Invraisemblable et incroyable livraison attendue du chef de guerre Nkunda aux autorités congolaises par le parrain rwandais Paul Kagame qui a toutes les raisons de ne pas aller jusqu’à confier son protégé à ceux que l’impénitent bourreau a trop longtemps fait souffrir

Quand il y va de leurs intérêts, les Inkontanyi sont implacables : ils n’ont aucun état d’âme. Quand les R-dCongolais pleurent bruyamment leurs morts, eux, ne font couler aucune larme. Entre les Rwandais et les congolais, il existe trop de malentendus. A commencer par la culture. Mais cela ne les empêche pas de coopérer. L’analyste peut toujours se tromper et c’est ce qui, dans ce métier, passionne le plus : interpréter les faits et gestes des Grands de ce monde - faits et gestes trop souvent obscurs ou obscurcis -, être appelé à réagir vite en  dégageant la pertinence, mais faire toujours attention pour ne pas se tromper au risque de se discréditer et de se disqualifier. Et c’est bien clair : l’analyste marche sur les œufs.

Sur les renversements récents d’alliance dans les grands lacs, les troupes rwandaises entrant officiellement en RDC sur invitation de Kinshasa et les accélérations dans l’affaire Nkunda, l’avis du « Soft International» est souvent recherché. Le voici : il paraît quasi acquis que le Rwanda ne livrera pas le général Laurent Nkunda(batware) Mihigo.

D’abord, pourquoi le Rwanda viendrait-il à livrer Laurent Nkunda ?

Est-ce dans l’intérêt des Inkontanyi de livrer ce chef de guerre qui connaît tout et tant ? Qui répondrait par l’affirmative ?

Ce n’est pas une question d’état d’âme !

D’ailleurs, en général, les Inkontanyi n’ont pas d’état d’âme.

On les dit froids, très froids. Quand les R-dcongolais pleurent bruyamment leurs morts, eux, les Inkontanyi ont les yeux tout secs.

On les dit calculateurs, cyniques...

Il suffit peut-être de voir l’épisode Rose Kabuye piégée en Allemagne ou Tribert Rujugiro Ayabatwa, ce multi-millionnaire rwandais connu de tous, aujourd’hui emprisonné en Grande-Bretagne à la demande de l’Afrique du Sud, propriétaire d’un mal érigé en plein Kigali sur le modèle sud-africain.

Il y a ce banquier américain, un Tutsi d’origine rwandaise, Alfred Kalisa, emprisonné à Kigali quand il prétend avoir servi avec ferveur et loyauté !

Quand il y va de leurs intérêts d’Etat, les Inkontanyi ne savent pas broncher.

D’avoir perdu de précieux appuis budgétaires (de la pieuse Hollande, des amis Suédois, quand les amis de tous les temps, les Allemands et les Britanniques s’apprêtaient à allonger la liste) avait donné l’alerté, sonné le glas. Quand des exfiltrations ou des départs injustifiés à l’étranger se font chaque jour plus nombreux...

L’autre acquis en l’espèce est que si, par impossible, Laurent Nkunda(batware) Mihigo venait un jour à être livré aux autorités de RDC, c’est que Kigali - ou Kinshasa - aura négocié au prix fort la livraison.

Il est vrai que la RDC a un problème d’approche de la question rwandaise : d’avoir longtemps fait du Rwanda et des Tutsis une fixation politique, inhibe intelligences et capacités.

Le Député des Kivus élu sur le terreau du TSR (Tout Sauf le Rwanda) est un homme triste quand au réveil sur Rfi, il apprend que des contingents de l’ex-APR, Armée Patriotique Rwandaise (RDF, Rwanda Defence Forces) ont remis le pied en RDC, dans les Kivu, cette fois, invité le plus officiellement par les plus hauts dirigeants du pays, et, last but not least, que bientôt - très bientôt - le Rwanda va ouvrir une ambassade à Kinshasa !

