Le chef d’état-major de la rébellion congolaise, Bosco Ntaganda, qui affirme avoir limogé le chef rebelle Laurent Nkunda, «n’a plus d’ordre à donner» au sein du mouvement, a déclaré vendredi à l’AFP M. Nkunda.

«Le général Bosco Ntaganda n’a plus qualité de donner des ordres à l’armée du CNDP» (Congrès national pour la défense du peuple), a affirmé M. Nkunda, interrogé au téléphone depuis Goma (est).

«Le haut commandement militaire s’est réuni hier (ndlr : jeudi) et aujourd’hui (vendredi) à son sujet», a-t-il expliqué.

«Nous lui avons envoyé une commission de discipline pour l’entendre. Les membres de cette commission discutent avec lui maintenant. Il l’ont rencontré à l’état-major opérationnel de Kirorlirwe» (territoire de Masisi), a précisé M. Nkunda.

«Aujourd’hui, nous donnons au général Ntaganda un espace pour qu’il revienne à la raison. Il a le droit de choisir. Mais s’il fait un mauvais choix, il en prendra la responsabilité», a mis en garde le chef rebelle.

Le CNDP est en crise ouverte depuis que son chef d’état-major Bosco Ntaganda a annoncé lundi le limogeage pour «mauvais leadership» de Laurent Nkunda.

Jeudi, au cours d’une conférence de presse, le général Ntaganda a réaffirmé avoir renversé le président du mouvement rebelle, assurant avoir le soutien «des membres du CNDP et des commandants des grandes unités» militaires du mouvement.

Après avoir tenté de minimiser l’incident, les partisans de Nkunda ont dénoncé jeudi «la supercherie» du chef d’état-major et menacé de sanctionner ce «cas d’indiscipline caractérisée».

La rébellion contrôle une partie de la province du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Nkunda et ses partisans sont basés dans le territoire de Rutshuru (60 km au nord de Goma). Le général Ntaganda évolue dans les collines verdoyantes du territoire du Masisi (ouest de Goma).

«Rien n’a changé au sein du mouvement», a de nouveau assuré Laurent Nkunda. «Il y a eu un membre indiscipliné. Il était respecté, mais aujourd’hui il ne l’est plus et il n’a plus d’ordre à donner à l’armée du CNDP».

Le chef d’état-major «est entouré de 20 ou 30 militaires. Peut-il renverser le gouvernement du CNDP? Je ne crois pas», a assuré le chef rebelle.

«Le général Ntaganda restera là où il est, sans pouvoir, jusqu’à ce qu’il revienne à la raison. La commission de discipline me donnera son rapport, à l’issue duquel nous déciderons de son sort», a conclu M. Nkunda.

Aucun collaborateur de M. Ntaganda n’était joignable vendredi après-midi pour commenter ces déclarations. Obasanjo rencontre Nkunda

Le médiateur de l’ONU en République démocratique du Congo (RDC), le nigérian Olusegun Obasanjo, s’est rendu vendredi matin dans l’est du pays où il a rencontré le chef rebelle Laurent Nkunda, a-t-on appris de sources concordantes.

«M. Obasanjo s’est rendu (...) ce matin à Jomba pour rencontrer Nkunda», a indiqué à l’AFP le porte-parole de la rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), Bertrand Bisimwa.

Leur rencontre s’est achevée en fin de matinée, a précisé au correspondant de l’AFP à Goma un proche collaborateur du chef rebelle.

Interrogé au téléphone par l’AFP depuis Goma, le général Nkunda a confirmé la rencontre. «Nous avons tablé sur des questions qui peuvent faire avancer les négociations de Nairobi», a expliqué le chef rebelle.

La localité de Jomba est située à environ 60 km au nord de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, dans les territoires sous contrôle de la rébellion.

L’ex-président nigérian, désigné fin novembre par l’ONU pour trouver une issue à la crise dans l’est de la RDC, se trouvait jeudi à Kinshasa où il s’est entretenu avec le président congolais Joseph Kabila, avant de se rendre à Kigali.

Ces nouvelles consultations de M. Obasanjo interviennent alors que des négociations directes entre la rébellion et le gouvernement congolais ont repris mercredi à Nairobi.