La vérité sur les déclarations de Vital Kamerhe

Les militaires rwandais sont sur le sol congolais. En l’absence d’une information fiable en rapport avec ce fait, il est normal que les gens s’interrogent. Et débattent même sur le sujet. Avec cette faiblesse qui nous caractérise au plan de l’acceptation de la contradiction, réfléchir est vite assimilé à un acte de pré-rébellion. Je veux dire : à une volonté de nuire, plutôt de trahir dans le chef de ceux qui osent réfléchir à haute voix.

Depuis quelque temps, au sein de la famille politique du chef de l’Etat, la mode est à la chasse aux « traîtres ». Plus les gens s’affirment et s’attirent de la considération auprès de l’opinion, et plus on les taxe de tous les noms.

Avant hier, le siège du PPRD était en ébullition. Et pour cause : les dirigeants de ce parti voulaient entendre Vital Kamerhe qui avait, la veille, accordé une interview à radio Okapi.

Pour nombre de ses pairs au sein du parti, Kamerhe s’est démarqué de la ligne de Kabila. Après l’avoir écouté, ils ont compris qu’il n’y avait rien de tel. Il n’y avait, dans son propos sur Okapi, aucune intention de nuire ni de s’éloigner de Kabila. « Je crois que, dit Kamerhe, le gouvernement a un travail d’explication à faire ». Il a raison, parce qu’il n’y a que de cette manière que la population peut croire en ses dirigeants.

Dans la tourmente, conseille le sage, il n’est jamais bon de céder à la panique pour mieux semer la confusion dans les esprits. Kamerhe a tenu des propos responsables.

Le PPRD dont il est un des maillons de taille devrait en être fier. Et assumer, avec lui, ce qu’il a dit pour mieux informer l’opinion. Il est temps que la famille politique de Kabila apprenne à gérer les choses difficiles de la manière froide et responsable. Il n’y a que de cette manière qu’elle peut aider Kabila à honorer les engagements qu’il a pris vis-à-vis du peuple congolais. A Kabila, à son tour, de protéger ceux de ses proches, qui ne manquent pas de faiblesses, mais dont la loyauté et l’efficacité n’ont jamais souffert du moindre doute.

En attendant, et pour que tout le monde comprenne que l’interview de Kamerhe à radio Okapi n’avait rien de désobligeant pour le PPRD, nous la reproduisons dans son intégralité pour lever toute équivoque dans l’esprit des gens. Car, même si la reconnaissance n’est pas de ce monde, ce n’est pas une raison, au plan moral strictement, pour abuser de l’ingratitude qui, elle, serait de ce bas monde.

Pour s’inscrire dans la durée de manière positive, le combat politique doit reposer sur des valeurs morales saines. Sinon, c’est peine perdue.

Lisez plutôt ce que cet homme qui ne fait rien ni à moitié, ni à la légère, a dit sur radio Okapi.

L’Observateur

Retranscription de l'interview accordée à la radio Okapi par Vital Kamerhe, président de l'Assemblée nationale, le 21 janvier 2009.

Nous venons de suivre l'entrée sur le territoire congolais des militaires rwandais. En tant que Président de l'Assemblée Nationale, quelle est votre réaction ?

Ma réaction d'abord, c'est l'étonnement. Je n'ai jamais été informé de quoi que ce soit sur l'entrée éventuelle des troupes rwandaises sur le territoire congolais. Tout ce que je sais, c'est que l'Assemblée Nationale avait adopté un plan de sortie de crise en octobre 2008.

Et ce plan de sortie de crise avait été soumis au Gouvernement, sous forme de recommandations. Ce plan avait tracé le cadre de la normalisation de nos relations avec le Rwanda, c'est-à-dire le rétablissement des relations diplomatiques. Ce plan avait prévu une grande action humanitaire pour subvenir aux besoins de nos populations en détresse. Ce plan avait aussi le volet politique, pour dire, très bien, puisque le CNDP a des revendications d'ordre politique, trouvons alors un cadre, à l'intérieur ou à l'extérieur pour rencontrer ou examiner le cahier des charges du CNDP. C'est ce qui était en train de se faire à Nairobi.

