Kivu_en_guerre16 personnalités importantes africaines et internationales viennent de se réunir pour se prononcer sur la situation en République démocratique du Congo. Elles ont exigé l’envoi d’urgence d’une force européenne en RDC en attendant le déploiement, dans 3 ou six mois, des forces supplémentaires de la Monuc. Elles ont établi un lien entre la situation au Rwanda en 1994 et ce qui passe actuellement en RDC. Il y a bel et bien génocide au Congo.

Auparavant, dans un cri de détresse à la communauté internationale, les évêques de l’Eglise catholique ont parlé de « génocide silencieux ». Par deux fois, le mot « génocide » a été lâché. Une situation grave. Entre-temps, on se perd en conjectures tant à Kinshasa qu’à New York sur le mandat de la Monuc et les nouveaux contingents de casques bleus à déployer pendant que les populations congolaises sont tuées, déracinées.

« L’heure est grave. Mobilisons-nous ». Ces propos sont du président de la République, Joseph Kabila. Qui a su mesurer avec exactitude la profondeur de ces propos ? Au regard de la succession des faits, de la poursuite des combats au Nord-Kivu avec autant de populations déplacées, l’impression est qu’aucune institution nationale n’a pris la mesure de ces propos. On se perd en conjectures, distrait par la démarche diplomatique des envoyés spéciaux de l’Onu et des Grands Lacs, la publication du Rapport accablant et rejeté de Human Rights Watch, pendant que des centaines des Congolais sont assassinés, déracinés.

Aucun signal fort au siège des institutions nationales pour dénoncer ces crimes au quotidien en République démocratique du Congo qui puisse justement provoquer cette mobilisation générale. Le seul fait qui ait été enregistré est cette plainte des députés du Nord-Kivu de saisir la Cour pénale internationale, CPI, en ce qui concerne les tueries de Kiwadja. Et pourtant, selon la procédure, il revient au gouvernement congolais de poser cet acte. C’est dire que si ce n’est pas encore fait de la manière la plus officielle, la démarche des députés du Nord-Kivu ne constituerait qu’une simple information à verser dans le dossier du Kivu sans engager une procédure judiciaire.

16 hautes personnalités africaines et internationales

Si les principaux animateurs des institutions nationales n’ont pas encore compris la substance du cri d’alarme du président de la République que l’heure est grave, les personnalités étrangères ont bel et bien saisi toute la substance de ce drame. Il s’agit principalement de hautes personnalités africaines et internationales qui se sont réunies pour réfléchir sur la situation très préoccupante en République démocratique du Congo. Parmi elles, l’on note la présence du Sud africain Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix ; Frédérick De Klerk, ancien président sud-africain ; l’ancien président tchèque Vaclav Havel ; le général canadien qui avait conduit la mission de l’Onu au Rwanda, Roméo Dallaire ; l’ancienne présidente irlandaise, Mary Robinson, chargée autrefois du Commissariat général des droits de l’homme des Nations Unies. Elles ont exigé l’envoi d’urgence d’une force européenne en RDC en attendant le déploiement des troupes supplémentaires onusiennes. Ce déploiement onusien ne sera effectif que dans trois ou six mois. Entre-temps, les massacres continuent. Bien plus, elles ont établi une comparaison entre cette situation préoccupante en RDC et celle qui a prévalu au Rwanda en 1994 et qui a conduit au génocide : 800 mille tués.

Elles savent ce qu’elles disent en parlant de « génocide ».Or, en République démocratique du Congo, le décompte macabre indique déjà 5 millions de morts. Plus que le nombre des tués de deux dernières guerres mondiales. Et le compte n’est pas encore bon ni clos puisque la guerre continue.

Auparavant, ce sont les évêques catholiques qui ont dénoncé ce « génocide silencieux ». Le cas des tueries de Kiwanja est le plus frappant : des populations sans défense assassinées dans leurs maisons et devant les troupes de paix de l’Onu. Inimaginable.

Silence on tue…

Face à ce génocide en République démocratique du Congo, l’attitude des responsables des institutions nationales inquiète. Bouleverse même plusieurs esprits.

Pas de décret pour un deuil national. Pas de convocation de plénières extraordinaires tant au Sénat qu’à l’Assemblée nationale. Seules quelques déclarations médiatiques de bonnes intentions comme si tout ce monde était frappé d’amnésie.

Autant que l’on s’est levé pour rejeter le rapport de Human Rights Watch, autant on doit le faire pour ce génocide qui est en train de tendre vers des proportions inquiétantes. Depuis le 28 août avec la reprise des combats, les populations congolaises vivent un calvaire et un cauchemar : tuées, pillées, déracinées, violées, elles ont tout perdu, jusqu’à leur dignité dans leur propre pays.

Comment les institutions nationales ne peuvent-elles pas constituer un « dossier solide » sur ce génocide congolais avec 5 millions de tués pour des actions judiciaires et politiques conséquentes ? Peu importe les causes de cette guerre complexe déjà connues de tout le monde avec leurs implications économiques. Serait-ce une raison valable pour tuer 5 millions de Congolais ?

Toute la valse diplomatique n’aura de sens que si les institutions nationales parviennent à faire accepter aux instances internationales compétentes qu’il y a génocide en République démocratique du Congo. Ce qui permettrait d’ouvrir un dossier en vue de poursuivre tous les « génocidaires nationaux et étrangers » afin qu’ils soient jugés.

Il y a déjà un précédent en Afrique avec ce qui s’est passé au Rwanda. Aujourd’hui des voix s’élèvent pour qu’il n’y ait plus de « génocide silencieux ». Les institutions nationales sont plus que jamais interpellées.

Source : Le Potentiel/Kinshasa