On comprend le trouble qui envahit certains bancs des Députés, sinon le choc auquel font face ces bancs, et la crise qui, soudain s’installe, le retournement d’alliances qui se profile à l’horizon, le «retenez-moi sinon je fais un malheur», les tentatives de rappeler les Députés à l’hémicycle en deuxième session extraordinaire d’affilée. Etc.

On comprend la colère des non-originaires qui refusent d’être ainsi chaque fois pris en otage... Et les actes inconsidérés de certains : ce Député qui piège ses collègues. Il appelle à poser sa signature sur la pétition anti-gouvernementale qui culminait déjà avec plus de la moitié des Députés quand soudain il met les feuilles en miettes !

Il faut tout aussi noter qu’à Kigali, le langage a changé, ou évolué: on ne parle plus d’arrestation de Nkunda ; on parle de mise à résidence surveillée.

«Il (Nkunda) n’est pas en prison», déclare lundi 26 janvier à Kigali le commandant Jill Rutaremara. Il ajoute afin de se faire mieux entendre, à l’adresse des journalistes : «il y a une différence entre arrêter quelqu’un et le mettre en prison. Tout ce que je peux dire c’est qu’il est en sécurité», poursuit-il, énigmatique! Très clairement sans doute.

Dès lors, comment comprendre ces réactions kinoises et même celles des chancelleries lointaines : Bruxelles, Washington et... Paris qui se félicitaient de cette «arrestation» dont d’aucuns disent déjà que cela n’est rien moins que de la poudre aux yeux.

Il y n’a pas de poudre aux yeux.

De ce point de vue, le général Laurent Nkunda(batware) Mihigo n’a pas été arrêté: il a - pour l’instant - été mis hors circuit! Il a été «extrait», mis à l’abri.

Et pour cause !

Franchement, pouvait-on imaginer que Nkunda qui en sait tant soit laissé en circulation ou livré à la justice pour être un jour entendu ?

Il y a à voir un autre problème. Comment la RDC saura-t-elle demain expliquer ce qui apparaît d’ores et déjà comme un énième retournement de situation annoncé ?

Ce que les R-dCongolais ont le plus en partage, c’est leur crédulité. Mieux, la capacité de croire aux mensonges.

Ce qui fait le plus défaut au pays : c’est son absence de courage, cette force de l’explication qui manque. Mieux : c’est notre absence d’audace.

Qu’est-ce que cela coûterait à ce pays qu’on lui dise la vérité ?

Cela ferait peur à qui? Et pourquoi ?

Le plus mauvais élève d’une école de communication sait que la pire des choses qui puisse arriver à un agent de la communication est de mentir.

Quand il en arrive à cela c’est qu’il a cessé d’exister puisqu’il a perdu toute crédibilité.

Vraiment, nous souhaiterions voir que l’APR-RDF qui n’a jamais vaincu les FDLR en cinq ans de RDC puisse le faire en... 15 jours, comme cela a été annoncé le plus officiellement.

Mais comment être dupe ? Certes à ce jour, la coalition APR-RDF-FARD a déjà tué 13 Interahamwe-, quatre lundi soir à Kasinga, sud de Lubero, neuf avaient déjà été tués samedi.

Combien en reste-t-il encore de FDLR ?

Le besoin de paix est réel dans ce pays et dans cette région des Grands lacs. Il nous faut y aller droit, sans atermoiement.
Mais il nous faut savoir ce que nous donnons à qui, comment nous donnons et ce qu’il faut dire. Il y va de la crédibilité de nos Institutions.

Revirement de Kigali

Le chef rebelle congolais Laurent Nkunda, capturé la semaine dernière par les forces rwandaises intervenues dans l’Est du Congo-Kinshasa, se trouve bien au Rwanda, mais n’est pas en prison, a annoncé lundi le porte-parole de l’armée de Kigali.