Mais nous avons aussi retenu dans ce plan, qu'il faut absolument arriver d'une manière ou d'une autre à éradiquer les ex-Far-lnterhamwe. Mais, nous avons dit, on ne le fera pas n'importe comment: conscients du fait que notre armée est minée par les problèmes divers sur lesquels, je ne veux pas revenir maintenant, nous avions demandé et nous nous sommes entendus comme cela, qu'une force régionale de la SADC, l'Angola ou tout autre pays, appuyée par les forces armées de la République Démocratique du Congo, appuyée par la MONUC puisse venir dans notre pays pour faire ce travail. Mais nous avons fait une petite concession, en disant, pour rassurer nos voisins, ils peuvent avoir quelques éléments de renseignement qui vont voir comment les opérations vont se dérouler sur le terrain. C'était pour montrer notre bonne foi.

Mais nous avons demandé, si c'était possible de nous donner une force de type Artémis ce serait une bonne chose car c'est cela qui a ramené la paix en Ituri.

Nous avons donc salué le fait que le Conseil de sécurité ait décidé de renforcer la présence de la MONUC dans le Nord Kivu. Maintenant, vous me dîtes les troupes rwandaises viennent d'entrer au Congo. Je préfère croire que c'est faux car si c'est vrai, c'est grave car cela va soulever un certain nombre de questions.

Beaucoup de questions qui se posent, aux yeux de la population qui a vécu un peu la présence des troupes rwandaises. Est-ce que cela ne va pas poser des problèmes de cohabitation avec la population locale ?

D'abord, j'aimerais dire qu'il y a un certain nombre de question que cette affirmation soulève.

La première question: Est-ce qu'il est envisageable que notre Gouvernement puisse inviter les troupes rwandaises· sur le territoire congolais, alors que le même Gouvernement est dans un processus de normalisation des relations diplomatiques avec le Rwanda ? N'est-ce pas là une façon de mettre la charrue avant les bœufs ?

La deuxième question: Dans quel état d'esprit se trouvent nos populations qui viennent à peine de sortir de l'agression rwandaise. Est-ce que toutes ces cicatrices, toutes ces plaies qui ne se sont pas encore refermées, peut-on s'imaginer tout le drame qui est resté derrière l'agression rwandaise sur le territoire congolais ? Sur le plan de la population, je crois que le Gouvernement a un travail d'explication à faire. Il faut donc expliquer à la population ce qui se passe au Nord-Kivu pour éviter que cela ne se retourner dans un drame que allons regretter.

L'autre question est de savoir, comment vont-ils faire pour distinguer les Hutus des Interhamwe, distinguer les Congolais, des génocidaires rwandais qu'ils viennent chasser sur notre territoire congolais ? A-t-on pensé aux dégâts collatéraux puisqu'une autre opération similaire est en train de se dérouler dans la province Orientale ?

Maintenant que vous êtes en vacances parlementaires, qu'allez-vous faire pour demander des explications au Gouvernement ?

Nous allons au niveau du Bureau de l'Assemblée Nationale tenir une réunion demain et nous allons voir comment convoquer le Premier ministre et les ministres concernés pour qu'ils nous donnent des explications. Nous pouvons dans une réunion informelle apporter l'information auprès des députés et surtout à l'ensemble de notre population.

Aujourd'hui, qu'il faut rassurer la population, qu'est-ce que vous pouvez dire à la population en tant que président de l'Assemblée Nationale et aussi en tant qu'élu d'une des villes du Kivu ?

Je crois que nous devons respecter cette population. Je voudrais inviter cette population à rester calme. Nous devons entrer en contact avec le Gouvernement pour savoir, si cela est vrai, quelles sont les mesures prises pour protéger nos populations civiles.

Et si jamais le Gouvernement n'a pas des mesures concrètes ou que vous jugez salutaires pour la population, vous pouvez arriver à l'interpellation du Gouvernement ?

Absolument, cela s'impose, cela va de soi. Il s'agit d'une question de vie ou de mort.

Source : l'observateur/Kinshasa