kiakwamaL’honorable député Kiakwama Kia Kiziki, membre de la CDC (Convention des Démocrates Chrétiens), a présidé une conférence-débat, le dimanche 1er février 2009, en la salle «Espace Matonge» à Bruxelles avec comme thème « FIN DE GUERRE OU DÉBUT DE COLONISATION DE PEUPLEMENT ? ». Plus d’une centaine de personnes ont bravé le froid hivernal pour venir entendre le très bruyant député de l’opposition, reconnu pour son franc-parler. Présence des troupes rwandaise et ougandaise en RDC, la paupérisation de la population, l’ attitude de l’ Opposition, l’ honorable a répondu à toutes les interrogations, n’hésitant point à distribuer les « cartons jaunes » tant au Gouvernement qu’ à l’ Opposition. Une façon pour lui de souligner la gravité de la situation sociale, politique et économique de la RDC.

Le modérateur du jour, l’analyste Jean-Pierre Mbelu, curé d’une Paroisse à Nivelles, après les présentations et les remerciements d’usage, a ouvert cette conférence-débat animé par le député national Kiakwama Kia Kiziki, membre de l’Opposition et de la Convention des démocrates chrétiens, CDC, par un rappel de la situation dans l’Est du pays et l’entrée des troupes rwandaises au Congo.

Brièvement, il a dévoilé l’accord secret entre Kinshasa et Kigali, ratifié le 05/12/2008, qui a sanctionné l’entrée de ces troupes au Congo. Selon les signataires, l’accord prévoyait uniquement l’arrivée des officiers de renseignements rwandais pour aider l’armée congolaise à récupérer les territoires occupés par le CNDP et repousser les rebelles du FDLR (Front Démocratique de Libération du Rwanda). Mais c’est le contraire qui s’est produit avec l’arrivée massive des troupes de Kigali. Ni le Sénat, ni la Chambre, ni l’Etat major général de l’armée, n’étaient au courant de cet accord. (Ndlr : ce qui viole le deuxième alinéa de l’Article 213, disposant que « Le Gouvernement conclut les accords internationaux non soumis à ratification après délibération en Conseil des ministres. Il en informe l’Assemblée nationale et le Sénat ».

Le rapport de l’Onu en dit long sur la présence des troupes rwandaises au Congo venues non pour repousser le FDLR, mais bien pour piller les richesses du pays. Les Pays-Bas et la Suède ont relayé ce rapport en suspendant leurs aides au Rwanda. Curieusement, fera remarquer M. Mbelu, l’entrée en force des troupes rwandaises est intervenue durant les vacances parlementaires et au moment où les Congolais étaient branchés sur l’installation du nouveau président américain, Barack Obama. Cette occupation, conclura-t-il, risque de durer une éternité de par le fait que les Rwandais n’ont pas le désir de laisser la gouvernance du pays aux Congolais.

Prenant la parole à son tour, M. Kiakwama a qualifié de réducteur tout problème se rapportant à la situation avec le Rwanda. Il y a des problèmes de fond qui sont le talon d’Achille des tourments congolais. Entre autres la liberté des personnes, la gestion du pouvoir et l’incapacité de rendre la population heureuse.

LES TROUPES RWANDAISES AU CONGO : UN CHOC

«Tout le monde est choqué pour cette situation (avec le Rwanda). Il ne suffit pas d’être en colère, il faut trouver les solutions». Une session extraordinaire du Parlement pourra être convoquée pour plancher sur cette situation si 250 députés (sur 500) signent la pétition en circulation. D’un ton sévère et autoritaire, l’honorable Kiakwama a lancé un appel pathétique et patriotique aux Congolais à s’unir pour sauver le pays. « Personne ne sauvera le Congo seul. Engagez- vous. Là où vous êtes, faites en sorte que le Congo soit grand. Gardez la tête froide». En représentant du peuple, il a relayé les revendications des populations qui ne demandent rien d’autre qu’une vie meilleure et que les élus remplissent efficacement leur rôle. Ces revendications ne pourront être satisfaites que si l’environnement se démocratise avec des institutions fortes.

Revenant à la situation brûlante de l’heure, il a rappelé à l’assistance la convoitise de nos richesses par nos voisins. «Le problème du Kivu est très complexe. Beaucoup des Rwandais venus de l’AFDL sont restés dans les structures du pays. Le pays a été piégé par cette guerre dite de libération et les élections. Combien de temps vont-ils rester au Congo ? Et les Congolais voudront-ils qu’ils y restent ?». Ce sont ces deux questions qu’il s’est posé.

Restant égal à lui-même, le député de la CDC a stigmatisé le comportement attentiste de ses compatriotes qui frisent souvent la paresse et la mendicité. «Dieu nous a tout donné, il ne reste plus qu’il vienne gérer à notre place» Il est allé plus loin en reprenant les propos qui circulent dans certaines sphères et salons où les gens se posent la question «Comment on leur a donné un beau pays alors qu’ils sont des crétins ?» Et d’ajouter, «même les aveugles savent que nous sommes truandés».

Pour sortir de cette apathie, il faut créer des lobbies capables de motiver les Congolais à se prendre en charge et à porter son étendard au firmament. Il en appelle à un travail de régénérescence qui s’avère nécessaire et indispensable.

