ldkabilaLes quatre derniers mois en République démocratique du Congo ont été marqués par des événements douloureux qu’il ne sied pas de rappeler au risque de remuer le couteau dans la plaie. L’intensification du conflit qui secoue l’Est de notre pays constitue le dernier en date. Des armées étrangères sont intervenues en province Orientale et au Nord-Kivu, provoquant des dégâts collatéraux énormes.

Ces événements ont suscité des commentaires, des interprétations et des supputations en sens divers. La rumeur s’en est accaparée, favorisée en cela par le silence de l’Exécutif chargé de la gestion au quotidien de la République. Surtout que la traditionnelle cérémonie d’échange de vœux avec les animateurs des institutions et le corps diplomatique à l’occasion des fêtes de fin d’année, a été renvoyée aux calendes grecques.

Sans doute pour tordre le cou à la désinformation et aux malentendus, le chef de l’Etat s’est volontiers prêté au jeu de questions et réponses avec la presse nationale et internationale le samedi 31 janvier 2009 au palais Nation.

Deux volets ont dominé ce point de presse. La partie consacrée à la politique s’est focalisée sur la situation sécuritaire et militaire qui prévaut à l’Est.

Saisissant l’occasion que lui offrait la question d’un journaliste, Joseph Kabila s’est inscrit en faux contre ceux qui lui font le procès de n’avoir pas informé le Parlement de l’entrée des troupes rwandaise au Nord-Kivu.

Le chef de l’Etat a affirmé avoir tenu informés les présidents de l’Assemble nationale et du Sénat, ainsi que le Premier ministre, de l’évolution de la situation prévalant au Nord-Kivu, sur le plan tant politique que militaire. La répercussion de cette information au niveau des institutions ne relève pas de sa compétence.

Joseph Kabila a néanmoins rassuré l’opinion que les forces rwandaises d’intervention auront quitté le territoire national de la RD Congo au plus tard le 28 février. Engagement accueilli de différentes manières, selon la tendance de chacun. Satisfaction pour les uns et scepticisme pour les autres.

Abordant le volet économique et financier, Joseph Kabila a reconnu que la crise financière mondiale frappe déjà notre pays. Il a informé l’opinion qu’un plan de sortie de crise sera discuté et rendu public à l’issue du prochain conseil des ministres. Une préoccupation vient tout de suite à l’esprit. Elle est relative à la réaction tardive du gouvernement alors que les effets pervers de la crise mondiale frappaient déjà de plein fouet les secteurs minier et pétrolier, producteurs des richesses en devises pour notre pays.

La monnaie nationale ne cesse de se déprécier. Le taux de croissance de 9% retenu lors de la confection du budget 2009 est ramené au niveau plus modeste de 4%.

Le doute s’installe dans les Etats-majors des partis politiques quant à la capacité du gouvernement à résoudre l’équation difficile de stabilisation de notre économie et de répondre à la demande sociale de plus en plus pressante.

Que constate-t-on ? Les exportations ont chuté d’une manière drastique. Le Programme économique du gouvernement a échoué et le Fonds monétaire international (FMI) rechigne à entrer en programme avec la RD Congo. « Les pas de porte » chinois fixé à 250 millions de dollars attendus dans le cadre du budget 2008 ne tombent toujours pas. Pour l’exercice budgétaire 2009, ils ont été réduits à 200 millions sans que l’on sache où sont passés les 50 millions. L’appui budgétaire de 100.000.000 de dollars promis par le FMI, dont ailleurs on ne connaît pas la date de décaissement, est sorti d’une conditionnalité à la limite du chantage, à savoir la révisitation des contrats chinois. La réduction de la dette extérieure sur base du fameux programme PPTE s’est éloigné. Bref, l’appui attendu de la Communauté internationale se révèle une chimère.

Pour comprendre ce qui se passe sous nos yeux, il faut remonter à la période héroïque de Mzee Laurent-Désiré Kabila pour convenir qu’il a eu raison trop tôt. Lui qui avait compris avant tout le monde n’attendait rien de la Communauté internationale avait demandé au peuple congolais de se prendre en charge, avec les accents révolutionnaires qui étaient les siens. Dans le cadre de la mobilisation générale, il assurait le paiement régulier de la solde des militaires fixée à 100 dollars pour le soldat de première classe. Il avait lancé le Service nationale pour résorber le chômage et relancer l’agriculture par la mécanisation. L’exemple de Kaniama Kasese s’étendait déjà à d’autres provinces.

La baguette magique de Mzee n’était rien d’autre que la traque des détourneurs et autres prédateurs des deniers publics. Aujourd’hui, les corrompus et autres tricheurs se pavanent dans les institutions sans être inquiétés. Certains seraient devenus des millionnaires sans un passé professionnel connu.

Ces nouveaux riches dont personne ne connaît l’origine de leur enrichissement se signalent aujourd’hui par l’érection au vu et au su de tout le monde, de palais dignes de marahadjah. Les portes des prisons que le chef de l’Etat a ouvertes lors de la cérémonie de sa prestation de serment auraient dû se refermer derrière eux. Hélas.

Source : le Potentiel/kinshasa