France« Il y a pas de plan Sarkozy sur la RDC »

La déclaration du président Nicolas Sarkozy à l’occasion des vœux du corps diplomatique portant sur la situation dans les Grands Lacs, le vendredi 16 janvier 2009, continue de défrayer la chronique tant sur le plan national qu’international.

Pour éclairer l’opinion sur la profondeur de cette déclaration présidentielle, l’ambassadeur de France en République démocratique du Congo, Pierre Jacquemot a tenu une conférence de presse le lundi 19 janvier 2009 en sa résidence de la Gombe.

D’entrée de jeu, l’ambassadeur Pierre Jacquemot a affirmé que la déclaration du président Nicolas Sarkozy à l’occasion des vœux du corps diplomatique portant sur la situation dans la région des Grands Lacs a fait l’objet d’une mauvaise interprétation par certains organes de presse. « Je crois qu’il convient de ne pas confondre le texte du discours et les commentaires qui en sont faits et qui n’engagent que les organes de presse. Je dois vous rassurer qu’il n’y a pas de Plan Sarkozy sur la région des Grands Lacs et la République démocratique du Congo », a déclaré l’ambassadeur Pierre Jacquemot.

Une coopération au profit de la RDC

Le diplomate français a expliqué que pour la France, une des initiatives pour sortir de la crise dans l’Est de la RDC est la mise sur pied d’une économie de paix au détriment d’une économie de guerre basée sur les pillages des richesses naturelles de la RDC. Il a poursuivi en disant que la mise en valeur de la région doit se faire sur la base d’une coopération régionale. Pierre Jacquemot affirme qu’en utilisant le concept « partage des richesses », le président Sarkozy veut encourager la dynamique de la coopération régionale du type gagnant-gagnant : « La France entend encourager la dynamique régionale c’est-à-dire une gestion concerté des ressources communes aux différents pays, avec de la valeur ajoutée réelle à l’économie congolaise. C’est ça la coopération commune », a dit l’ambassadeur de France en RDC.

Selon le diplomate français, rien n’empêche de considérer que les ressources minières représentent un potentiel de développement économique pour la région orientale du Congo et ses voisins. « Il existe un cercle vertueux par lequel un surcroît de stabilité devrait aboutir à un commerce plus important et mieux régulé, qui lui-même devrait favoriser le stabilisation du pays par le développement induit » a-t-il relevé.

Il a enchaîné en disant : « Sous ce nouvel angle, une fois la paix rétablie, les mines mises sous contrôle, les trafics neutralisés, plusieurs initiatives susceptibles d’avoir des répercussions positives seraient envisageables. Elles viseraient à accroître la valeur ajouté locale (laquelle est actuellement quasiment nulle pour le Congo) en attirant des investissements au profit de l’infrastructure énergétique, de la transformation des minerais et de leur transport. Elle chercheraient à favoriser une approche coopérative dans la gestion et l’exploitation des ressources partagées ».

Des projets intégrateurs

Selon l’ambassadeur de France en RDC, la logique du président Sarkozy s’inscrit dans l’esprit de projets intégrateurs de la région. «Les idées de base sont celles de l’aménagement économique et social concerté e de projet fédérateurs. A ce titre la CEPGL et la Conférence internationale de la Région des Grands Lacs (CIRGL) sont des atout potentiels pour le rétablissement de la confiance car elle offre un forum institutionnalisé de dialogue, focalisé sur des projets intégrateurs précis et intéressant les populations », a précisé l’ambassadeur Pierre Jacquemot. Il a illustré ses propos par des projets communs existant déjà tels que l’exploitation du gaz méthane du lac Kivu, entre la RDC et le Rwanda, l’exploitation du pétrole et des hydrocarbures du lac Albert entre la RDC et l’Ouganda, la réhabilitation de la centrale de la Ruzizi..

L’ambassadeur de France a fait remarquer que certaines institutions demandent être redynamisées. C’est le cas de l’Institut de Recherche agronomique et zootechnique, de la société internationale pour l’électricité des Grands Lacs, l’Energie des Grands Lacs. « Des mécanismes peuvent être efficacement installés : Certification des ressources naturelles, sécurité alimentaire régionale, appui à la micro-finance. « Pourquoi ne pas aller plus loin, toujours dans le respect strict de l’intangibilité des frontières ! Des exemples de réussite existent en Afrique, notamment avec l’Organisation de mise en valeur du fleuve Sénégal qui associe trois pays », a-t-il expliqué. Pierre Jacquemot a également souligné l’existence d’une expertise africaine dans ce domaine (NEPAD). « Cette expertise peut être mobilisée et complétée par d’autres. Les formules choisies pour le montage des projets emprunteront aux partenariat public/privé, selon des méthodes aujourd’hui bien maîtrisés » a-t-il martelé.

La balkanisation

L’ambassadeur de France a aussi insisté sur l’intangibilité des frontières héritée de la colonisation dans la région et la cassure de l’économie frauduleuse qui alimentant les conflits dans les Grands Lacs « Les frontières sont intangibles. C’est en principe indiscutable. La balkanisation de la région n’est pas une solution. Il n’y aura pas de Kosovo dans les Grands Lacs. Cependant les communautés doivent coexister dans leur diversité, dans les conditions de sécurité et la viabilité acceptables. Les Haines doivent s’éteindre. Le développement de la région n’est pas compatible avec la poursuite d’une économie frauduleuse militarisée qui n’apporte rien à la RDC » ; a conclu l’ambassadeur Pierre Jacquemot.