Le secrétaire général près le ministère du Budget est aux arrêts pour, dit-on, « malversations financières ». D’autres personnes, poursuivies pour détournement des deniers publics, figurent sur l’avis de recherche lancé par le Parquet général.

Mais, on craint que l’opération « mains propres » bute sur « des coups de fil qui pleuvent partout pour paralyser l’action publique ». Le président de la République s’en est inquiété devant l’Assemblée nationale et le Sénat réunis en Congrès, le 13 décembre 2008 au Palais du peuple. Alors, pas question d’une « œuvre inachevée ». Il faut aller jusqu’au bout.

Faut-il croire que la récente arrestation du secrétaire général près le ministère du Budget va donner le « go » à la grande opération « mains propres » promise par le nouveau ministre de la Justice ? On ne saurait l’affirmer. Quoique des sources judiciaires aient indiqué à la presse que « le secrétaire général au Budget serait poursuivi pour malversations financières ».

« Sur l’avis de recherche lancé par le Parquet général, on indique que la liste des Congolais poursuivis pourrait s’allonger dans les jours à venir au vu des indices de la gravité à leur charge. Au sujet des entrepreneurs étrangers accusés de détournement des fonds perçus pour la réhabilitation des infrastructures, d’aucuns estiment que cette affaire pourrait avoir des ramifications politiques, du fait qu’il n’y a que ces entrepreneurs étrangers qui sont arrêtés alors que des Congolais, passés maîtres dans le détournement des fonds, restent impunis », selon Digitalcongo.net.

Détournement à outrance

Le gouvernement congolais éprouve d’énormes difficultés pour faire face aux multiples problèmes qui se posent au pays, les recettes prévues à chaque budget étant détournées dans des opérations de fraude fiscale et de corruption sur l’ensemble du territoire national.

« Plus de 38 millions de francs congolais de reliquat de la paie des militaires de Kananga et de Tshikapa, dans la province du Kasaï Occidental, ont été détournés », a révélé il y a quelques jours l’Etat-major général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), cité par la radio onusienne.

« Quelques conseillers du gouverneur, comptables et agents chargés de la paie dans certains territoires, spécifiquement celui de Luiza s’évertuent à annihiler les efforts du gouvernement », a accusé le député national Cyrille Mbuembue (élu de Luiza) dans une motion à l’Assemblée nationale dénonçant « un réseau maffieux réputé en détournement des salaires des agents et fonctionnaires de l’Etat ».

« C’est depuis mars 2008 que les agents et fonctionnaires de l’Etat de cette partie du Kasaï Occidental ne sont pas régulièrement payés. Pire encore, ces travailleurs ne reçoivent pas la totalité de leur salaire », a-t-il précisé, signalant que les détourneurs recourent, notamment, à la falsification des listes de paie et au retrait d’un forfait sur chaque agent.

« Et cela, se fait service par service. C’est le cas, par exemple, du service de santé où l’on a défalqué un montant de 7.650 FC sur chaque salaire pour les mois d’octobre et novembre derniers. Pour d’autres services, 4.000 FC ont été défalqués, a-t-il encore indiqué.

Au Katanga, certains fonctionnaires des territoires de Kabongo et de Kanyama n’ont pas encore touché leurs salaires des mois d’octobre et novembre de l’année en cours, à cause d’un déficit de plus de 13 millions de francs congolais, soustraits des enveloppes salariales globales.

Il ressort d’une enquête diligentée par l’avocat général des FARDC, le colonel Eddy Nzabi, lors du contrôle biométrique effectué il y a quelques mois à la 4ème région militaire, que des listes de paie avaient été gonflées sciemment par certains officiers pour le besoin de la cause.

On signale au Kasaï Occidental la disparition de plus de 33 millions de francs congolais à la garnison militaire de Kananga et de plus de 4 millions à celle de Tshikapa, au Kasaï Occidental tandis qu’une partie de la solde des militaires en province Orientale a été détournée par des officiers.

Mettre fin à l’impunité

Personne n’étant au-dessus de la loi, tous ceux qui sont impliqués dans le détournement des deniers publics doivent être traduits devant les Cours et Tribunaux, afin d’être sévèrement punis une fois établie leur culpabilité.

Devant le Congrès, le président de la République, Joseph Kabila Kabange, a fustigé les « trafics d’influence » qui interfèrent dans le fonctionnement du pouvoir judiciaire, constitutionnellement « indépendant ». « Il est important que cessent les trafics d’influence qui, faut-il le rappeler, constituent une infraction. Très souvent, alors que les magistrats posent des actes conformément à leur devoir, et avant même qu’ils aient clôturé l’instruction préparatoire, des coups de fil pleuvent de partout pour paralyser l’action publique », a-t-il stigmatisé le 13 décembre 2008 au Palais du peuple.

« Cela est inadmissible, au risque d’accréditer l’idée d’une République d’intouchables », s’est-il indigné, promettant que « quiconque viole la loi sera poursuivi ». Actuellement, une dizaine d’entrepreneurs étrangers sont aux arrêts. Ils sont accusés de malversations financières après avoir reçu l’ argent de l’Etat auprès de l BCECO pour des travaux d’utilité publique à exécuter. Il nous revient que dans ce dossier, les « commanditaires » ne sont pas encore inquiétés. En arrêtant le secrétaire général du Budget, l’on s’attend à ce que soit ouverte la boîte de Pandore.

Qu’en est-il des Régies financières avec ce détournement de plus d’ 1 milliard de dollars ? Ou encore du dossier SNEL et Mag Energy ? Nous ne doutons pas que le Justice instruise en ces instants ces cas. Alors que l’on ne s’arrête pas seulement au niveau des « menus frétins » pour protéger les « gros poissons ». Il faut que la pêche soit abondante dans de nettoyer les écuries d’Augias en vue de décourager des futurs émules, au nom de la bonne gouvernance et de la lutte contre l’impunité.

Or, il s’avère qu’ils sont nombreux ceux qui « violent la loi » mais qui ne sont « pas poursuivis » en justice. Dès lors, il est plus que temps que le pouvoir judiciaire exerce pleinement ses attributions constitutionnelles, en allant jusqu’au bout dans l’actuelle opération « mains propres ». Etant entendu que les criminels économiques à col blanc constituent actuellement une caste d’ « intouchables » en République démocratique du Congo.

Source : le Potentiel/Kinshasa