Carte_RDCAlors que le doute planait sur l’accord de paix signé la semaine dernière entre le gouvernement congolais et un groupe de rebelles dissidents, quelque 2.000 soldats rwandais ont fait leur entrée mardi au Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), se dirigeant vers la région de Rutshuru.

Aucune information officielle n’indique pour l’instant la raison de la présence de ces soldats rwandais dans cette région troublée de la RDC, mais certains analystes affirment qu’ils seraient venus traquer les milices hutu des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) comprenant des rebelles hutu rwandais au nombre desquels des ‘interhahamwe’ (anciens responsables du génocide de 1994).

Pourtant, le ministre congolais de la Communication et des Médias, Lambert Mende, a exprimé sa surprise face au grand nombre des soldats rwandais, indiquant qu’il s’attendait seulement à quelques officiers instructeurs venus appuyer la Mission des Nations Unies au Congo (MONUC). Mais la MONUC a déclaré qu’elle n’était pas associée à cette opération.

Toutefois, le 16 janvier à Goma, la province du Nord-Kivu, en présence des officiels congolais dont Célestin Mbuyu, ministre de l'Intérieur et James Kabarebe, chef d'état-major général de l'armée rwandaise, une douzaine de hauts cadres militaires de l'aile dissidente du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda, sous la direction du général Bosco Ntaganda, ont signé une «Déclaration de cessation de la guerre».

Les signataires s'y engagent, en tant que «membres de l'état-major du CNDP, devant le peuple congolais tout entier, à mettre fin, à dater du 16 janvier 2009, aux hostilités contre les FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo)».

Un jour plus tard, le Parti des résistants congolais (PARECO), sous la direction de Sendugu Museveni, a promis de «mettre les combattants (de son mouvement) à la disposition du Haut commandement des FARDC pour y être intégrés». Au nom du PARECO, il s'est engagé, «devant Dieu et la nation congolaise, à dater du 17 janvier 2009..., à mettre fin à la guerre menée contre le CNDP».

Joint au téléphone par IPS, Sendugu Museveni a déclaré que «la naissance du PARECO a été justifiée par la guerre lancée par le CNDP contre les FARDC» et que du fait que «ce dernier vient de cesser les hostilités, le PARECO n'a plus de raison de combattre».

Pour donner suite à ces engagements, les FARDC ont annoncé «la mise en place d'un centre de brassage des troupes pour intégrer les anciennes forces rebelles acquises à la paix». Le général Mayala, qui est le responsable de la 8ème région militaire basée au Nord-Kivu, a indiqué que «ce centre sera installé à Mushake», à environ 45 kilomètres de Goma.

De son côté, la MONUC, qui a accueilli avec satisfaction ces nouveaux engagements pour la paix, a promis de s'impliquer «pour faciliter les opérations d'intégration militaire». Mounoubay Madnoge, porte-parole de la MONUC, dit qu’il espère que ces accords vont «déboucher sur un véritable arrêt de la guerre».

Toutefois, nombre de Congolais interrogés par à IPS doutent de la durabilité de la paix convenue entre le gouvernement congolais et une aile dissidente du CNDP. «Il ne faut pas oublier qu'il existe une branche du CNDP qui n'a pas encore totalement adhéré au processus de paix et qu'en même temps, Laurent Nkunda est resté armé et qu'il dispose d'une armée», disent-ils.

«On ne peut pas se contenter des déclarations unilatérales des factions rebelles alors que l'importance de la question exige un débat général de fond», estime Valentin Mubake, secrétaire national de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), un de plus vieux partis d'opposition en RDC.

Ce point de vue est partagé par Eve Bazaiba, une sénatrice du Mouvement pour la libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba. Elle dit aux journalistes qu’elle doutait de la «crédibilité des personnes avec lesquelles le gouvernement s'est engagé», affirmant que son parti «ne veut pas d'une paix négociée dans la manipulation, travaillée avec une aile dissidente, avec une personne qui ne maîtrise pas toutes les données...»

C'est avec la même moue d'une partielle satisfaction que le ministre Mende, intervenant à la télévision nationale, a considéré les nouveaux engagements en les qualifiant d'une simple «lueur d'espoir».

Malgré ce doute, quelques Congolais ont dit à IPS qu'ils espèrent que «le récent rapprochement politique entre Kinshasa et Kigali pourrait donner un bon effet aux engagements des uns et des autres, à condition que Bosco Ntaganda soit réellement le tombeur de Laurent Nkunda et le nouvel confident de Kigali».

Comme Bévien Faida Sheana, un avocat résidant à Goma, ces Congolais sont quelque peu optimistes après avoir remarqué que dès la signature des engagements, «des barrières ont été levées, notamment à Masisi et à Mushaki, à 45 km au sud-ouest de Goma».

Avec ces dernières avancées, la question reste de savoir sur quoi porteront encore les pourparlers de Nairobi qui ont été suspendus le 15 janvier 2009 pour reprendre le 25 après que les parties auront finalisé «les questions relatives à la procédure, avec la signature du dernier instrument resté en suspens», tel que mentionné dans le bulletin du CNDP, aile Nkunda, du 14 janvier.

Selon des analystes, trois questions pourraient être soulevées : l'amnistie pour faits insurrectionnels et de guerre, demandée par les chefs rebelles, conformément à l'Acte de Goma signé en janvier 2008, leur intégration et la reconnaissance de leurs grades militaires ainsi que leur participation aux opérations militaires conjointes contre les rebelles rwandais des FDLR et leurs homologues ougandais de la LRA (Armée de résistance du seigneur).

Nkunda sera-t-il représenté à Nairobi? Peut-être est-il convaincu de son éviction ou de son isolement progressif du CNDP. Mais toujours est-il qu'il a tendu la main au gouvernement de Kinshasa, comme l’indique un communiqué signé de Bertrand Bisimwa le 17 janvier 2009, dont copie est parvenue à IPS. Dans ce communiqué, la direction politique du CNDP, «par le biais de l'état-major général de l'ANC, branche armée du CNDP, a décidé d'apporter son plein appui au succès des opérations militaires envisagées par les FARDC et l'armée rwandaise contre les FDLR et les LRA».

Plus optimiste et conciliateur que jamais sur l'issue des pourparlers de Nairobi, le communiqué affirme en filigrane : «Quoi qu'il en soit, il est permis de rester optimiste sur la suite des négociations de Nairobi, car les parties semblent affirmer leur volonté de réellement en finir avec la guerre par le dialogue».