RouteLes recommandations formulées par la commission ad hoc du Sénat sur l’affaire réhabilitation de la route Kolwezi-Solwezi au cours de la plénière de la chambre basse du lundi 12 janvier ont posé le problème de l’appréciation adéquate des éléments d’information sur la question. Le débat engagé a révélé que la commission ne disposait pas de tous les contours du dossier. Aussi une certaine opinion trouve-t-elle précipité le fait que la commission du Sénat tente de se substituer à la commission nationale d’adjudication en confiant à une société minière, en l’occurrence KMT (ou sa filiale First Quantum) le marché de réhabilitation de la route Kolwezi -Solwezi.

La plénière d’hier lundi 12 janvier au Sénat a démontré combien les intérêts nationaux peuvent être aliénés à la suite d’une mauvaise appréciation des éléments d’information ou leur insuffisance. Aucune unanimité ne s’est dégagée sur la terminologie des termes qui ont sous-tendu les arguments ayant conduit la commission ad hoc de la Chambre basse à proposer qu’une entreprise minière KMT (Kingamyambo Musonoi Tailings) soit autorisée à obtenir l’exclusivité de réhabiliter la route qui va de Kolwezi et atteint la borne II/36 dans la province du Katanga, à la frontière avec la Zambie voisine.

Il s’agit de la recommandation n° 2 qui demande au Gouvernement central de veiller à ce que les travaux de ladite route soient exécutés sans contrepartie, de quelque nature que ce soit, directe ou indirecte à charge de l’Etat congolais. Ce qui insinue la gratuité qu’un sénateur a déplorée en rappelant que les guerres successives que connaît le Congo sont essentiellement dues aux raisons économiques.

Il faut signaler qu’il a été reproché au gouvernement provincial de s’opposer ou d’être réservé sur l’exécution des travaux de ce tronçon routier en accordant la priorité sur d’autres axes routiers. Pour casser les arguments des uns et des autres des considérations d’ordre sentimental ont été évoqués lors du débat général en plénière.

Dans sa première recommandation , la commission ad hoc demande au gouvernement de constater que ce tronçon routier est une route d’intérêt national et que de ce fait,il relèverait de la compétence exclusive de l’Exécutif national (Gouvernement central). L’article 202 de la Constitution, point 21, est invoqué pour confirmer la thèse.

Quelques sénateurs se sont succédé à la tribune pour remettre en question cette affirmation en rappelant, les uns, qu’il s’agit d’une route d’intérêt provincial, en se rapportant à la classification de l’Office des routes qui la répertorie comme une route 613 RR. RR devant signifier route régionale. Les autres, plus conciliants, et toujours en évoquant les mêmes dispositions constitutionnelles, soutiennent qu’il s’agit d’une route qui rentre dans la compétence concurrentielle entre les gouvernements central et provincial.

Dans la foulée, on a entendu quelques députés parler de route Kolwezi-Solwezi. Or, ici, les experts du gouvernement provincial du Katanga relèvent qu’il y a falsification de quelques données du terrain. La route que se propose de réhabiliter KMT, soutiennent ces derniers, irait de Kolwezi à Mutshima et non de Kolwezi à Solwezi. Ce serait une route régionale qui doit joindre une route zambienne débouchant directement sur les installations industrielles de KMT. Ils se demandent ce qui arriverait si chaque société minière étrangère se proposait de construire « sa route » devant aller de son lieu d’exploitation ou d’exploitation vers ses usines de traitement en Zambie voisine ? Et de se demander où serait dans ce cas l’intérêt national immédiat ou prioritaire? Dès lors, faut-il insinuer que la guerre des intérêts politico-économiques gagne les institutions de la République ? Difficile de répondre à ce stade des débats, car il a été exigé de la commission ad hoc de prendre en compte les remarques et observations faites par les différents intervenants relativement à son rapport.

Un sénateur a eu à relever que les Sénateurs semblent oublier le passé non reluisant de KMT qui, par le biais de l’une de ses filiales First Quantum, utilisait une bande transporteuse de minerais qui allait de Kishiba en Zambie.. KMT. Quel serait alors le sort des 680 km de frontières qui séparent la RDC de la Zambie ?

Une question en appelant une autre, l’on pourrait se demander si le Sénat ne serait pas induit en erreur en favorisant par ses recommandations la fraude dans le secteur minier ?

Les experts du gouvernement provincial serein indigné qu’un sénateur, ingénieur de formation, puisse prétendre que KMT transporte et exporte des rejets et non des minerais. C’est que beaucoup de données ont été falsifiées, donnant ainsi lieu à des interprétations erronées. Selon eux, si KMT ( ou Firt Quantum) était de bonne foi, elle aurait pu demander au gouvernement central de construire ou de réhabiliter un des tronçons routiers classés prioritaires. Le Sénat est appelé à privilégier l’intérêt national.

Source : le Potentiel/Kinshasa