NkundabatwarePour Laurent Nkunda, les rêves de grandeur prennent fin avec brutalité. Le rebelle congolais, mi-aventurier, mi-rédempteur, qui se voyait, au terme d'un ultime "miracle", prendre le pouvoir en République démocratique du Congo (RDC), a été arrêté comme un simple repris de justice au Rwanda, jeudi 22 janvier. Célèbre pour ses costumes, sa faconde, ses prêches enflammés et la difficulté de ses troupes à distinguer les civils des combattants, Laurent Nkunda a été broyé par les réalignements d'alliances fulgurants dans la région.

Au Kivu, dans l'est du Congo, où une opération massive contre les rebelles hutus se met en place, pas un coup de feu n'avait encore été tiré vendredi matin. Mais avant même que la coalition surprise constituée par le contingent rwandais (plus de 4 000 hommes) entré en RDC depuis mardi, et les forces loyalistes congolaises (FARDC) ne lancent l'assaut contre les maquis de Hutus rwandais (FDLR) installés depuis plus d'une décennie en RDC, Laurent Nkunda est devenu la première victime collatérale de la manœuvre.

Depuis quelques jours, le chef rebelle, renversé par son chef d'état-major dix jours plus tôt, n'était plus entouré que par deux commandants fidèles. Il faisait courir une rumeur : "on veut me tuer". Plus prosaïquement, une colonne rwandaise a pris jeudi la direction du poste frontière de Bunagana, poule aux œufs d'or du CNDP, et bastion de Laurent Nkunda, provoquant sa fuite en territoire rwandais, où il a été arrêté.

A l'origine, son mouvement (le Congrès national pour la défense du peuple ou CNDP), dont le commandement est essentiellement tutsi (comme le pouvoir à Kigali) avait bénéficié de l'appui et de l'assistance du Rwanda. Son chef charismatique promettait de protéger sa communauté tutsie, contre la menace des rebelles hutus rwandais du Congo.

"DANS CE MÉLI-MÉLO, QUI VA COMMANDER ?"

Il y a deux mois, Laurent Nkunda faisait trembler le pouvoir congolais, tandis que les brigades loyalistes s'effondraient devant ses hommes. Il a suffi que le soutien rwandais se tarisse pour sonner la fin de l'aventure. Le général déchu a été arrêté au moment où le démantèlement de son mouvement était déjà en cours. Alors que les FARDC prenaient sans combattre le contrôle de zones tenues la veille encore par les forces de Laurent Nkunda, les hommes du CNDP devaient se plier à une intégration accélérée au sein des FARDC. Ils paient le prix du retournement d'alliance entre Kigali et Kinshasa.

Hier ennemies, les deux capitales sont aujourd'hui alliées pour sauver leur réputation internationale (Rwanda) ou éviter la déstabilisation (Congo). Ce renversement avait été scellé dans un accord aux clauses secrètes signé le 5 décembre entre le Rwanda et la RDC, et consacré par l'annonce de la "fin de la guerre" par le CNDP commandé par Bosco Ntaganda.

En territoire congolais, les troupes rwandaises poursuivaient, à pied, leur déploiement sur plusieurs axes. Jeudi soir, des éléments avaient déjà atteint plusieurs zones du Masisi (nord du Kivu), près de certaines positions FDLR. Un autre contingent arrivait discrètement, vendredi matin, près de la ville de Bukavu, nettement plus au sud, là où le dispositif des FDLR est plus important, fruit de mouvements des dernières semaines.

Dans les environs de Goma, les groupes maï-maï, alliés traditionnels de Kinshasa et des FDLR, ennemis de Kigali, ne savent plus contre qui se battre. L'un de leurs responsables pour le Nord Kivu, Didier Bitaki, s'interroge : "Ils étaient ennemis il y a quarante-huit heures et tout à coup, ils attaquent leurs amis. Dans ce méli-mélo, qui va commander ?". Il avertit aussi : "Les FDLR sont dispersés, ils ont leur état-major, ils ont des communications. Ils sont forts."

Dans l'immédiat, pour consacrer ce revirement général destiné à sacrifier le CNDP aux intérêts conjoints du Rwanda et du Congo, une mission congolaise a été envoyée à La Haye, pour tenter d'obtenir que la Cour pénale internationale (CPI) gèle les poursuites pour crimes de guerre contre Bosco Ntaganda, surnommé "Terminator" en raison des crimes commis par ses troupes dans l'est congolais.