De surprise en surprise. Après les déclarations contradictoires au sein du CNDP sur le limogeage de son président, Laurent Nkunda, toujours de façon surprenante et inattendue, vient se ranger derrière les propos de Bosco Ntaganda, soufflant de façon surprenante le chaud et le froid. Il confirme la fin de la guerre, mais s’empresse néanmoins de préciser qu’il demeure toujours le « président du CNDP ». Supercherie ou diversion ? Difficile de réserver une réponse exacte à cette pertinente interrogation. Seul le temps nous édifiera. En attendant, il faut se résoudre prudemment à prendre acte de cette évolution positive des choses et espérer à un retour effectif de la paix au Kivu et en République démocratique du Congo.

Laurent Nkunda vient de briser le silence. Dans une déclaration faite à la presse dimanche, il affirme «être solidaire» avec le général Bosco Ntaganda, chef d’état-major du CNDP . Une façon de confirmer qu’effectivement la «guerre est finie» et que les troupes combattantes sont à la disposition du chef d’Etat-major des FARDC.

Bien plus, Laurent Nkunda souligne que c’est avec son « accord » que Bosco Ntaganda a pris contact avec Kinshasa pour mettre fin à la guerre. Aussitôt, il s’empresse de souligner que le CNDP est un et indivisible et qu’il «demeure le président » de ce mouvement.

Cette déclaration prise à la volée constitue ni plus ni moins qu’une avancée significative vers la fin effective de la guerre du Kivu. Ainsi que le soulignaient plusieurs observateurs, seuls les CNDP 1 et 2 retardaient le processus de pacification au Kivu. Si les deux parties ont convenu de parler le même langage de la paix, on ne peut que saluer ce courage politique pour conclure la «paix des braves».

La prudence tout de même

Cependant, les faits antérieurs poussent toujours à la prudence. Plusieurs indices confortent cette thèse pour autant qu’on ne comprend toujours pas pourquoi Nkunda est en train de souffler le chaud et le froid. De prime abord, le «caractère surprenant et discret» des contacts qui ont amené Bosco Ntaganda à limoger «son chef». Certes, la discrétion a toujours été une arme efficace. Mais à la seule condition qu’elle soit menée par des «personnes compétentes et qualifiées» pour que lors de la conclusion officielle de tout accord, leur qualité ne soit pas mise en cause.

Or, il y a de cela quelques mois, il y a eu également des « consultations discrètes» qui ont conduit à la mise en place de « l’opération mixage». Ce processus a été aussitôt désavoué par les autorités compétentes qu’à telle enseigne tout accord conclu en ce temps par le général Numbi a été dénoncé. Nkunda a été obligé de rappeler ses hommes pour relancer les hostilités, jusqu’à ce jour de «déclaration de fin de guerre ». A-t-on tiré les leçons utiles de cet échec ?

Il y a également cette confusion ou ce flou, c’est selon, au sein du CNDP qui n’est pas encore totalement levé. Tenez.

Acte I : Bosco Ntaganda limoge Nkunda et installe un Comité provisoire politique. Il méconnait les délégués du CNDP à Nairobi. Acte II : Nkunda réplique et précise que Bosco n’a plus d’ordre à donner en tant que chef d’état-major. Son cas sera examiné par une commission de discipline. Acte III : Bosco persiste et signe : Nkunda est limogé, réaffirme son attachement à Kinshasa avant de déclarer unilatéralement la fin de la guerre en mettant ses troupes à la disposition des FARDC. Le PARECO fait autant et appelle Kinshasa à rétablir son autorité dans les territoires sous contrôle de la rébellion Acte IV : Nkunda surprend et se déclare solidaire avec Bosco tout en précisant qu’il est le président du CNDP.

En analysant cette succession des faits, on ne peut que se garder de tout optimisme béat. Il ne serait pas du tout surprenant que Kinshasa demeure prudent et se réserve de tout triomphalisme jusqu’à ce que le ciel soit totalement dégarni.

Des tests

Il est un fait que cette nouvelle situation créée par le CNDP, quoique porteuse d’espoir, suscite de nombreuses interrogations. Aussi, est-il important de relever que selon des sources concordantes, les négociations qui auraient amené Bosco à faire allégeance à Kinshasa auraient été menées conjointement par Kinshasa et Kigali. Si tel serait le cas, on doute de la marge de manœuvre de Bosco vis-à-vis de Kigali.

Quant à Nkunda, il aurait également subi la pression de Kigali de le lâcher s’il s’obstinait dans ses «ambitions nationales». Isolé et face à cet «échec diplomatique» au niveau des négociations de Nairobi, Nkunda a dû revoir à la baisse ses ambitions.

Mais entre les deux hypothèses, l’ombre de la Cour pénale internationale et la chute des cours des matières premières ont poussé les responsables du CNDP à se montrer conciliants et au Rwanda à ne pas soutenir des « alliés encombrants». Et ce, en attendant de voir comment Kinshasa allait s’y prendre devant cette «main tendue». Pour preuve, les conditions posées en vue de consolider cette fin de guerre : la promulgation de la loi d’amnistie couvrant les faits insurrectionnels de la guerre conformément à l’Acte d’engagement de Goma.

Evidemment, il revient à Kinshasa de voir comment gérer avec beaucoup de dextérité cette situation au risque de susciter de la méfiance. Fort de la Résolution 1856 du Conseil de sécurité qui a endossé le Programme Amani, Kinshasa devra réajuster ce «Programme Amani», objet justement des contestations jusqu’à relancer la guerre. Du fait des départs de certaines personnes aujourd’hui dans le gouvernement, allusion faire à Dr Mashako Mamba et Basengezi, le Programme Amani a besoin d’un nouveau souffle. Entre-temps, poursuivre jusqu’ au bout avec le processus de Nairobi qui doit en principe s’achever le 31 janvier à Addis Abeba. « Nous sommes ouverts à la paix. Nous signons avec toute personne qui veut la paix. Nairobi n’est pas fini », a dit le ministre de l’Intérieur, Célestin Mbuyu, après la déclaration de fin de guerre du CNDP et de PARECO à Goma.

Autre test :le brassage

Dans ces conditions et face à la dernière déclaration de Nkunda, il est question de revoir la composition de la délégation du CNDP pour qu’elle soit représentative au regard de dernières donnes. Et ce en prévision des rencontres du 25 janvier à Nairobi et du 31 janvier à Addis Abeba pour formaliser le cessez- le-feu et signer officiellement la fin de la guerre. Ces actes constituent des tests de sincérité et d’engagement.

Une étape cruciale pour autant que le CNDP n’a jamais exprimé officiellement ses intentions sur la «protection des minorités». A ce sujet, Nkunda avait toujours refusé que des soldats «banyamulenge» soient affectés hors du Kivu. Si le CNDP reconnait les institutions de la République, obéissance et respect à la Constitution, cette question est élaguée pour autant qu’elle a été résolue depuis Sun City. S’il persiste des erreurs, il y a donc lieu de recourir aux institutions nationales pour régler le litige. Dans ce cas, le brassage devrait répondre aux exigences de la restructuration d’une armée réellement nationale et républicaine. Dans l’hypothèse où l’exigence demeure, on n’aura pas encore quitté l’auberge. Comme si le CNDP serait en train de changer de tactique pour noyauter les FARDC dans la neutralisation des FDLR.

Ce qui compliquerait davantage cette étape de neutraliser les forces négatives. Précisément les FDLR. Le moment est donc venu pour que toutes les institutions nationales, force nous est de le souligner, de s’approprier de la question. Pour un véritable débat national.

source/le potentiel