Militaire_FARDCLes nouvelles du front ne sont pas du tout rassurantes. L’option militaire risque de prendre le dessus sur celle politique et diplomatique. Le refus du CNDP de signer formellement le cessez-le-feu et les accusations portées contre les FARDC d’occuper les zones tampons découlent d’un stratagème pour une offensive généralisée en direction d’autres provinces. Avec le soutien des troupes rwandaises qui sont déjà signalées en RDC, selon des sources concordantes.

La reprise des négociations entre le Gouvernement et le CNDP, pour le compte du IIIème round risque de ne pas avoir lieu. D’ailleurs, le CNDP n’est plus pressé pour retourner à Nairobi après avoir demandé à l’ONU de venir sur place au Nord-Kivu vérifier les positions des FARDC. Dans le cas contraire, le CNDP a déclaré « qu’il ne trouverait plus nécessaire de revenir à Nairobi poursuivre les négociations » dont la reprise est fixée au 7 janvier 2009. Aussi, nombreux sont les observateurs qui ne se font plus d’illusion et craignent que ce prétexte s’inscrive dans une stratégie bien arrêtée pour la reprise des combats. Le recrutement ou les enlèvements de jeunes garçons à Kiwanja constituent déjà un premier indice sérieux de la reprise des combats. Le CNDP a, chaque fois, procédé de la même façon avant de relancer les hostilités, font remarquer les mêmes observateurs.

Par ailleurs, selon des sources concordantes, le Rwanda a déployé ses troupes en RDC pour soutenir l’action militaire de Nkunda. Les premières informations ont fait état de 8.500 soldats rwandais renvoyés en Rdc pour combattre aux côtés des éléments du CNDP. Fort de cet appui militaire, Nkunda ne se sent plus concerné par les négociations de Nairobi et les accusations portées contre les FARDC ne sont que des subterfuges. Ils ne visent qu’à détourner l’attention des gens sur ces préparatifs militaires.

Sud-Kivu et Maniema visés

Il se précise que devant sa position inconfortable sur le plan politique et diplomatique, Nkunda entend jouer la carte militaire, certain qu’avec l’appui militaire du Rwanda, il obligerait les Nations unies et Kinshasa à discuter avec lui en position de force.

La stratégie consiste à chasser d’abord les contingents de la Monuc dans toute la zone contrôlée par le CNDP. Ensuite, s’emparer de Goma et de Kanyabayonga, avant de viser Bukavu pour se diriger vers Kindu. S’il ne réussit pas à forcer la main de l’Onu et de l’Union africaine, il tentera de progresser jusque Beni, Butembo et Kisangani. La carte est facile à lire. Il s’agit là de l’itinéraire autrefois emprunté par l’ex-AFDL.

L’objectif, comme on peut le deviner, est de renverser les rapports des forces pour négocier en position de force. Et le tout en cherchant par tous les moyens à tirer les choses en longueur. Raison pour laquelle, une fois de plus, le CNDP a refusé de signer le dernier accord de Nairobi III sur le cessez-le-feu. La bonne foi de Kigali à l’épreuve

Il est un fait que ces informations concordantes soulèvent la question de la bonne foi de Kigali. Elle est mise à l’épreuve. L’on se souviendra qu’avec la publication du rapport des experts de l’Onu, soulignant le soutien financier et militaire du Rwanda au CNDP, Kigali a opposé un démenti catégorique. Allant jusqu’à qualifier ces « déclarations d’inexactes et de mensonges ».

Mais des pays comme la Norvège, la Suède et la Hollande, convaincus des faits, ont suspendu leur aide en faveur du Rwanda. Justement à cause de ce soutien.

D’autre part, la bonne foi du Rwanda est à vérifier également avec les entretiens qui ont lieu à Kigali, à Kinshasa et à Goma entre les ministres des Affaites étrangères congolais et rwandais. Pas plus tard qu’hier lundi, le ministre de la Défense de la RDC et le chef d’Etat-major général des FARDC se sont rendus à Goma pour finaliser les dispositions de sécurité entre les deux pays et appliquer l’accord conclu avec le Rwanda le 5 décembre 2008 pour neutraliser les FDLR.

Or, ces informations concordantes soulignent que les entretiens n’auraient pas été empreints de franchise et de sincérité. Toujours ce double jeu ou langage qui consiste à donner l’impression de discuter mais à avoir en permanence le doigt sur la gâchette pour continuer à exercer la pression militaire. Dans les jours à venir, l’on saura exactement si le Rwanda a été de bonne foi.

L’ONU et l’UE interpellées

En attendant, il revient aux autorités congolaises de prendre toutes les dispositions qui s’imposent pour éviter tout effet de surprise. Le refus du CNDP de signer l’accord de cessez-le-feu n’est pas le fait du hasard dès lors qu’il avait revu à la hausse ses ambitions. Ce refus consistait justement à s’ouvrir une brèche pour continuer dans l’option militaire, conscient de l’adoption de la résolution 1856 par le Conseil de sécurité des Nations unies. Il faut alors précipiter les choses et prendre l’ONU de court pour ne pas permettre à la MONUC de disposer des moyens logistiques à faire face à son mandat élargi.

Il va de soi que l’Union européenne aura sa part de responsabilité morale et politique si jamais les choses gâtaient. Et ce pour avoir réservé une réponse négative à la démarche du secrétaire général de l’ONU, Ba Ki Moon sur l’envoi d’une force européenne d’interposition.

Les jours à venir s’annoncent importants et décisifs pour la paix en République démocratique du Congo. Car, une fois de plus, la trêve est sérieusement menacée au Nord Kivu.

Source : le Potentiel/Kinshasa