carte_kIVULe général Bosco Ntaganda, chef militaire du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), a annoncé deux fois, en ce début de janvier, le limogeage de Laurent Nkunda au sein du mouvement rebelle de l’est du Congo, l'accusant de «mauvaise gestion» et d'«obstacle pour la paix».

Ntaganda, 35 ans environ, a affirmé également qu'il a «le soutien de tous les membres et chefs du CNDP», ajoutant que «le CNDP apportera la paix dans la partie sous son contrôle, si le gouvernement de Kinshasa accède à ses exigences».

En outre, déniant à Nkunda toute qualité pour désigner des représentants aux négociations de Nairobi, Désiré Kamanzi, parlant au nom de Ntaganda a déclaré que «la direction du CNDP ne reconnaît plus Nkunda comme chef».

«Scission au sein du CNDP? Il faut être fou pour y croire!», estiment la plupart des Congolais interrogés par IPS à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).

Source : inter press service new agency

En dehors d'un haut cadre de la coordination congolaise pour la Conférence régionale sur les pays des Grands Lacs, qui affirme sous anonymat que cette scission est effective et qu'elle profite au gouvernement, des Congolais de tous bords ont dit à IPS : "Il s'agit d'une simple machination et d'une diversion du mouvement rebelle à la veille de la reprise des négociations avec le gouvernement à Nairobi".

«Nous sommes habitués à ce genre de stratégies depuis 1996 avec des semblants de scissions au sein des rébellions» qui visent «l'anéantissement des négociations pour la paix», selon Jean Keba de l'Association africaine de défense des droits de l'Homme (ASADHO), pour qui «il ne sera pas étonnant que de ce semblant de scission, naisse une autre tête de rébellion pour compliquer le processus de Nairobi».

Les négociations entre le gouvernement congolais et le CNDP ont repris le 7 janvier après avoir été suspendues le 20 décembre 2008 à cause du refus du chef rebelle de signer l'acte de prolongation de la cessation des hostilités dans la province du Nord-Kivu, dans l’est de la RDC.

Seule la délégation gouvernementale, dirigée par Raymond Tshibanda, ministre congolais de la Coopération internationale, avait signé le document présenté par la facilitation «dans le but de permettre l'acheminement de l'aide humanitaire aux victimes et déplacés internes, de promouvoir le dialogue, de recréer un climat de confiance entre parties et d'assurer la suite des négociations dans un climat plus apaisé».

La scission au sein du CNDP «est une simple diversion de Nkunda face à la tournure positive que prennent les relations entre la RDC et le Rwanda», a déclaré Guy Katsuva, avocat et secrétaire national du Mouvement pour la libration du Congo (MLC) de l'opposant congolais Jean-Pierre Bemba Gombo.

Entre novembre 2008 et janvier 2009, plusieurs rencontres politiques et diplomatiques ont eu lieu entre les autorités du Rwanda et celles de la RDC autour de la question sécuritaire dans l'est du Congo.

Le 8 janvier, au lendemain de la relance des négociations entre le gouvernement et le CNDP, James Kabarebe, chef de l'armée rwandaise, accompagné d'une forte délégation au sein de laquelle Olusegun Obasanjo, envoyé spécial des Nations Unies sur le conflit en RDC, a été discrètement reçu par le président congolais Joseph Kabila à Kinshasa.

Au sein du CNDP, la déclaration de limogeage de Nkunda a été diversement interprétée. Plusieurs hauts responsables du mouvement, au nombre desquels Séraphin Mirindi et Bertrand Bisimwa, ont refusé de reconnaître Ntaganda comme leur nouveau chef. Il s'agit d'un «acte de folie» équivalent à la «haute trahison», estiment-ils.

Et «compte tenu de la gravité des faits, le Haut commandement militaire de l'ANC (l'armée du CNDP), après examen minutieux des conclusions de l'enquête diligentée, a décidé de saisir le Conseil de discipline du mouvement afin d'entendre les intéressés, d'établir éventuellement leur culpabilité et de proposer au congrès (organe suprême du mouvement, conformément aux articles 15 et 16 des statuts du CNDP) la sanction applicable», indique un communiqué signé de Bertrand Bisimwa, porte-parole du CNDP. «Cette procédure bénéficiera de la célérité qui s'impose en matière de flagrance», ajoute le communiqué daté du 8 janvier dont copie est parvenue à IPS et disponible sur le site officiel du CNDP: www.cndp-congo.org.

Nommé au grade de général au sein des Forces armées congolaises en avril 2004, Bosco Ntaganda fait l’objet d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour plusieurs crimes graves commis en Ituri, dans le nord-est de la RDC au cours des années 2000 et 2004, pendant qu'il était responsable militaire au sein de l'Union des patriotes congolais (UPC) de Thomas Lubanga, actuellement en procès devant la CPI.

Selon un rapport de la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC), «Ntaganda est responsable du meurtre d'un soldat kenyan membre de ses contingents en RDC, en janvier 2004, et de l'enlèvement d'un soldat marocain, toujours membre de ses contingents».