UNlogoLa pression monte à nouveau sur les Européens pour qu'ils envoient une force militaire dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), pour faire face à une situation humanitaire critique, le temps qu'arrivent les renforts promis par l'ONU.

La Belgique, ancienne puissance coloniale du Congo, a indiqué dimanche avoir été sollicitée par le secrétaire général de l'ONU pour participer à une mission européenne intérimaire.

"Le secrétaire général (de l'ONU Ban Ki-Moon) m'a demandé de participer à une opération européenne le temps qu'il faudra (en attendant) la mise en place du renforcement" promis de la Monuc, la mission de l'ONU en RDC, a indiqué dimanche le ministre belge des Affaires étrangères, Karel de Gucht, à la télévision publique belge RTBF.

Il s'agirait d'une opération de "relais", selon lui. Le ministre n'a pas précisé l'étendue exacte du mandat qui lui serait confié.

La Monuc, déployée depuis 2001, est actuellement la plus importante mission de paix de l'ONU, avec 17.000 hommes dont 5.000 dans le Nord-Kivu où les combats ont repris depuis fin août entre la rébellion de Laurent Nkunda et l'armée congolaise.

Un envoi de 3.000 casques bleus supplémentaires a été décidé la semaine dernière, mais leur date d'arrivée n'est pas précisée.

L'idée est d'avoir entretemps, pendant "quatre à six mois, une opération proprement dite européenne sous commandement européen", selon M. de Gucht, qui espère le ralliement de 3 ou 4 autres pays européens à ce projet.

Cette dimension européenne est un impératif pour la Belgique, car politiquement un tel projet ne sera pas facile à faire accepter dans le pays.

"Il y a le passé (dont il faut tenir compte), c'est une ancienne colonie et il y a la commission Rwanda", a fait valoir le ministre sur une autre chaîne de télévision, la VRT.

Cette commission parlementaire, mise en place pour tirer les leçons de l'assassinat de 10 casques bleus belges au Rwanda en avril 1994 au tout début du génocide dans ce pays, avait jugé "pas souhaitable" l'envoi de soldats nationaux dans d'anciennes colonies.

Le cas de la RDC est d'autant plus délicat que l'ancien "Congo belge", devenu indépendant en 1960, continue à entretenir des relations tendues avec la Belgique.

Lors d'une visite à Kinshasa au printemps, Karel de Gucht a provoqué une crise diplomatique en dénonçant la corruption en RDC. Il a fallu attendre six mois avant que le président Joseph Kabila accepte, il y a trois semaines, de recevoir à nouveau un ministre belge, celui de la Coopération Charles Michel.

Plus de 250.000 personnes ont été déplacées depuis fin août dans le Nord-Kivu et vivent depuis dans des conditions souvent effroyables.

Dénonçant une "vraie catastrophe humanitaire", 16 personnalités mondiales, dont d'anciens responsables politiques et religieux, ont envoyé jeudi une lettre ouverte aux dirigeants européens en leur demandant l'envoi d'une force intérimaire en RDC pour y protéger les civils.

La France, qui assure la présidence de l'UE, avait déjà proposé fin octobre d'envoyer des soldats au Nord-Kivu pour une mission humanitaire en appui à la Monuc. L'idée, soutenue par la Belgique, avait échoué après le refus de plusieurs pays, dont l'Allemagne.

"Il faut voir à présent s'il y aura un engagement suffisant de pays européens", a indiqué un porte-parole du ministère belge des Affaires étrangères.

La Belgique devrait "reprendre des consultations la semaine prochaine" avec ses partenaires européens notamment lors de deux réunions ministérielles, de l'Otan à Bruxelles mardi et mercredi, puis de l'OSCE à partir de jeudi à Helsinki, a-t-il ajouté.