Drapeau_AngolaL'Angola mobilise. Luanda a annoncé mercredi l'envoi de troupes dans l'est du Congo-Kinshasa, réveillant la crainte d'une nouvelle guerre régionale pour les richesses des deux Kivu, où l'armée régulière congolaise se livre à des pillages.

Le vice-ministre angolais des Affaires étrangères Georges Chicoty n'a pas précisé le nombre de soldats qui composeront le contingent, ni la nature de leur mission. Il n'a pas dit non plus s'ils agiraient au sein d'une force de maintien de la paix ou s'ils soutiendraient le gouvernement congolais dans sa lutte contre les rebelles dirigés par l'ancien général Laurent Nkunda. Il a fait cette annonce à la radio nationale angolaise.

La présence de soldats angolais dans la région serait considérée comme une provocation pour le Rwanda, qui a combattu les Angolais pendant la sanglante guerre du Congo, qui a duré de 1998 à 2002. Ce conflit a déchiré le pays en véritables fiefs, avec des rebelles soutenus par l'Ouganda et le Rwanda contrôlant de vastes territoires riches en café, en or et en étain dans l'Est. A l'époque, l'Angola et le Zimbabwe avaient envoyé des chars et des avions de chasse pour soutenir le gouvernement de Kinshasa en échange d'un accès aux lucratives mines de diamants et de cuivre dans le Sud et l'Ouest.

Le Congo a demandé à l'Angola une aide politique et militaire le 29 octobre. Les rebelles de Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Nkunda se sont arrêtés aux portes de la capitale provinciale du Nord-Kivu, Goma.

Les affrontements entre rebelles et forces régulières, qui s'intensifiaient depuis fin août, ont contraint au moins 250.000 personnes à l'exode malgré la présence de la Mission des Nations unies en RDC (MONUC), forte de 17.000 hommes, ce qui en fait la plus importante force de maintien de la paix de l'ONU dans le monde.

Selon des responsables de l'ONU, les rebelles, ainsi que les forces gouvernementales et les milices pro-gouvernementales, ont commis crimes et exactions contre les civils.

Après une réunion à huis clos mardi, les 15 membres du Conseil de sécurité de l'ONU et l'ambassadeur congolais ont annoncé qu'il existait un consensus sur la nécessité de renforcer la MONUC, qui a été incapable d'arrêter les combats ou l'avance des rebelles.

"L'idée est plus ou moins approuvée", a déclaré l'ambassadeur du Congo Ileka Atoki, en ajoutant que le Conseil attendait un autre rapport sur la RDC la semaine prochaine du secrétaire général Ban Ki-moon.

Sur le terrain, une fusillade a éclaté mardi soir, au nord de Goma, à Kibati, où au moins 75.000 personnes fuyant les combats ont trouvé refuge et où rebelles et forces gouvernementales se font face.

"Il y a une énorme tension parce qu'il y a tellement de gens ici et que c'est si proche de Goma", a confié le porte-parole de la MONUC, le colonel Jean-Paul Dietrich.

Au nord de Kibati, mercredi, les corps de deux soldats du gouvernement, morts, gisaient au milieu de la route, près d'un poste de contrôle des insurgés.

Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, est assiégée par les rebelles de Laurent Nkunda depuis l'offensive majeure lancée à la fin août. Arrivées aux portes de Goma, les forces rebelles ont déclaré un cessez-le-feu unilatéral le 29 octobre, mais plusieurs affrontements sporadiques avec l'armée de Kinshasa et les milices pro-gouvernementales Maï-Maï ou milices hutues ont eu lieu depuis. Laurent Nkunda s'est autoproclamé ces dernières années protecteur des tutsis congolais contre les milices hutues rwandaises, opérant dans l'est de la RDC depuis le génocide de 1994 au Rwanda voisin.