga par le port de Lobito. Ces travaux sont réalisés par des Chinois qui procèdent au déminage, reconstruisent les ponts et posent des rails de façon moderne. D’ici peu, les travaux vont atteindre la ville de Huambo.

Kahemba fait partie de la RDC

Quid de l’occupation de Kahemba par l’Angola ? Répondant à cette question, Joâo Batista Mawete a été formel. « Kahemba fait partie de la RDC. Il est situé à 130 km de la frontière. Il n’est pas angolais. Un démenti a été apporté à Bruxelles quand la RDC et l’Angola se sont retrouvés devant nos anciens colonisateurs. L’Angola n’a pas de visées expansionnistes. Avec ses 13 millions d’habitants sur un espace énorme, 1.267.000 km², et avec plusieurs ressources naturelles et particulièrement beaucoup d’eau, l’Angola n’a pas besoin de prendre une partie du Congo ». Et d’ajouter qu’en son temps, l’Angola est venu au secours de la RDC pour l’aider à défendre sa souveraineté et son indépendance. « Il n’y a pas de guerre à Kahemba et l’occupation de cette localité est une invention ».

En ce qui concerne la situation interne de l’Angola, il a fait ressortir que ce pays vient d’organiser des élections législatives. Et cela après une longue période de transition. Pendant 16 ans, il n’a pas été possible d’y organiser des élections présidentielle, législatives et locales, suite à la guerre imposée par l’Unita. Il était question de mettre Savimbi hors d’état de nuire, de pacifier le pays et de le reconstruire. Les institutions de la transition ont fonctionné jusqu’à la tenue des élections. Il y a eu certes des pressions de certaines personnes au pays et à l’étranger qui ne croyaient pas à l’organisation de ces élections législatives, organisées en septembre 2008.

Le nouveau gouvernement a un mandat de 4 ans

Selon l’ambassadeur angolais, il ne fallait pas organiser les élections à tout prix. Les élections ont un but. Mais avant d’y arriver, il fallait la paix, la réconciliation, un climat apaisé,... Il était aussi question de trouver les moyens financiers et techniques au plan interne, pour ne pas hypothéquer la souveraineté de l’Angola. Quand les conditions ont été réunies, les élections législatives ont eu lieu. La campagne électorale a été difficile et laborieuse, suite à l’état des routes. La liberté d’opinion était garantie. Il y a eu quatorze formations politiques en lice. Par contre trente-cinq autres non en règle, ont été écartées de la course. Au final, le MPLA a remporté ces élections avec 81,66% de voix exprimées. Conséquence : l’accord de Lusaka conclu entre le MPLA et l’UNITA pour un partage du pouvoir pendant la transition est devenu caduc. Tous les membres de l’UNITA ont été écartés des postes politiques occupés forts de cet accord. Selon les résultats des élections, le MPLA a une majorité écrasante et n’est pas tenu de former un gouvernement d’union nationale.

De cette prestation, il ressort que le nouveau gouvernement angolais issu des élections a un mandat de quatre ans pour appliquer son programme. Il s’agit, dit-il, d’un programme ambitieux qui vise la construction d’un million de logements sociaux, la construction des infrastructures (eau potable, électricité, écoles, hôpitaux, autoroutes,...). Dans le lot, il est prévu la construction de quatre stades pour l’organisation de la Can 2010. Le volet formation et éducation est un axe majeur de ce programme qui sera appliqué sous le leadership du président Dos Santos.