fardcIl faut déjà songer à l’après « Opération militaire conjointe FARDC-RDF » contre les FDLR. Question de préserver les acquis et le succès de cette opération qui doit s’appuyer sur le travail portant restructuration des Forces armées de la République démocratique du Congo. Car, il en dépend de la suite du bon déroulement du processus politique au Congo. Aussi, cet exercice impose à toutes les parties concernées sur la restructuration de l’armée d’adopter une nouvelle approche, plus classique et sans parti pris. Pour atteindre cet objectif, force est de sortir des vieux sentiers battus. En faisant les choses autrement pour reconstruire la République.

En déclarant la fin de la guerre le 5 janvier à Goma, le chef d’Etat-major général du CNDP mettait ses troupes à la disposition de l’état-major général des FARDC. D’autres groupes armés ou milices, les Mai Mai en l’occurrence, ont également emboité le pas, exprimant le même souhait de réintégrer les FARDC.

C’est ainsi que durant le week-end passé, le ministre de la Défense, Mwando Simba a réuni les responsables militaires et le président du Programme Amani, Abbé Malu Malu, ainsi que le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu et responsable de la Monuc pour se convenir sur un programme visant à concrétiser rapidement ce souhait. Programme adopté et qui est en voie d’être exécuté. A ce sujet, les sites ont été répertoriés pour accueillir les différents éléments militaires afin qu’ils soient soumis au brassage avant de réintégrer les unités militaires intégrées. Ceci est conforme aux résolutions de la Conférence de Goma.

Revoir l’approche

Seulement, voilà. Le mixage ou le brassage n’est pas en soi une mauvaise chose. Mais l’important est de savoir quel est l’objectif à atteindre. S’agira-t-il d’une opération exclusivement pour le Kivu ou est-il réellement question de disposer d’une véritable armée nationale pour sceller et réconforter l’union, consolider la réconciliation nationales ? Les autorités politiques et militaires ont l’obligation morale et politique de répondre sans détours à cette pertinente interrogation. Mais si nous nous situons dans le cadre du Dialogue intercongolais et de la Conférence de Goma, il est question de doter la Rdc d’une armée nationale et républicaine pour en faire un socle des institutions tout aussi républicaines que nationales.

Barack Obama, aujourd’hui président des Etats-Unis, avait déjà saisi en 2005 l’importance de cet aspect du problème. Sénateur de l’ Illinois, il avait fait voter une loi qui doit contribuer à la fin effective de la guerre en Rdc. Cette loi incluait entre autres « la professionnalisation des forces armées ». C’est-à-dire, une armée dissuasive à même de sauvegarder l’intégrité territoriale, de protéger les personnes et leurs biens. Mais surtout de permettre à la RDC de jouer son rôle, en matière de développement, dans les relations internationales.

Il est vrai qu’une armée professionnelle ne s’obtient pas en un jour, ni en un an, deux ans ou 5 ans. C’est un travail permanent de longue haleine et de dur labeur. Cependant, il faut commencer par y songer, sans parti pris, ni état d’âme et compromission. L’obligation est de s’inscrire dans un contexte global de se doter effectivement d’une armée réellement nationale, républicaine, disciplinée et dissuasive. Aujourd’hui, le mixage et le brassage ont démontré leurs limites et leurs inconvénients. Il faut revoir vite toute la stratégie. S’il faut recommencer à zéro, en ce qui concerne principalement l’armée, qu’il n’y ait pas d’hésitation, si c’est le prix à payer. Mais avec ce mérite de s’appuyer sur des considérations classiques, avec la rigueur que cela impose.

Couper le cordon ombilical

Pour payer ce prix, il faut nécessairement tirer les leçons de la transition, des batailles de Kinshasa entre la Garde républicaine et celle rapprochée de Bemba et août 2006 et mars 2008, la Guerre de Bukavu et celle du Nord-Kivu. Tous ces faits d’armes malheureux ont un dénominateur commun : l’échec du brassage et du mixage.

Cet échec s’explique d’abord par le fait qu’il est toujours difficile de se doter d’une armée nationale à partir des éléments venus des rébellions armées. Ces dernières, plus populistes que classiques et disciplinées de surcroît, ne sont rien d’autres que des « bandes armées composées des éléments venus des milieux douteux ». Ils ne sont des militaires que par le fait de savoir se servir d’une arme pour tuer ou violer et voler, et non pour une cause nationale. S’obstiner à monter une armée sur ces réalités embarrassantes, c’est constituer un   « cocktail détonnant ». Il sera alors difficile de  « reconstruire la République ». Les combats de Bukavu et la guerre du Nord-Kivu confirment cette assertion.

La deuxième explication de cet échec résulte du caractère complexe des guerres imposées à la RDC. En effet, les anciens belligérants, toujours attachés à leurs parrains, n’ont jamais coupé le cordon ombilical. D’où, ont-ils conservé leur puissance de feu pour des agendas cachés, en envoyant au brassage des « invalides ».

Autre explication ; l’ethnicisme pour soutenir le prétexte de « l’oppression des minorités ». Ainsi, Nkunda a réussi à imposer un «  mixage » à l’ Etat-major général des FARDC pour conserver subtilement sa force militaire prétextant protéger les Banyamulenge. Partant, tous les militaires banyamulenge refusaient d’être incorporés et de se faire muter ailleurs, dans d’autres circonscriptions militaires afin de rester au Kivu.

Si cette exigence persiste au CNDP, le brassage ne se fera pas. C’est là tout le nœud du problème, quel que soit l’accord conclu entre la RDC et le Rwanda pour cette opération militaire conjointe contre les FDLR. Cette question doit donc être résolue avant la fin de l’opération. Car, si un Mutebusi, un Nkunda ont levé le pan de voile, un Bosco Ntaganda garderait bel et bien un autre Bosco Ntaganda.

Aussi, la brouille qui pourrait en résulter obligerait l’armée rwandaise à trouver là un beau prétexte de ne plus quitter le sol congolais. Signal avant-coureur de cette éventualité ? Pour une opération militaire conjointe prévue en 15 jours, Kigali a déjà introduit auprès de Kinshasa une demande de prolongation de 60 jours. Certainement le temps de voir comment va s’opérer justement cette réintégration des soldats du CNDP au sein des FARDC. Surtout que la phase de l’identification des soldats du CNDP qui devrait avoir lieu hier mercredi sous la supervision de la Monuc n’ a pas eu lieu. Le premier groupe symbolique qui devrait se rendre au site de   « brassage » ne s’y est par rendu. Par méfiance sûrement. Un couac.

Source : le Potentiel/Kinshasa