L’ex-général tutsi Nkunda, longtemps allié de Kigali, « n’est pas en prison », a déclaré le commandant Jill Rutaremara. « Il y a une différence entre arrêter quel­qu’un et le mettre en prison. Tout ce que je peux dire c’est qu’il est en sécurité », a-t-il ajouté, se refusant de fournir plus de précisions.

Le récent renversement d’alliances de Kigali a débouché sur l’entrée de 4.000 soldats rwandais au Nord-Kivu pour une opération conjointe avec les forces de Kinshasa visant les milices hutues. L’arrestation de Nkunda, plus puissant des chefs rebelles de la République démocrati­que du Congo (RDC), considéré comme l’homme-lige de Kigali avant de tomber en disgrâce, intervenait dans le cadre de cet accord.

Nkunda, dont la RDC réclame désormais l’extradition pour crimes de guerre, avait auparavant contraint Kinshasa à la négo­ciation après avoir relancé une nouvelle offensive qui a jeté sur les routes plus de 250000 personnes et vu ses hommes arriver aux portes de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu.

« Arrestation injustifiée », déclare le CNDP

Dans un communiqué «fait à Bwiza (ndlr Nord Kivu), le 23 janvier 2009, et signé «pour la Direction Politique, Serge Kambasu Ngeve G.M., Secrétaire Exécutif», le CNDP se dit avoir appris l’arrestation de Laurent Nkunda «avec la plus grande consternation par la voie des ondes officielles de la RDC relayées par des media nationaux et internationaux».

La Direction Politique du CNDP exprime dans ce communiqué «son indignation et sa tristesse face à ce qui apparaît comme une arrestation injustifiée». Expliquant: «Les autorités militaires rwandaises auprès desquelles le Général-major Laurent Nkunda Mihigo s’était rendu spontanément, l’avaient expressément invité pour parler de la mise en œuvre de la déclaration d’Ihusi/Goma sur la traque des FDLR. Il s’était rendu à Gisenyi/Rwanda après avoir emprunté un itinéraire des plus ordinaires, sécurisé en territoire congolais à la fois par les FARDC et l’ANC/CNDP, à savoir la route Jomba-Rutshuru-Kibumba-Kabuhanga».

Puis : «Au stade actuel, la Direction Politique du CNDP ne dispose d’aucune information susceptible d’éclairer sa lanterne sur les vrais motifs qui fondent une telle procédure, au moment même où un processus de paix, sous la supervision des Nations-Unies, de l’Union Africaine et de la Conférence Internationale de Pays des Grands-Lacs, était en cours à Nairobi entre le CNDP et le Gouvernement congolais en vue de la résolution pacifique des crises à l’Est de la République Démocratique du Congo». Le CNDP explique que «le désarmement des FDLR/ex-FAR/Interahamwe qui insécurisent aussi bien la RDC que le Rwanda est un objectif partagé par notre Mouvement et que, de ce fait, le CNDP a accepté bien volontiers de prendre part aux opérations conçues et menées par la coalition congolo-rwandaise. La participation du CNDP a été expressément autorisée par le Commandant en Chef de l’ANC/CNDP, le Général-Major Laurent Nkunda Mihigo».

Puis : «La Direction Politique du CNDP demande aux autorités rwandaises, qui ont facilité le rapprochement des FARDC et de l’ANC/CNDP dans l’accord sur les opérations conjointes contre les FDLR/ex-FAR/Interahamwe, de faire preuve de plus de sens de responsabilité en veillant à ce que soit maintenu l’esprit qui préside généralement aux médiations internationales, au premier rang desquelles la neutralité et l’impartialité. Il serait, en effet, incompréhensible que l’un des partenaires à l’accord contre les génocidaires en soit concomitamment la cible, comme cela semble être le cas en ce moment».

Enfin : «La Direction Politique du Mouvement tient particulièrement à assurer que la solidarité et la cohésion de ses membres au niveau de tous ses Organes demeure sans faille et que leur loyauté envers le Général-Major Laurent Nkunda Mihigo, Chairman du Mouvement et Commandant en Chef de l’ANC, reste totale».