La surchauffe constatée sur le marché de change cède de plus en plus à une accalmie. Les dernières mesures gouvernementales arrêtées le jeudi 8 janvier produisent déjà leurs effets. Le taux de change du dollar américain est passé de 850 à 550 Fc depuis samedi dernier à midi. Cette inversion spectaculaire des tendances appelle à plus de vigilance. La commission gouvernementale de crise en est consciente. Sans doute !

Le gouvernement travaille sans relâche pour juguler la crise constatée sur le marché de change. Hier dimanche 11 janvier, des mesures additionnelles sont tombées en complément à celles arrêtées le 8 janvier, ce à l’issue de la troisième réunion de la cellule gouvernementale de crise.

L’évaluation de l’exécution des mesures précitées a constitué le menu des discussions. Deux jours seulement après, une inversion des tendances a été constatée sur le marché de change. La monnaie nationale, le franc congolais, a commencé à reprendre du poil de la bête. Depuis l’après-midi du samedi 9 janvier, le dollar américain s’est échangé contre environ 600 francs congolais, jusque hier dimanche dans la soirée. Et pourtant, quelques trois jours avant, la dépréciation de la monnaie nationale s’est accélérée à un rythme inquiétant.

De 680 Fc sur le marché parallèle, le dollar américain a atteint le pic de 850 Fc sur certaines places de change. Le gouvernement avait justifié cette surchauffe par la baisse des ressources issues de l’exportation du pétrole, du bois ainsi que des produits miniers, suite à l’effondrement des prix des minerais sur les marchés mondiaux, provoqué par la crise financière mondiale. Puis, le paiement des échéances, notamment envers le Fonds monétaire international (FMI). Enfin, l’augmentation de la demande pour le renouvellement des stocks couplée avec la rétention spéculative et les phénomènes d’anticipation.

Les interventions régulières de la Banque centrale du Congo sur le marché de change étaient envisagées comme l’une des stratégies pouvant stabiliser et affermir la tendance baissière. C’est ainsi que plus de 7 millions de dollars américains ont été injectés sur le marché interbancaire de change afin de faire face à la forte demande de devises étrangères. Cette opération a eu comme effet bénéfique la réduction de la masse monétaire en circulation de 18 milliards de francs congolais.

Il sied de constater que le taux directeur de la BCC a connu successivement des hausses allant de 28 à 40 % puis à 55%. Le relèvement du cœfficient de réserve des banques commerciales de 5 à 7%. Toutes ces mesures visent, comme l’a indiqué la BCC «d’éponger la liquidité excédentaire du franc congolais» en circulation.

Le plus difficile reste à faire

Faudrait-il se réjouir déjà des résultats obtenus ? Il serait trop tôt de vendre ainsi la peau de l’ours avant de l’avoir abattu. Le moindre faux bond peut être fatal. La BCC relève que «les mesures d’ordre monétaire ne sauront produire des résultats escomptés durables sans un ajustement de grande envergure de la politique budgétaire». En fait, il s’agit d’un défi mieux d’un pari de bonne gouvernance budgétaire qui passe nécessairement par le respect de «la chaîne de la dépense». Le gouvernement est appelé à ne dépenser que sur la base caisse, évitant absolument tout recours au financement monétaire.

La tentation est en effet grande de recourir à la planche à billets pour financer les dépenses publiques face à l’écroulement de la masse des ressources financières du gouvernement. Une politique fiscale incitative combinée avec une gestion parcimonieuse du Trésor public peut atténuer la situation financière explosive du pays. D’autre part, il se constate que la valse des étiquettes n’a pas suivi dans le sens de la baisse. L’impact de l’évolution actuelle ne saurait être ressenti par le consommateur dans un avenir proche si des mesures correctives tardent à être prises.

Il va de soi que les causes à la base de la dernière surchauffe sont contraignantes pour le gouvernement, notamment la guerre dans l’Est du pays et la crise financière mondiale avec sa cohorte d’effondrement des prix des minerais. Mais il ne demeure pas moins vrai que l’autre versant reste la détermination du gouvernement à s’imposer une discipline budgétaire de fer afin de ne pas envenimer la situation. Seul l’affermissement de la tendance baissière et sa consolidation redonneront confiance aux opérateurs économiques et à la population congolaise.

Communiqué n°003 de Cellule de crise du gouvernement

La Cellule de crise du gouvernement s’est réunie pour une troisième fois sous la direction de Son Excellence Monsieur le Premier ministre à l’Hôtel du Gouvernement, ce samedi 10 janvier 2009.

L’objet essentiel de rencontre a consisté en l’examen de l’évaluation de situation du marché de change. Quarante-huit heures après la prise des mesures urgentes par la résorption de la surchauffe. Elle a constaté ce qui suit : 1. L’inversion de tendance à la baisse du taux de change qui est tombé d’un pic de 840 Fc pour le dollar Us à une moyenne de 600 Fc 2. L’obtention des résultats positifs découlant des mesures prise par la cellule gouvernementale au cours de sa première réunion de crise.

Dans le cadre des activités de la Cellule de crise, la Banque centrale a pris des mesures suivantes : · La révision à la hausse de son taux directeur de 40 à 55% · La hausse du coefficient de réserve obligatoire de 5 à 7 %.

Cette série des mesures monétaires sera accompagnée par le resserrement de la politique budgétaire et des efforts d’amélioration d’offre des devises dans le système bancaire. La Cellule réaffirme la poursuite de l’intervention de la Banque centrale du Congo sur le marché de change.

Enfin, le gouvernement invite la population ainsi que les opérateurs économiques à faire confiance à la monnaie nationale. Fait à Kinshasa, le samedi 10 janvier 2009

Adolphe Muzito, Premier ministre

Source : le Potentiel/Kinshasa