Les soldats rwandais sont revenus en Rdc, par le Kivu. Ce n’est plus un secret, et avec l’intention de traquer les rebelles rwandais des FDLR. Mais la manière dont s’est effectuée cette « rentrée » choque. Pour preuve, ces déclarations contradictoires, même au sommet de l’ Etat. Etrange cacophonie au sein des institutions nationales alors qu’il s’agit d’une affaire nationale relevant de la souveraineté d’un Etat.

Répondant à une question de la presse sur l’entrée des troupes rwandaises au Kivu, Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, a dit n’avoir pas été informé. « Si ce que j’apprends est vrai, c’est tout simplement grave. Ca soulève beaucoup de questions », s’est-il empressé de souligner. Le président de l’ Assemblée nationale a rappelé que son institution a adopté un « plan de sortie de crise » soumis au gouvernement comme recommandation. Ce qui explique la tenue des négociations de Nairobi et les démarches engagées pour normaliser les relations avec le Rwanda. En ce qui concerne le désarmement et la neutralisation des rebelles rwandais, Vital Kamerhe a relevé qu’il a été proposé de faire appel aux troupes de la SADC tant il est vrai que les populations congolaises locales n’ acceptent pas facilement la présence des soldats rwandais compte tenu des exactions commises par eux lors de « l’occupation ». C’est ainsi que le « Plan de sortie » de l’Assemblée nationale a été adressé au Secrétaire général de l’Onu, à l’Union africaine, à l’Union européenne et à la SADC.

Abordé à son tour, le ministre de la Communication et des Médias, Mende Omalanga, porte-parole du gouvernement, a reconnu effectivement l’entrée des troupes rwandaises en Rdc. Entrée consécutive à l’invitation de Kinshasa. Mais il s’est empressé à son tour de préciser qu’il s’agit « des officiers de renseignements rwandais pour observer la traque contre les FDLR ». Mais faut-il nécessairement plus 1500 soldats rwandais avec un armement lourd pour observer ?... Que cette opération conjointe consécutive à l’accord du 5 décembre 2008 s’effectue en concertation avec la Monuc.

Non, répond la Monuc qui relève à son tour qu’elle n’a pas été associée à la planification de cette opération. Bien plus, elle n’y participe pas. La question maintenant est celle de savoir qui a décidé de cette traque des rebelles rwandais.

Des conséquences juridiques

Certes, le Rwanda et la RDC ont signé un accord non rendu public le 5 décembre 2008. A en croire les informations en notre possession, lors de sa visite à Kinshasa, le général major James Kabarebe, chef d’Etat major de l’armée rwandaise, est venu s’entretenir avec son collègue, le général Etumba, des modalités de l’ application de cet accord. Au cours de sa dernière réunion, le gouvernement a décidé du « recours à la force » pour neutraliser les interahamwe. Et au début du mois de janvier, à Goma, James Kabarebe signe le plan de planification de l’opération avec l’ Inspecteur général de la Police, le général Numbi, après la déclaration de fin de guerre du CNDP-Bosco Ntaganda. Mardi 20 janvier, les troupes rwandaises entrent en Rdc par Kibumba, au Kivu, pour le début de l’opération militaire conjointe Rdc- Rwanda.

Une entrée surprise, comme dit ci-haut, parce que du côté congolais la manière n’est pas celle préconisée. Or, cette opération devrait prendre en compte la protection de la population civile encore sous le choc des affrontements entre les FARDC et le CNDP. Ensuite, déterminer le mandat de l’armée rwandaise ainsi que la durée probable de cette opération conjointe. Rien de précis du côté du gouvernement congolais comme si le Congo subissait cette opération alors que le Rwanda donne des informations cohérentes.

La première conséquence à tirer est d’ordre juridique. Cette opération conjointe rappelle à quelque chose près celle de 2001 -2003 de Centrafrique et qui a conduit le sénateur Jean-Pierre Bemba devant la Cour pénale internationale. En fait, les FDLR s’identifient à une tribu, hutu. L’armée rwandaise est composée en majorité des tutsi ainsi que les CNDP 1 et 2 qui se vantent d’être des tutsi, mais congolais. On ne peut exclure l’hypothèse d’un génocide dans cette traque avec l’extermination d’une tribu, hutu. Qu’adviendra-t-il demain si un malin portait cette affaire devant les tribunaux internationaux ? Sûr que l’on cherchera à savoir qui a invité les troupes rwandaises et sous le commandement de qui elles étaient. Même question qui suscite un débat autour du procès de Bemba à La Haye pour savoir qui de lui et de Patassé avait le commandement des troupes du MLC en RCA.

Comme pour répondre à cette interrogation et à cette préoccupation, Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise de l’Information déclare ce qui suit à l’ agence Reuters : « Toutes les forces sont sous le commandement de l’armée congolaise. C’est là le fruit d’efforts récents, intenses et sincères - diplomatiques, militaires et autres - de la part de divers acteurs, pour ramener la paix et la stabilité dans la région ».

Pression extérieure

Cette précision amène à s’interroger si le gouvernement congolais a fait « endosser » cette opération conjointe à l’Onu, l’Union européenne et l’Union africaine après avoir contacté ou saisi le Parlement congolais, conformément à l’esprit de l’ Accord de Lusaka, du Dialogue intercongolais, de la Tripartite plus 1 et de l’Accord de Nairobi. A analyser la réponse du président de l’Assemblée nationale et la réaction des responsables de la Monuc, la réponse est négative.

Mais le communiqué de l’Union européenne signé par Louis Michel, Commissaire européen en charge du Développement et à l’Aide humanitaire apporte une petite éclaircie. Kinshasa aurait agi sous pression de la communauté internationale, pour ne pas dire de l’ Union européenne et d’autres puissances.

Dans un communiqué remis à la presse, Louis Michel souligne que « l’Union européenne salue cette opération conjointe comme un signe tangible de l’amélioration des relations entre le Rwanda et la Rdc. Elle souligne les efforts menés pour trouver une solution régionale au conflit au Congo ».

Certes, il est temps que l’on en finisse avec ces forces négatives qui tiennent les Congolais à la gorge. Mais pour une question de souveraineté nationale, on ne peut vouloir une chose et son contraire. Il est important de « bien gérer » cette question et non donner libre court à la confusion, au dysfonctionnement entre les institutions nationales. Gérer de façon segmentaire une question d’une aussi haute portée nationale, ce serait faire preuve justement de cette « organisation étrange » soulevée dernièrement par le président français. Comme s’il continue à exister des agendas cachés.

Source : le Potentiel/kinshasa