drapeauUn grand absent à la reprise, mercredi, des négociations de Nairobi entre le gouvernement et le CNDP. Il s’agit du facilitateur, le Nigérian Olusegun Obasanjo. N’empêche que la séance devait être présidée par le Tanzanien Benjamin M’Kapa. Parallèlement, dans deux jours, Nairobi accueillera le sommet extraordinaire des chefs d’Etat des pays membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). A l’ordre du jour, la situation de conflit armé en RDC.

Les délégations du gouvernement de Kinshasa et du CNDP n’étaient pas encore arrivées mardi à Nairobi, pour la reprise des négociations devant mettre un terme à la guerre qui sévit dans les Kivu.

Néanmoins, des sources crédibles de l’ONU ont laissé entendre que les entretiens devaient reprendre hier mercredi sous la présidence de l’ancien président tanzanien, Benjamin M’kapa, lequel assure la facilitation avec le Nigérian Olusegun Obasanjo.

Ce dernier est absent de Nairobi. Il ne rejoindra la capitale kenyane que jeudi. Et pour cause. Il s’est rendu en consultation à New York aux lendemains du blocage qui a marqué le premier round des négociations entre Kinshasa et le CNDP.

Le déplacement est justifié dans la mesure où, devant les ambitions démesurées du rebelle Nkunda de remettre en cause l’ordre constitutionnel actuel, le facilitateur s’est vu obligé de se tourner vers le Conseil de sécurité, d’autant plus les exigences du CNDP dépassent largement le mandat qui lui a été confié. Celui-ci se limite à examiner les causes profondes de la guerre au Kivu et à dégager des pistes de solutions durables tout en formalisant le cessez-le-feu.

Entre-temps, des émissaires de l’Union européenne, particulièrement Louis Michel, commissaire au Développement et à l’Aide humanitaire, était venu à la rescousse d’Obasanjo en effectuant une croisade diplomatique dans la région. Il s’est rendu précisément à Kigali et à Kinshasa en passant par Jomba, fief du chef rebelle.

Au nom de l’Union européenne, il a été dit clairement à Nkunda de revoir ses ambitions à la baisse. Mais pour contourner «cet obstacle», le rebelle a préféré entreprendre une tournée africaine en vue de court-circuiter la médiation de l’ONU et de l’Union africaine. D’où la présence de sa délégation à Dakar où elle a été reçue par le président sénégalais, Me Abdoulaye Wade.

Les effets de ce chassé-croisé diplomatique se ressentiront-ils au cours du deuxième round de négociations ? Le CNDP a-t-il revu la copie de ses exigences ?

Réunion extraordinaire de la CIRGL

La reprise des négociations de Nairobi risque de subir la pression de la réunion extraordinaire des chefs d’Etat des pays membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). Celle-ci a été décidée dernièrement à la rencontre de Kinshasa, où s’étaient réunis les coordonnateurs nationaux de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs.

Tenue en prélude à la réunion du Comité interministériel régional (CIR), la rencontre des coordonnateurs a des tâches limitées. Tandis que la CIR a la prérogative de décider de grandes orientations à soumettre à la réunion des chefs d’Etat, en prévision de leur 3ème sommet prévu à Kinshasa au mois de décembre. Toutefois, pour des raisons liées à la situation dans le Kivu, la rencontre a été reportée sine die. En lieu et place, il a été décidé la réunion extraordinaire du 21 décembre à Nairobi.

La convocation des assises de Nairobi est justifiée par le fait que le président en exercice est le kenyan Moi Kibaki, secondé des présidents Jakaya Kikwete (Tanazanie), président sortant, et Joseph Kabila (RDC), président entrant.

Conformément aux dispositions de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, ce triumvirat a la compétence de convoquer une réunion extraordinaire dès lors qu’une situation de conflit surgit dans la région. Telle que la situation des Kivu qui oppose la RDC au Rwanda par groupes armés interposés.

Il y a lieu, au niveau africain aussi, de trouver rapidement une solution pour restaurer la paix et ne pas gêner le programme de relance des activités adopté depuis Nairobi en 2006 pour des actions de développement économique et de promotion sociale.

Il reste à souhaiter que les chefs d’Etat des pays membres de la CIRGL se départissent, une fois, de la politique d’autruche pour s’appuyer sur le Pacte de sécurité, de stabilité et de développement de la région des Grands Lacs.

Ce Pacte comporte une résolution qui porte - ô ironie ! - sur la «Non agression et la défense mutuelle» ratifiée par 8 des 11 Etats dont la RDC et le Rwanda. Cette résolution est opposable à tous les Etats signataires afin d’éviter tout acte d’agression ou susceptible de déstabiliser un Etat voisin souverain.

Bien plus, si un Etat membre est agressé ou menacé, les autres Etats ont le devoir moral et politique de venir à son secours. C’est le sens à donner au ce concept de «défense mutuelle». A cet égard, les pays des Grands Lacs sont placés devant le respect de leurs engagements. Cette réunion extraordinaire est prévue pour le 21 décembre.

Poursuite des accrochages

Loin des salons feutrés où se concertent des diplomates, les combats opposent depuis hier mercredi les éléments du CNDP à ceux de PARECO, dans le Rutshuru. Ce fait est confirmé par les observateurs de la Monuc.

Selon le CNDP qui a reconnu les combats, il s’agit de «repousser la menace des éléments de PARECO», un autre groupe armé du Nord Kivu.

Il est également fait état d’exactions et de violences avec enlèvement des adolescents par le CNDP à Kiwanja. Une situation vivement condamnée par la Monuc qui a averti le CNDP que ses exactions et violences sont assimilées à des «crimes de guerre».

Selon les observateurs, le CNDP adopte la stratégie de deux fers au feu afin de continuer à faire pression sur le déroulement des négociations de Nairobi. En outre, il n’ignore pas que, dans deux jours, se tiendra la réunion extraordinaire des chefs d’Etat des pays membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Donc, des occasions à exploiter à son profit.

Mais, rien n’est gagné d’avance. Les discussions seront laborieuses. La RDC n’émet qu’un vœu : que Nairobi balise la voie du retour à une paix durable.