drapeauFaute de « consensus national » autour de l’insécurité récurrente dans l’Est, aggravée par la présence de soldats rwandais « invités » au Nord-Kivu, la RDC file vers une grave crise interinstitutionnelle. Signes avant-coureurs de cette crise : ces passes d’armes entre les institutions de la République, ce dysfonctionnement au niveau des services spécialisés.

Le démarrage de l’« intégration accélérée » des éléments du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) dans les FARDC, prévu pour le mercredi 28 janvier 2009 au camp militaire Rumangabo (50 km de Goma), a été reporté à une date ultérieure.

« La cérémonie a été reportée sine die pour des raisons logistiques et techniques », a expliqué un porte-parole de l’armée régulière, le capitaine Olivier Amuli cité par l’AFP. Alors que des officiers des FARDC, chefs militaires rebelles, diplomates et responsables de la Monuc étaient déjà sur place. Les troupes du CNDP sont remontées dans le camion qui les transportait et sont reparties, conditionnant leur intégration à des réponses précises sur la situation de leur chef Nkunda « arrêté et détenu » au Rwanda, selon la presse britannique. Ce qui justifierait le report de la cérémonie à « une date indéterminée ». Ce premier incident majeur, qui survient après la « déclaration de fin de guerre » de Bosco Ntaganda et celle d’« adhésion de Nkunda » à la démarche de son ex-chef d’état-major ainsi que la reddition largement médiatisées des ex-mutins, relance une « chaude controverse » au sein de la classe dirigeante congolaise.

La controverse persiste

« La mise en œuvre du processus de normalisation entre la RDC et le Rwanda a donné lieu à une chaude controverse. Cette controverse s’est emballée suite à l’arrivée au Nord-Kivu d’unités de renseignements de l’armée rwandaise invitée par le gouvernement congolais pour une mission d’observation des opérations de désarmement forcé par les FARDC des groupes armés des FDLR et Interahamwe réfractaires au désarmement volontaire », a affirmé le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga.

Mais, une « mission d’observation » exige-t-elle la présence de 2.000 officiers (selon le gouvernement) ou de 5.000 militaires rwandais (identifiés par la Monuc) dans des « opérations militaires conjointes » destinées à neutraliser les rebelles rwandais ?

A la Chambre haute du Parlement, des questions fusent. « Après l’exécution de la mission confiée à l’irrégulière alliance militaire rwando-congolaise, notre gouvernement aura-t-il les moyens de faire partir de notre pays le corps expéditionnaire en cas de refus de celui-ci ? », interroge le sénateur Vincent de Paul Lunda-Bululu.

A propos de cette « alliance », il relève que l’accord conclu le 5 décembre 2008 entre Kinshasa et Kigali n’a pas respecté  le dernier alinéa de l’article 213 de la Constitution disposant que « le gouvernement conclut les accords internationaux non soumis à ratification après délibération en Conseil des ministres. Il en informe l’Assemblée nationale et le Sénat ».

« Ces deux conditions ayant été foulées aux pieds, le fameux accord scellant l’alliance militaire a été irrégulièrement conclu et ne peut engager la RDC. En d’autres termes, les troupes rwandaises ont entrées sans aucun titre juridique dans notre pays et ne peuvent, par voie de conséquence, y mener des activités militaires », relève l’ancien Premier ministre.

C’est la même perplexité qu’exprime le président de l’Assemblée nationale dans un entretien à Radiookapi.net. « Maintenant que les troupes rwandaises viennent d’entrer au Congo, c’est tout simplement grave, parce que cela va soulever un certain nombre de questions. Nous nous posons la question de savoir dans quel état d’esprit se trouvent nos populations qui viennent à peine de sortir de l’agression rwandaise », s’inquiète Vital Kamerhe.

Ces réactions en ont soulevé d’autres, à telle enseigne qu’une pétition court pour la convocation d’une session extraordinaire du Parlement.

Un consensus national

C’est dans ces entrefaites qu’une réunion inter-institutionnelle a eu lieu autour du chef de l’Etat. Elle a regroupé le président de la République, les présidents du Sénat, de l’Assemblée nationale et le Premier ministre. Au terme de cette rencontre, un communiqué de presse a été publié pour circonscrire la situation et préciser la durée de ces opérations militaires, particulièrement celle conjointe avec le Rwanda au Kivu.

Au fil de jours, et devant cette passe d’armes entre les institutions de la République, ce dysfonctionnement au niveau des services spécialisés, l’implication tardive de la Monuc, la pétition visant la convocation d’une session extraordinaire du Parlement, autant de signes avant-coureurs que l’ on n’est pas loin d’une crise interinstitutionnelle susceptible de plonger le pays dans un chaos indescriptible.

Face à cette situation, des voix s’élèvent pour réclamer un « consensus national » autour de la gestion de la situation de guerre au Kivu. L’objectif visé est de consolider un espace de confiance entre le pouvoir et le peuple, mais surtout entre les animateurs des institutions de la République.

J. Kabila rompt le silence ce samedi

C’est peut-être pour remettre de l’ordre dans la boutique que le chef de l’Etat a résolu de se prononcer le samedi 31 janvier 2009 sur les questions de brûlante actualité. Au cours d’un point de presse, il va répondre à toutes les interrogations portant notamment sur la situation sécuritaire dans l’Est du pays, la crise interinstitutionnelle qui pourrait en résulter, les répercussions de la crise économique internationale en RDC, le vécu quotidien de plus en plus précaire des populations et les Cinq chantiers, apprend-on de source officielle. « Aucune question ne sera occultée », affirme-t-on dans les milieux proches du chef de l’Etat. Un récent sondage, révèle-t-on, signale que les ménages congolais sont préoccupés par la situation sécuritaire dans l’Est du pays, les questions économiques et le niveau d’exécution des Cinq chantiers.

En début de semaine, rappelle-t-on, une délégation du patronat congolais a sollicité et obtenu du Premier ministre un moratoire sur l’application du SMIG (3USD/jour). Une ordonnance présidentielle fixait au 1er juillet 2008 l’application du premier palier (1 Usd) et le second (2 USD) au 1er janvier 2009.

Au demeurant, ce point de presse du président de la République est très attendu. Dans l’espoir qu’il apporterait des réponses précises aux préoccupations de tout un peuple.