KblaKgmeLe président congolais Joseph Kabila prend, selon des experts, "un risque politique énorme" en acceptant des soldats rwandais dans son pays, même si les intérêts de Kinshasa et Kigali convergent vers une alliance objective: vaincre leurs rébellions respectives.

Selon un diplomate à Kinshasa, M. Kabila, qui s'est adressé à la Nation pour la dernière fois début décembre, "prend un risque politique énorme". "Il doit faire très vite une campagne d'information pour expliquer à la population, ils ne vont pas avaler ça comme ça."

C'est dans le Nord-Kivu, - limitrophe du Rwanda -, où la situation est explosive en raison des conflits par rébellions interposées qui opposent de façon intermittente Kinshasa et Kigali depuis le génocide au Rwanda en 1994, que plusieurs milliers de soldats rwandais sont entrés cette semaine en accord avec Kinshasa.

Jusque-là, Kigali, qui a soutenu trois rébellions depuis 1996 en République démocratique du Congo (RDC), dont la première avait fait tomber le Maréchal Mobutu, n'avait jamais été invité à fouler le sol congolais. Et Kinshasa garde en mémoire des pogroms contre les Tutsis en 1998, lorsque le président Laurent Désiré Kabila, arrivé au pouvoir grâce à Kigali, s'était débarrassé de cet encombrant parrain.

En autorisant des soldats rwandais à traquer des rebelles hutu du Front démocratique de libération du Rwanda (FDLR), Kinshasa a répondu à la demande constante de Kigali de les neutraliser.

Au prix d'un retournement d'alliance remarqué: les FARDC (Forces armées de RDC) utilisaient souvent les FDLR comme supplétifs contre la rébellion congolaise du chef tutsi Laurent Nkunda, soutenu par Kigali.

Objectivement, le processus, entamé en décembre 2008, permet aux deux capitales de neutraliser leurs rébellions réciproques.

Le Rwanda chasse les FDLR, et en échange, Kigali aide Kinshasa à se débarrasser de Nkunda, ennemi juré du président congolais, en ralliant l'essentiel des commandants de son mouvement - le Conseil national pour la défense du peuple (CNDP) - aux FARDC.

Kinshasa et Kigali avaient annoncé le 5 décembre leur intention de combattre ensemble les FDLR, après des années d'atermoiements du gouvernement congolais et de vigoureuses pressions de la communauté internationale pour régler les contentieux entre les deux pays.

L'offensive fin octobre de M. Nkunda en direction de Goma (capitale de la province du Nord-Kivu) - qui n'avait cessé depuis de réclamer des pourparlers directs avec M. Kabila - avait suscité de nombreux appels pour neutraliser tous les groupes armés sévissant dans l'est de la RDC.

L'entrée de troupes rwandaises au Nord-Kivu fait suite à ces exigences formulées notamment par l'ONU, qui entretient, en RDC, sa plus importante mission de maintien de la paix au monde.

"La vitesse de retournement d'alliances est très impressionnante", note le diplomate.

"Nous suivons depuis deux mois un va-et-vient entre les deux capitales, dont le premier objectif est la disparition de Nkunda et la reconquête de son fief de Bunangana (Nord-Kivu) par les FARDC avec l'aide des Rwandais", observe une source onusienne.

Les soldats rwandais, suivis des FARDC, marchaient jeudi sur Bunagana, a constaté un journaliste de l'AFP.

Mais "si les Rwandais restent plus de 15 jours, ou si des massacres de civils ont lieu, ce sera catastrophique" pour M. Kabila, poursuit le diplomate.

Le président de l'Assemblée nationale congolaise, Vital Kamerhe, a lui qualifié de "grave" la venue des Rwandais, et la réaction des Congolais dans le pays se partage entre crainte et fureur.