BILAN DE LA SITUATION EN GENERAL

Un bilan amer de la situation du pays a été dépeint. « Le gouvernement Muzito qui n’est que la continuité de l’immobilisme est plus mauvais que celui de Gizenga. Un gouvernement contrôlé et écrasé par un pouvoir parallèle, mafieux. Un gouvernement qui n’arrive pas à gérer un pays miné par la corruption qui se structure à tous les niveaux. Il est inconcevable d’accepter que le gouvernement n’était pas au courant de l’accord ratifiant l’entrée des troupes rwandaises au Congo», a-t-il déclaré. Et d’ajouter : « Les cours et tribunaux ne fonctionnent pas. Le gain d’un procès relève souvent de la chance et de la générosité. Notre capacité de négociation est faible. Les Congolais ne sont pas organisés pour être visibles. Le Parlement est la seule institution qui fonctionne plus ou bien. «Vous devez nous aider», lance-t-il à l’assistance. «Le politicien n’a peur que de l’opinion. Notre Parlement est envié dans l’Afrique noire pour ses solides interventions».

Evoquant les attaques tous azimuts de la population sur le salaire mensuel «trop élevé» (6.000 $) des représentants du peuple, il a expliqué le bien fondé de ses émoluments qui se justifient par le travail effectué et pour éviter d’exposer certains à la corruption. «Si cette rémunération peut servir à atténuer la crainte de la corruption, ce serait une bonne chose», fera-t-il remarquer.

Réduire le salaire des députés ne poserait pas des problèmes majeurs pour son parti, la CDC. Il est d’avis qu’il faut relever les salaires dans tous les secteurs de la République. L’autre problème le plus important qui a été débattu au Parlement est celui du budget. Mal ficelé, il a posé problème. «J’étais par deux fois d’une sévérité extrême sur ce point. On se focalise souvent sur les dépenses et non sur les recettes ou ressources. Et l’argent profite souvent à ceux qui signent les accords léonins».

Ancien dignitaire de la Deuxième République, il a expliqué ses prises de positions actuelles pour l’avenir de son peuple. Sa sagesse l’a poussé à se comparer à une femme divorcée qui se remarie et connaissant les vrais problèmes de mariage. («Je suis comme une femme qui s’est remariée. Je connais les problèmes du mariage»).

L’honorable député a proposé cinq pistes pour les réformes indispensables devant conduire à la bonne gouvernance et les avancées de la démocratie :

1. Réforme de l’armée, de la police et des services de sécurité.

2. Réforme de la justice.

3. Réforme de l’audiovisuel (l’opposition n’a pas accès aux médias) ;

4. Réforme de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) .

5. Réforme de l’autorité du Parlement sur le contrôle.

LES FAIBLESSES DE L’OPPOSITION

Il a reconnu les faiblesses de l’opposition qu’il mène avec opiniâtreté avec ses pairs. Il y a l’opposition par défaut (pour ceux qui n’ont pas trouvé leur compte dans la majorité) et l’opposition par choix qui est la sienne et celle de son parti, la CDC. L’opposition a été fragilisée et l’absence de Jean Pierre Bemba en est une des causes. Sa cohésion a été entamée. Ce qui a également désorganisé le MLC.

Le grand problème qui se pose actuellement est la désignation du chef de file de l’opposition. La désignation du chef de file ne doit pas être nécessairement attribuée au groupe de l’opposition détenant un nombre plus important des députés à l’Assemblée. Mais doit tenir compte des critères démocratiques. Entendez la pluralité des candidats, le débat contradictoire et le programme des candidats.

Le débat qui en est suivi a porté sur les questions diverses que d’aucuns ont voulu avoir des éclaircissements. M. Kiakwama a centré ses interventions sur :

- Les prises de position du Parlement sur la situation des Bundu dia Kongo ;

- La double nationalité. Il est pour la double nationalité qui est reprise dans la charte de la CDC ;

- La crainte de l’opposition par la majorité ;

- La faiblesse du pays qui arrange nos voisins qui nous craignaient du temps de Mobutu ;

- Le changement perceptible de l’opinion ;

- Le rapport de la CDC avec l’UDPS.

- Le vote des Congolais de la diaspora que la CDC défend bec et ongles.

Notons que l’orateur du jour est revenu sur l’interview accordée au Potentiel par l’ancien Premier ministre, M. Lunda Bululu qui s’exprimait en ces termes : «A propos de cette « alliance », il relève que l’accord conclu le 5 décembre 2008 entre Kinshasa et Kigali n’a pas respecté le dernier alinéa de l’article 213 de la Constitution disposant que le gouvernement conclut les accords internationaux non soumis à ratification après délibération en Conseil des ministres. Il en informe l’Assemblée nationale et le Sénat «.

«Ces deux conditions ayant été foulées aux pieds, le fameux accord scellant l’alliance militaire a été irrégulièrement conclu et ne peut engager la RDC. En d’autres termes, les troupes rwandaises sont entrées sans aucun titre juridique dans notre pays et ne peuvent, par voie de conséquence, y mener des activités militaires ».

Source : le Potentiel