Ministres_Belges

Dernièrement, Charles Michel, ministre belge de la Coopération au développement a séjourné en RDC où il a été reçu par le président Joseph Kabila. De retour en Belgique, Charles Michel est la cible d'une attaque du ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht.

Dans une interview dans un journal flamand, De Morgen, Karel De Gucht a pris à partie Charles Michel après ce voyage au Congo au cours duquel il a rencontré Joseph Kabila. Selon notre source, De Gucht a jugé l'approche de son collègue " déloyale et inefficace ". Mieux, il a estimé que le Premier ministre Yves Leterme devait prendre des mesures " appropriées " contre Charles Michel, qualifié de dissident.

Jusque là réservé et discret face aux attaques de son collègue, Charles Michel est finalement sorti de son mutisme sur la question (son voyage en RDC et sa rencontre avec Joseph Kabila). Il a justifié son voyage qui, dit-il, s'inscrit parfaitement dans la position adoptée par le gouvernement belge vis-à-vis de la RDC. Il s'est exprimé à ce sujet dans un entretien accordé à l'hebdomadaire TéléMoustique, sans ménager son collègue.

" De Gucht devient lui-même un problème "

" Quand on provoque systématiquement des polémiques et des problèmes, on finit par devenir soi-même le problème. Si le ministre De Gucht veut vraiment la normalisation (des relations avec la RDC, NDLR), il doit adopter un message public différent ", a soutenu Charles Michel. Pour lui, son voyage s'inscrit dans la ligne droite de la position adoptée par le gouvernement belge. Si, M. De Gucht ne partage pas cette position, il doit soit convaincre ses partenaires de la changer, soit démissionner, a précisé Charles Michel. Et de renchérir : " Le gouvernement martèle qu'il veut la normalisation des rapports avec la RDC, des liens rompus par les voyages de Karel De Gucht. Mes entretiens politiques à Kinshasa se sont inscrits au millimètre près dans la volonté belge. Si un ministre a un problème avec cette position commune, il doit convaincre l'équipe à changer de cap, soit quitter le gouvernement ".

Selon l'Agence de presse belge, Charles Michel trouve la stratégie de rupture de Karel De Gucht contre-productive. Cette stratégie est en train de gêner l'exécution des projets importants soutenus par la Belgique en faveur de la population de la RDC. Par ailleurs, elle a mis la Belgique sur la touche lors du sommet de Nairobi sur la crise congolaise le 7 novembre dernier. Charles Michel enfonce le clou : " Donner des leçons depuis son fief de Berlare est une stratégie complètement inutile puisque Karel De Gucht n'a pas pu se rendre à la table des négociations pour livrer ses conseils à la RDC ".

Cette gué guerre entre les deux ministres belges met- elle en péril l'entente entre libéraux du Nord et du Sud ? Loin de-là, répond Charles Michel. " L'unité de la famille libérale n'est pas menacée. La position de Karel De Gucht au sein du ULD est très personnelle. Et je me demande si elle n'est pas motivée par des considérations électorales. Si un ministre des Affaires étrangères est émotif au point de confondre ses intérêts en Belgique avec la crédibilité du pays sur la scène internationale, alors nous sommes confrontés à une vraie difficulté ". En peu de mot, il souhaite un apaisement dans les relations belgo-congolaises.

Réaction musclée de la RDC face à De Gucht

Pour mémoire, en mai 2008, à la suite des propos jugés déplacés de Karel De Gucht, le gouvernement congolais avait décidé du gel des relations. Ainsi, l'ambassadeur congolais à Bruxelles avait été rappelé en consultation à Kinshasa. Le consulat de la RDC à Anvers a été fermé. Il avait été exigé à la Belgique de procéder à la fermeture de ses consulats à Bukavu et à Lubumbashi. Au fait, la RDC a voulu ainsi protester contre l'affirmation de De Gucht qui soutenait que la Belgique octroie 200 millions d'Euros à la RDC par an et cela lui donne une obligation morale de prendre position dans les problèmes du Congo.

La réaction congolaise est allée plus loin. Il a été rapporté par le gouvernement que ces 200 millions d'euros sont en grande partie consentis aux ONG belges et aux agences de Nations-Unies opérant en RDC. Le gouvernement n'accède pas directement à ce financement. Il y a donc nuance à apporter dans cette affirmation de nature à mettre en péril la souveraineté et la crédibilité de la RDC