Carte_kivuDes troupes rwandaises se déploient mercredi dans le Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), afin de prêter main-forte à l'armée congolaise dans le cadre d'une opération menée contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FLDR).

Un porte-parole de la Mission des Nations unies au Congo (MONUC), Jean-Paul Dietrich, a initialement soutenu que 1500 à 2000 soldats rwandais s'étaient déployés le long de l'axe Goma-Rutshuru. Cette estimation a depuis été revue à la hausse: de 3500 à 4000 soldats rwandais seront sur le sol congolais.

Les FDLR, constituées notamment de Hutus ayant fui le Rwanda au terme du génocide de 1994, sont au coeur du conflit qui déchire la région depuis plusieurs années déjà. Des milliers de personnes ont été tuées et des centaines de milliers d'autres ont dû fuir leur domicile en raison de violents combats.

Le conflit oppose les troupes congolaises fidèles au président Joseph Kabila et des milices progouvernementales aux miliciens du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) Laurent Nkunda. Le général rebelle, qui s'autoproclame défenseur des Tutsis congolais, est lui-même en guerre avec les miliciens des FDLR.

Le mois dernier, la RDC et le Rwanda ont entrepris de collaborer dans ce dossier, au terme d'une vaste offensive menée par les troupes de Laurent Nkunda. Les miliciens du CNDP, soupçonnés d'opérer avec l'appui tacite du Rwanda, ont alors saisi de grandes portions du Nord-Kivu en quelques semaines de combats. Selon AFP, le CNDP a déjà annoncé qu'il permettra aux troupes congolaises de passer sur les terres qu'il contrôle afin de débusquer les miliciens des FLDR.

Le ministre congolais de l'Information, Lambert Mende, a pour sa part déclaré à la BCC que l'opération militaire contre les FDLR doit durer de 10 à 15 jours. Les soldats rwandais, a-t-il dit, sont des « observateurs ». « Nous avons besoin de leur entière collaboration pour que ces gens, après avoir été désarmés, retournent à la maison », a précisé M. Mende.

Une offensive qui inquiète

Le président des FDLR, Ignace Murwanashyaka, a déclaré à AFP qu'aucun combat n'avait encore eu lieu. Un communiqué officiel des FDLR soutient toutefois que les soldats rwandais « vont commencer leur sale besogne d'exterminer les réfugiés hutus rwandais, rares rescapés du génocide commis par le FPR (Front patriotique rwandais, l'ex-rébellion tutsie aujourd'hui au pouvoir à Kigali) et ses alliés contre eux dans les années 1996-1998 dans l'est de la RDC ».

M. Murwanashyaka, qui est en exil en Allemagne, dénonce d'emblée une coalition formée pour défendre une cause « injuste ». Il soutient que des pourparlers entre son groupe et le gouvernement rwandais devraient avoir lieu, comme cela s'est produit au Burundi. Le gouvernement rwandais est contrôlé par les Tutsis depuis la fin du génocide, qui a coûté la vie à quelque 800 000 Tutsis et Hutus modérés.

La MONUC, la plus importante force de Casques bleus jamais déployée par l'ONU, dit ne pas être impliquée dans cette opération militaire conjointe. Selon AFP, elle proteste d'ailleurs contre le fait que les soldats congolais empêchent ses troupes d'accéder au secteur où se déroule l'opération.

La présence des troupes rwandaises en RDC soulève les appréhensions de la population, les Congolais ayant fait les frais de deux conflits majeurs dans lesquels l'armée rwandaise a été impliquée depuis la fin du génocide. L'UNICEF, la Croix-Rouge et Oxfam craignent aussi que la présence de sol rwandais vienne empirer une situation déjà catastrophique.

Le conflit qui déchire la RDC a une dimension ethnique, mais aussi économique, puisque la région recèle d'importantes ressources minières qui attisent la convoitise des puissances régionales. On y trouve notamment d'importants gisements de coltan, utilisé dans la fabrication des téléphones cellulaires

Source : Reuteurs