Militaire_FARDC" Les manifestations funèbres, par l'extérieur de leur pompe, a dit Périclès l'Athénien, conviennent seules aux hommes dont la bravoure s'est signalée par des faits ". Et de poursuivre : " On doit entourer leurs tombeaux de tout le faste et de tout le décorum possible ". La ville de Goma, au Nord-Kivu, a connu la semaine dernière, des manifestations de ce type. C'était lors de la décoration des vingt militaires des FARDC tombés sur le champ de bataille dans les affrontements, dans cette province, entre notre armée et les rebelles du CNDP.

S'exprimant à cette occasion, un militaire a eu des propos très poignants qui nous éclairent davantage sur la frustration de la grande partie de nos soldats et, par voie de conséquence, sur les raisons de leur tragique et insoutenable démotivation. Voici la substance de ces propos : " Nous pouvons bravement affronter la mort sur le champ de bataille si nous avons la certitude que nous laissons derrière nous des veuves et des orphelins dont l'Etat s'occupe réellement, dignement et efficacement ".

Puisque, comme a dit Saint Thomas d'Aquin, un minimum de bien-être est indispensable à l'exercice de la vertu, il convient de comprendre ce militaire et de lui donner raison. Même si, bien évidemment, un langage comme celui-là s'agissant de la patrie et de sa défense nous paraît, on ne peut mieux, fort regrettable. En effet, la patrie, disait Cicéron, remet au citoyen ce qui lui reste après avoir pris sa part (citation de mémoire). Autrement dit, du moment qu'on se met au service de la patrie, il faut commencer par s'oublier soi-même et par oublier ses propres intérêts. Tout en étant sûr et certain que jamais celle-ci n'oublie ceux qui l'ont servie avec loyauté et amour. Le jour de son choix, elle les récupère pour les installer pour de bon au panthéon de l'histoire.

Oui, il faut, disions-nous, comprendre ledit militaire et lui donner raison dans la mesure où le langage tenu par lui se trouve être l'expression d'un cœur troublé et révolté. A juste titre, parce que, indubitablement, ce langage est l'effet de l'exécrable ignominie de nos dirigeants qui se plaisent, matin, midi, soir, à semer l'ivraie dans les champs de la patrie. Et, par ce fait, à démobiliser, en les frustrant et en les clochardisant, ceux de ses fils et de ses filles qui se tuent à la tâche pour la rendre grande, belle, paisible, prospère et juste.

Les propos du militaire mettent en plus le doigt sur un détestable phénomène que nos dirigeants sont les seuls à ne pas voir. Il s'agit, on le devine, de ce hideux spectacle qu'offrent, sans cesse, le jour comme la nuit, nos soldats mutilés de guerre. Lesquels parcourent les marchés, les débits de boisson, les rues et les domiciles à la recherche de la charité. Scandale ! En effet, il faut avoir une pierre à la place du cœur et une inqualifiable ignorance ou un insoutenable mépris des responsabilités publiques pour arriver à abandonner à leur triste sort des compatriotes que la défense de la patrie a rendus invalides pour le reste de leur vie.

Il est dommage, oui vraiment dommage, que ces dirigeants ne réalisent pas ou pas assez combien ce scandale, marqué au coin d'une irresponsabilité et d'une inhumanité sans pareilles, suffit à lui seul pour tordre le cou à la vocation et à la bravoure militaires. La vie étant bien chère pour tout être humain, posons-nous sincèrement la question de savoir, s'il existe une planète où quelqu'un peut accepter volontiers d'aller au devant du sacrifice suprême du moment qu'il est convaincu que celui-ci est vain. Et que, pis est, ce sacrifice commence le calvaire de tous ceux qui lui sont chers et surtout de ceux qui sont à sa charge. Pour tout dire, tout nécessaires qu'ils soient, les hommages aux preux de la nation tombés sur le champ de bataille, ne valent pas un penny dès lors que, de leur vivant, ces derniers n'ont pas bénéficié de l'entretien et du respect auxquels ils avaient pleinement et impérativement droit. Pour tout dire encore, c'est par cet entretien et ce respect qu'il faut commencer au sein des FARDC. Sans quoi, tout le reste n'est, comme dit le sage, qu'une histoire idiote, racontée par un fou, pleine de bruit et de fureur et qui ne signifie rien.