Etumba« Les opérations militaires conjointes des armées congolaise et rwandaise contre les FDLR ne sont pas connues, jusque là, par le chef d’état-major général des FARDC. Elles n’engagent que le gouvernement qui les a annoncées. » Cette déclaration a été faite, ce jeudi à Kisangani, par le Lieutenant général Didier Etumba, chef d’état-major général des forces armées de la République démocratique du Congo, en provenance de Dungu. Il promet de se renseigner et dit « respecter la position du gouvernement ».

C’est au cours d’un point de presse tenu ce jeudi matin dans son hôtel, à l’intention de la presse locale, que le Chef d’état major général des FARDC a fait cette déclaration. A la question de savoir quel est son point de vue par rapport aux opérations militaires conjointes FARDC et FDR, le lieutenant général Didier Etumba explique : « Il y a une position du gouvernement qui a été donnée. Je dois d’abord me renseigner, moi-même. Nous avons un gouvernement qui, certainement, a donné une position, mais est-ce que derrière cette position…. Moi, je n’ai pas une position à donner. »

Outre ce point de vue, le Chef d’état major général a fait l’état de lieu des opérations militaires conjointes entre les FARDC et l’armée ougandaise, en vue de traquer les rebelles ougandais de la LRA dans le territoire de Dungu. Pour lui, le bilan est positif, car l’ennemi a été anéanti et serait en débandade : « Il a été accepté par tout le monde, après une évaluation conjointe, que les terroristes de la LRA ont été réduits à leur plus simple expression. Il est question qu’on fasse une opération à des endroits bien précis de manière que les troupes ougandaises puissent rentrer chez eux. »

Quant au retrait des troupes ougandaises du sol congolais, le lieutenant général Didier Etumba précise qu’il se fera dans 21 jours, sans préciser la suite des opérations.

Le déploiement des militaires FARDC, FDR et CNDP se poursuit à Rutshuru

Les troupes FARDC ainsi que des militaires rwandais, partis mardi du nord de Goma, sont arrivés à Rutshuru-centre et à Kiwanja depuis mercredi soir. D’autres troupes FARDC ont continué d’arriver ce jeudi à Kiwanja, en provenance de Kanyabayonga, notamment au nord. La cohabitation entre les troupes qui arrivent et celles du CNDP-Aile Nkunda, trouvées sur place, ne semble pas poser des problèmes pour l’instant. Entre-temps, la situation est restée calme ce jeudi.

L’atmosphère est à la confiance entre les troupes qui arrivent, y compris les militaires rwandais, et celles du CNDP-Aile Nkunda qu’ils rencontrent sur place, affirment des habitants de Kiwanja. Ils indiquent que l’arrivée des troupes FARDC parties de Kanyabayonga a été accueillie par les populations locales de Kiwanja, avec des applaudissements nourris. Et ce, au même titre que l’arrivée des troupes parties du nord de Goma.

Toutefois, des habitants de Kiwanja expriment quelques préoccupations sur ce qu’ils appellent « la surmilitarisation » de la cité. Ces dernières 48 heures, pas moins de 5 brigades militaires, toutes origines confondues, seraient arrivées dans la cité, nous explique la même source.

Côté CNDP-Aile Nkunda, un cadre, qui a requis l’anonymat, déclare que son mouvement n’exclut pas la possibilité de prendre part à des opérations programmées contre les FDLR dans la zone, pour autant, dit-il, qu’elles tiennent compte des préoccupations d’une population qui a vécu plus de 14 ans avec les FDLR. Cependant, il ajoute que son mouvement souhaite que les partenaires tiennent compte de son plan déjà établi à ce sujet, pour ne pas être tenu responsable des exactions du genre « massacres de Kiwanja ».

Pour sa part, le porte-parole des FARDC dans les opérations, le capitaine Hamuli Olivier, n’a pas souhaité déclarer pour l’instant à la presse, quelle sera la prochaine étape du mouvement des troupes, après Rutshuru et Kiwanja.

Les humanitaires craignent pour la protection des civils

La communauté humanitaire au Nord-Kivu se dit aussi inquiète de la protection des civils pendant les opérations militaires conjointes FARDC et FDR contre les FDLR. Déclaration faite mercredi par le représentant du secrétaire général de l’ONU pour les droits des déplacés, Walter Kalin, à l’issue d’une visite de 48 heures à Goma.

Walter Kalin indique toutefois que certaines mesures pour assister les civils en déplacement sont déjà envisagées, notamment par le Haut commissariat pour les réfugiés HCR. Il réitère à cet effet que les règles humanitaires soient respectées par les belligérants : « Les déplacés ont beaucoup de soucis lors de ces opérations. Les combattants ne vont pas distinguer entre la population civile et ceux qui sont les cibles de ces actions. On ne sait pas comment les choses vont se développer. On n’est pas informé. Mais, on est en train de préparer des mesures. Le HCR a déjà un plan de mettre en place des stations sur les chemins que les déplacés vont prendre. Des endroits où ils peuvent avoir besoin de l’eau, des nourritures, des soins médicaux. C’est vraiment de la responsabilité de ceux qui mènent les opérations de respecter à 100% les règles de droit international humanitaire. »

L’Asadho s’oppose à l’exclusion du parlement dans ce dossier

Cette présence de troupes rwandaises au Congo était aussi au centre d’un point de presse que l’Association africaine des droits de l’Homme a tenu mercredi à Kinshasa. L’Asadho dit être contre la décision de faire venir les troupes rwandaises au Congo, sans consulter le parlement. Cependant, elle réclame l’implication de la Monuc, ainsi que la présence des ONG des droits de l’Homme, et des journalistes, lors de ces opérations.

Maître Jean-Claude Katende, président de l’Asadho : « Ce n’était pas une bonne chose que le gouvernement ait pris la décision de faire venir les troupes rwandaises au Congo, sans avoir eu le temps d’en discuter avec le Parlement, notamment l’Assemblée nationale. Pour nous, c’est une situation qui risque de mettre en péril les droits des citoyens civils, mais aussi les droits de certains Hutus, qui ne sont pas impliqués, d’une manière ou d’une autre, dans le génocide qui avait eu lieu au Rwanda. Donc, nous avons demandé que la Monuc soit impliquée. Parce que nous pensons que c’est une institution indépendante qui peut faire l’observation des opérations militaires qui vont se passer, de sorte qu’elles puissent respecter, dans la mesure du possible, les droits de l’Homme, donc les droits des citoyens congolais qui sont dans cette partie du pays. Et nous avons demandé aussi que le gouvernement accepte la présence des ONG de droits de l’Homme lors de ces opérations, ainsi que la présence des journalistes. ».

Source : Okapi/kinshasa