JusticeLe Premier ministre a tapé du poing sur la table. Il a instruit ses proches collaborateurs pour sévir tous ceux qui s’adonnent au pillage, aux actes de vandalisme et aux détournements de fonds publics, particulièrement au sein de l’armée.

Déclarations de bonnes intentions ? Le Premier ministre sera jugé sur pièces. Car le mal est profond et ce ne sont pas de discours dans de bureaux climatisés qui résoudront le problème. Il faut attaquer le mal par ses racines, en frappant un grand coup : se débarrasser des « dirigeants affairistes ».

Le pays est mal géré. C’est le constat amer auquel sont parvenus plusieurs observateurs de la politique congolaise. Pour preuve, cette « condamnation totale » bien rendue par la Conférence épiscopale nationale du Congo, sur la gestion de la guerre de l’Est.

Mais auparavant, le Premier ministre Adolphe Muzito avait tapé du poing sur la table pour dénoncer l’incurie, les pillages, les actes de vandalisme et les détournements de fonds au sein de l’armée. Pire, toutes les dispositions nécessaires destinées aux militaires au front, subissent la criminelle pratique de l’« Opération retour ». Seul 1/10ème de fonds ou de matériel arrive à destination, le reste prend une destination inconnue avant d’atterrir dans les poches de responsables véreux et inciviques.

Devant ces scandales inacceptables, le Premier ministre a instruit ses proches collaborateurs pour des initiatives réglementaires et légales en vue de combattre cette attitude incivique, démobilisatrice et déstabilisatrice. Les ministères de la Justice, de la Défense et l’Auditeur général des FARDC ont été responsabilisés pour ce faire.

On ne peut que saluer la « colère » du Premier ministre. Il était temps que l’on observe pareil signal. Mais ce n’est pas pour autant qu’ il faut se montrer naïf face à ce fléau, ce mal profond qui a des dents longues et la peau dure.

Un mal profond

C’est dire qu’en lieu et place de tous ces premiers discours que l’on vient d’entreprendre quelques heures après la réunion du Conseil supérieur de la défense et la séance de travail entre le Premier ministre et les ministres la Défense, de la Justice et l’Auditeur général des FARDC, il faut passer à l’action. Frapper fort et au bon endroit pour décourager les éventuels émules.

En fait, la tâche ne sera pas du tout facile pour autant que l’on a laissé pourrir la situation. Serait-ce intentionnellement au regard de ce qui se passe maintenant au Kivu et en Ituri ? Si la thèse d’un vaste complot se confirmait, la réponse serait affirmative.

Mais il est intéressant de rappeler qu’il y a un temps, l’on faisait état « d’un détournement de 8 millions de dollars chaque mois au sein des FARDC ». Tout le monde connaît la réaction de l’Etat-major général des FARDC à ce sujet. Un démenti formel. Les faits d’actualité viennent de tout contredire. Et dans le même ordre d’idées, il faut comprendre tous les subterfuges qui ont entouré le contrôle de l’effectif de l’Armée. Il y a derrière toute cette subtilité de traîner les choses en longueur, une affaire de gros sous.

Même constat amer en ce qui concerne la gestion des entreprises publiques. Les mesures de réforme annoncées n’avaient pour but que de placer ces entreprises sous la coupe d’une «caste d’intouchables » pour qu’ils s’enrichissent sans mesure. D’où, tout ce théâtre de chez nous qui a entouré la revisitation des contrats miniers, la signature des contrats léonins avec des sociétés « fantômes ou fictives », c’est selon. Le pays est ainsi dirigé par des affairistes qui ne voient avant tout que leurs propres intérêts en lieu et place de l’intérêt supérieur de la Nation. Où en est-on avec les Rapports Bakandeja et Lutundula, pour ne citer que ces deux ? Dans les tiroirs des oubliettes.

C’est là le mal. Un mal profond qui a causé des dégâts indescriptibles avec les régimes précédents. Tout se passait comme en ces instants précis. Et les conséquences sont connues de tout le monde : une armée vaillante, bien équipée et bien formée, a vacillé avant de s’effondre comme un château de cartes au moment où il fallait défendre l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale. Les mêmes causes perverses qui produisent les mêmes effets sont encore perceptibles avec cette guerre honteuse de l’Est du pays, supervisée à un certain niveau par quelques « affairistes ».

La question fondamentale est celle savoir si le Premier ministre est capable de déboulonner cette « citadelle où se sont enfermés les premiers grands bénéficiaires de cette guerre et capables d’autres tours de mauvais goût », pour ne pas se faire attraper ou laisser revenir de l’ordre. Le Premier ministre Muzito n’a pas le choix : réussir ou périr.

Une « Stratégie nationale de sécurité »

Effectivement, le Premier ministre n’a pas de choix. La lutte contre l’impunité et l’immoralité vient d’être déclenchée à un moment crucial de l’existence de la République démocratique du Congo. Devant ce vaste complot contre la RDC, tous ces immoraux, ces inciviques sont justement ces « vers » qui sont dans le fruit.

Pour les extirper ou extraire, seule une stratégie nationale de redressement moral, de restauration de la justice et du droit, adoptée au niveau des institutions nationales, conduirait à des résultats positifs. Car en fait, quel magistrat, quel juge, devra faire face à tous ces malfrats qui disposent de ressources financières importantes pour les faire taire ?

La réforme de la magistrature est encore au stade des vœux dans la mesure où le gouvernement n’a pas encore la maîtrise des ressources financières adéquates afin d’améliorer les conditions sociales et de travail des magistrats, civils ou militaires. Va-t-on recourir à des « primes spéciales »pour les mettre à l’abri des corruptions ? La question reste posée. Il revient au gouvernement de faire appel à son génie créateur pour se doter, dans les meilleurs délais, d’une « Stratégie nationale de sécurité ». C’est la panacée.

Source : Le Potentiel/kinshasa