Incertitude à Nairobi pour la reprise des négociations entre le Gouvernement et la rébellion CNDP. Nkunda qui s’emploie à contourner l’initiative onusienne tient à donner réellement une envergure politique à son mouvement. Après Dakar, l’on signale désormais ses envoyés spéciaux dans plusieurs capitales occidentales afin qu’ils recrutent des politiciens qui doivent adhérer à son mouvement et conférer ainsi à ses revendications une dimension nationale. Il ne lésinerait pas sur les moyens.

C’est en principe mercredi 7 janvier 2009 que doivent reprendre les négociations à Nairobi entre la délégation du Gouvernement congolais et celle de la rébellion armée, CNDP de Laurent Nkunda. Ces pourparlers avaient été suspendus à la fin décembre 2008 sans que les deux parties ne parviennent à un accord sur la formalisation du cessez-le-feu.

En effet, si la délégation du Gouvernement congolais avait signé l’accord de cessez-le-feu, le CNDP avait refusé de le faire prétextant, en date du 29 décembre 2008, que les FARDC avaient violé les zones tampons. Notamment sur les axes Goma-Kibati et Nyanzale-Kanyabayonga. De ce fait, dans une lettre adressée à la facilitation internationale et à la MONUC, le CNDP exigeait qu’elles se rendent sur les lieux pour vérifier les faits. «  Nous avons écrit à la MONUC. Nous lui avons demandé d’obtenir le retrait des FARDC de ces zones. Nous avons demandé à la médiation de venir constater cette proximité des troupes, observer également la violation du cessez-le-feu par les FARDC et d’exiger de Kinshasa le retrait de ses troupes. Et si cela n’est pas fait, nous ne voyons pas ce que nous irons faire à Nairobi. Donc, ce sera difficile pour nous d’aller pour tromper les Congolais. Nous sommes en train de faire la paix, alors que dans deux ou trois jours, il y aura la guerre », souligne la lettre du CNDP.

En réponse à cette lettre, la MONUC a répondu qu’elle n’a observé aucun redéploiement des unités FARDC. Fait confirmé par le général Mayala qui qualifie les déclarations du CNDP de fausses, et a appelé la facilitation internationale à vérifier elle-même les faits.

La MONUC, dans son communiqué du 2 janvier 2009, « invite le CNDP à reprendre le dialogue politique prévu pour le 7 janvier 2009 à Nairobi. Dans le cadre de ce forum qui a été créé à sa demande, le CNDP a la latitude de traiter directement avec le gouvernement de la RDC toutes les questions qu’il juge indispensables pour le retour de la paix ».

Campagne de séduction et de recrutement

A en croire de nombreux observateurs, Nkunda serait séduit par le «  Plan américain de Herman Cohen ». Un plan qui, comme on le sait, fragilise la Rdc, prolonge la mainmise sur des richesses des deux provinces du Kivu par le Rwanda, vide la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et la Communauté économique des pays des Grands Lacs, CEPGL, de toute leur substance pour renforcer l’économie du Rwanda et la valeur marchande des pays anglophones de l’Est. A savoir, le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie. Un plan qui se satisfait du pillage actuel des richesses congolaises dans la partie contrôlée par le CNDP.

Mais pour gagner du temps, tirer les choses en longueur, le CNDP a commencé par revoir ses ambitions politiques à la hausse ; exiger la présence des présidents du Sénat, de l’Assemblée nationale, la majorité et l’opposition. Il menace de chasser le pouvoir de Kinshasa pour « libérer le peuple congolais ». D’où cette campagne de séduction dans quelques pays d’Afrique.

La délégation du CNDP, on le sait, a séjourné au Sénégal où elle a rencontré le président Wade. Quand on constate maintenant que le président sénégalais est attentif aux «  coups d’Etat en Afrique », sa réaction sur la junte militaire à Conakry en dit long, certainement qu’ il aurait été également attentif au discours du CNDP.

En attendant que l’on sache davantage sur ce qui s’est dit à Dakar, Nkunda serait en train de recruter dans les capitales occidentales. Les rumeurs ont fait état, et le rapport des experts de l’Onu l’a souligné, de quelques bailleurs de fonds, notamment Katebe Katoto, alias Raphaël Soriano. Mais également d’Oscar Kashala, président de l’UREC et candidat malheureux aux dernières élections présidentielles de 2006. Bien sûr que ces derniers nient les faits. Oscar Kashala affirme n’avoir rencontré ni Nkunda ni le président rwandais Paul Kagame. Mais les rumeurs persistent et relèvent que c’est O. Kashala qui devrait s’auto-proclamer «  président  du CNDP » après la chute de Goma.

Toujours en Europe, l’on parle d’un certain Diatezwa qui serait le porte-parole du CNDP en Occident. De gros moyens financiers seraient mis en jeu pour recruter des personnalités politiques congolaises d’une autre origine que Nkunda afin de donner une dimension politique et nationale au CNDP qui, jusque-là, se proclamait « protéger la minorité tutsi ».

Entre-temps, la thèse de la reprise des combats n’est toujours pas écartée. Dans son plan, le CNDP à qui l’on a déjà reproché l’enlèvement des enfants à Kiwandja, vise à chasser la MONUC dans la zone qu’il contrôle en « la traitant de partialité ». Ensuite, tout faire pour prendre Goma et Kanyabayonga.

Et s’il réussit ces prouesses tant sur le plan politique que militaire, élargir sa zone d’influence jusqu’ au Maniema.

Contourner la facilitation internationale

Toute cette campagne de séduction et de recrutement, ne vise qu’une chose : contourner l’initiative diplomatique internationale et se placer en interlocuteur incontournable en partant des rapports de forces sur le terrain.

Il est vrai que le CNDP est de plus en plus conscient du fait qu’avec les discussions de Nairobi, même si le gouvernement de Kinshasa faisait des concessions, elles ne se limiteraient qu’au niveau provincial. Or, en exprimant déjà ses ambitions politiques qui visent à remettre en cause l’ordre constitutionnel actuel en place, il n’y a pas de doute que Nkunda voie « grand et loin».

Dans le cas contraire, il n’est pas du tout prêt à lâcher la zone qu’ il contrôle pour des « raisons économiques » et selon le plan élaboré par les vrais commanditaires de cette guerre tout autant économique. A moins que tous ceux qui tirent les ficelles, le Rwanda y compris, s’inscrivent également dans le schéma des «  Négociations de Nairobi ».

Pour cela, il revient une fois de plus à Kinshasa d’être à la hauteur de ses responsabilités politiques et constitutionnelles pour une paix réellement durable. D’avoir une vision exacte de l’identité nationale, de prendre la mesure de tous les enjeux de cette guerre économique et de la balkanisation de la Rdc. En dehors de ces faits, agir autrement, sans réflexes d’anticipation, serait prêter le flanc aux ennemis de la République démocratique du Congo.

Source : le Potenttiel/Kinshasa