NkundabatwareLa question paraît à ce jour aussi bête que déplacée, d'autant qu'il y a une semaine exactement, des stations de radio ont annoncé avec fracas son arrestation au Rwanda par ses parrains traditionnels, alors qu'il tentait de prendre la poudre d'escampette, après l'offensive conjointe enclenchée le 20 janvier par les armées congolaises et rwandaises pour traquer les éléments hutu rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) installés dans les forêts du Nord-Kivu depuis le génocide de 1994.

Ces mêmes sources ont précisé que l'ancien chef rebelle serait gardé dans un lieu bien sécurisé, certainement pour lui ôter toute envie de fuir. C'est l'officiel, que les sources officielles ne s'offusquent pas de relayer.

Quant à l'officieux, l'arrestation de Laurent Nkunda, le plus puissant des chefs rebelles de la RDC de ces dernières années, ne serait qu'un canular portant la signature bien contrôlée de Paul Kagame qui, toujours très fertile en intrigues, a simulé l'arrestation de son protégé pour l'extraire de la communauté internationale qu'il commençait déjà à déranger par ses déclarations tapageuses. L'" arrestation " tonitruante de l'ex-CNDP Laurent Nkunda était précédée par un autre épisode portant toujours la signature du maître de Kigali : la dissension au sein du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) ayant entraîné le limogeage à la tête de ce mouvement rebelle de Laurent Nkunda par son chef d'état-major Jean-Bosco Ntaganda et la " réintégration " ou l' " intégration " au sein des FARDC des militaires du CNDP.

En un mot, Laurent Nkunda, ayant fait son temps et devenant très encombrant, gênant et arrogant à l'égard de son protecteur, et même très ambitieux, bref, difficilement contrôlable, Paul Kagamé a décidé de l'écarter de la scène en le remplaçant par un autre pion. En plus, Paul Kagame a craint de voir Laurent Nkunda assassiner par les militaires congolais, profitant de l'offensive commune. Il fallait donc le mettre à l'abri des dents des FARDC qui ne lui ont jamais pardonné de leur avoir mené la vie dure lors des affrontements dans le Nord-Kivu.

Revenant sur cette arrestation, une source rapporte que Laurent Nkunda est effectivement au Rwanda, mais pas derrière les barreaux, contrairement à ce que les nombreuses oreilles ont appris officiellement vendredi 23 janvier. L'ex-général tutsi Nkunda, longtemps allié de Kigali, "n'est pas en prison", a déclaré le commandant Jill Rutaremara. "Il y a une différence entre arrêter quelqu'un et le mettre en prison. Tout ce que je peux dire c'est qu'il est en sécurité", a-t-il ajouté, se refusant à fournir plus de précisions.

Où est passé Jules Mutebisi ?

Paul Kagamé est passé maître et champion dans ce genre de scénario. L'opinion se rappellera qu'il y a trois ans, un autre homme lige de l'homme fort de Kigali s'est " dilué dans la nature " sans qu'on sache aujourd'hui ce qu'il est devenu. Où est passé le colonel Jules Mutebusi, "appréhendé" lui aussi à Kigali après la débâcle de ses troupes rebelles face à celles loyalistes commandées par le général Mbuza Mabe ? Lui aussi n'est toujours pas inquiété par la justice internationale.

Que dire ou conclure de récents propos du président rwandais ? A travers une radio périphérique, il avait récemment émis le vœu de voir le problème Nkunda être réglé politiquement. Il ne s'est pas empêché d'aller plus loin en souhaitant même que son protecteur fasse partie des institutions politiques de la RDC. Voilà des propos de nature à rendre très confiant le vrai faux prisonnier que les Congolais attendent avec impatience.

Quant à son jugement, une fois extradé - à supposer qu'il soit extradé un jour - pour ne pas le voir lui échapper, le peuple congolais souhaite que son dossier soit confié à la justice internationale pour répondre de ses actes odieux et criminels. Y compris tous ceux qui, de près ou de loin, se sont payé le luxe de verser le sang de leurs compatriotes.

Donc, c'est un Nkunda libre, haut sur ses longs centimètres que les Congolais pourraient voir débarquer à Kinshasa, en lieu et place d'un général déchu menotté, la Bible sous les aisselles. Ce qui constituerait une véritable humiliation infligée au peuple congolais dont le sang a coulé abondamment au Nord-Kivu. Pour le bonheur des vendeurs d'armes et des profiteurs de ses ressources naturelles.

A tout prendre, Paul Kagame est tout, sauf une personnalité qui entreprend une aventure la tête baissée. Il est donc risqué de croire à sa bonne foi, lui qui vient d'accomplir, jour pour jour, 15 ans de pouvoir sans partage à la tête du Rwanda, sous la bénédiction de la communauté internationale, particulièrement des Anglo-saxons.

Aux Congolais donc d'ouvrir désormais les yeux pour ne pas continuer à tomber constamment dans le piège des Rwandais demeurés maîtres en ruse et à faire indéfiniment les frais de leur naïveté aveugle