L’existence d’un « Plan Sarkozy » comme initiative de paix dans la région des Grands Lacs, et particulièrement entre la République démocratique du Congo et le Rwanda suscite de nombreux commentaires. Nonobstant le point de presse de l’ambassadeur de France à Kinshasa pour apporter certains éclaircissements, les réactions ne se sont pas fait attendre. A chaud, Le Potentiel a approché quelques personnalités politiques pour avoir leurs opinions sur les déclarations du président français.

Les personnalités politiques ne se sont pas fait priées pour réagir devant l’existence d’un « Plan Sarkozy » pour ramener la paix dans la région de l’Afrique des Grands Lacs. Et plus précisément entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Un « plan » qui comporterait trois axes, à savoir « la restructuration totale de la région de l’Afrique des Grands Lacs, le partage de l’espace entre le Rwanda et la République démocratique du Congo et enfin l’exploitation commune des richesses naturelles de la RDC avec le Rwanda». Un plan qui, s’il est appliqué ou discuté tel que repris dans le Journal Le Monde, s’inscrit dans le contexte de ce vaste complot de balkanisation de la République démocratique du Congo.

Dans son point de presse, après avoir été reçu par le ministre congolais des Affaires étrangères à qui il a remis une copie de message de vœux du président Nicolas Sarkozy au corps diplomatique accrédité en France, l’ambassadeur français en Rdc, Pierre Jacquemot a déclaré qu’ il n’existe pas « de plan Sarkorzy » pour balkaniser la RDC. Mais plutôt des propositions visant « l’aménagement économique et social concerté et des projets fédérateurs » qui profiteront au Congo et au Rwanda.

Ses explications n’ont pas empêché certaines personnalités politiques à réagir. Car les propos du président français continuent à susciter de l’indignation au sein de la population congolaise.

Répondant à une question de la presse sur l’existence de plan, Mende Omalanga, ministre de la Communication et des Médias, a tenu à faire savoir, au nom de l’ Exécutif, qu’ « en tant qu’un gouvernement responsable, il attend d’être saisi officiellement par les responsables français de l’existence de ce plan. Et surtout, l’interprétation exacte que le président français donne à ses propos. « Toutefois, il est important que de retenir pour l’intangibilité des frontières de la Rdc, aucun Congolais n’est disposé à en discuter. La Rdc entretient déjà avec le Rwanda des relations multiformes, particulièrement au sein de la CEPGL. S’il faut les améliorer, rien n’empêche que l’on en discute dans le respect strict de la souveraineté de chaque Etat ».

Les prophéties du sénateur Lokondo

Cette nouvelle donne n’a pas du tout échappé à l’attention du sénateur Henri-Thomas Lokondo, membre de la commission sénatoriale en charge des Relations extérieures. Sans surprise, dans un entretien téléphonique avec Le Potentiel, il a tenu d’abord à rappeler sa précédente déclaration.

En effet, réagissant à l’adoption de la Résolution 1856 du Conseil de sécurité qui endossait « le Programme Amani », il avait déclaré « superfétatoire le IIIème round de Nairobi » entre la délégation du gouvernement et celle du CNDP. Cette résolution, soulignait-il, constituait une victoire diplomatique pour le gouvernement de Kinshasa. Comme pour lui donner raison le CNDP-Bosco Ntaganda décrète le cessez-le-feu qui est plus tard avalisé par Nkunda. Il déclarait ainsi sans objet la poursuite des négociations de Nairobi. Il revient au gouvernement de Kinshasa, à la facilitation internationale et au CNDP, soulignait-il, de se conformer à la Résolution 1856 pour accélérer le processus de paix au regard à l’esprit et à la lettre de l’ Acte d’engagement de Goma. Les pourparlers de Nairobi sont d’ores et déjà caducs avec la mise en application de l’ Accord du 5 décembre 2008 entre Kinshasa et Kigali devant cette opération militaire conjointe FARDC-DFR débutée depuis hier mardi 20 janvier contre les FDLR.

Réagissant aux déclarations du président Sarkozy, le sénateur Henri-Thomas Lokondo s’exprime en ces termes : « Au-delà de l’indignation générale, à juste titre, de l’opinion nationale sur cette déclaration, le président Sarkozy a enfoncé là une porte qui est déjà ouverte. Car s’il était souvenu du Pacte sur la Sécurité, la stabilité et le développement de la région des Grands Lacs, signé à Nairobi le 15 décembre 2006 par onze pays des Grands Lacs, il allait rencontrer son souci. Dans ce Pacte, il y a tout un chapitre sur les programmes d’action que nous devons réaliser, particulièrement l’article 19 relatif au programme d’action pour le développement économique et l’intégration régionale où il est recommandé que les Etats signataires puissent promouvoir un espace économique intégré.

Pourquoi particulariser seulement la RDC avec le Rwanda ? Cette proposition aurait dû être globale. Aussi, le président Sarkozy n’a pas tenu compte de la susceptibilité des Congolais sur un problème qui relève de la souveraineté et de l’intégrité de leur pays et dont la majorité pense que la France veut normaliser ses relations avec le Rwanda sur le dos de la RDC ». Et de poursuivre : « La France qui nous a toujours soutenu sur le plan diplomatique doit plutôt tout faire pour que la Résolution 1856 du Conseil de sécurité du 22 décembre 2008 qui a requalifié le mandat de la Monuc soit rigoureusement appliqué pour le retour d’une paix globale dans la région. C’est là le vrai préalable pour la paix totale au Kivu et non l’inverse ». - Richard Muyej Mangese (président fédéral du Pprd Katanga et député national): «Le déficit de communication à la base de cette situation. Il faut rester calme, à mon avis, et s’interroger sur la motivation profonde de cette déclaration. Des raisons d’être davantage calme résident dans la démarche de l’ambassadeur de France accrédité en République démocratique du Congo qui a apporté une autre explication autour de la déclaration de Sarkozy de manière officielle au ministre des Affaires étrangères. Mais cela crée un doute sur la véritable pensée de Sarkozy. La leçon à tirer de cette confusion, c’est encore une fois, le déficit communicationnel. Je crois que nous ne parlons pas assez de la réalité de notre pays, nous ne parlons pas assez des causes de cette agression, nous laissons en ce moment-là libre cours à des spéculations de tout genre. Et cela est dangereux. Je crois qu’au lieu de s’énerver, il faudrait rester calme et organiser le plus souvent des campagnes d’explication, de sensibilisation pour que l’opinion internationale comprenne non seulement notre cause, mais aussi notre situation. J’ai comme l’impression que nous avons encore des efforts à faire pour renforcer la diplomatie et soutenir la communication au-delà de nos frontières ». - Roger Lumbala (Président de l’ODR et député national): « Secret des Nations unies »

« C’est une proposition secrète des Nations unies. Les Occidentaux ont compris que les dirigeants congolais ne peuvent pas gouverner le Congo qui est vaste. C’est ainsi qu’ils ont négocié avec les autorités congolaises et rwandaises. Ces dernières ont délégué James Kabarebe, chef d’état-major de l’armée en rwandaise en République démocratique du Congo discuter des modalités pratiques. En échange, le Rwanda a demandé à Nkunda et Ntaganda de cesser la guerre immédiatement pour protéger leurs intérêts sont représentés au niveau des Nations Unies ».

Source : le Potentiel/kinshasa