A mi-parcours de la législature et alors que le pays fait face à un péril cataclysmique (financier, économique, social, militaire, diplomatique, politique), le Chef de l’Etat a adressé la semaine dernière un coup de semonce à ses troupes issues du principal parti de la Majorité-le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie, PPRD, qu’il recevait à sa ferme de Kingakali dans la grande banlieue de la Capitale Kinshasa et, du coup, à toute la Majorité Présidentielle de l’Alliance AMP. De l’avis de tous, le Président de la République y est allé avec la plus grande fermeté et sans qu’il ne laisse l’ombre d’aucun doute dans l’esprit de personne sur son autorité : « Il n’y a pas deux Chefs à bord d’un même train : Il n’y en a qu’un. Et c’est moi ».

Du coup, le Président de la République reprenait l’initiative en réaffirmant si besoin était son autorité face à une majorité qui hésite, s’interpelle, interpelle, tergiverse, cherche à comprendre, laisse place au doute, et, de ce fait, ouvre des failles mettant en péril le régime. « Nous avons eu froid au dos en quittant le Chef et chacun de nous s’attendait dans la soirée à une grande annonce », confie un haut dignitaire du régime.

« Mais, depuis, un jour est passé, deux jours, une semaine... C’est lui, le Chef, qui sait quand il va agir. Ce qui est certain est qu’il va agir », ajoute le dignitaire vétéran. Face au Président de la République, beaucoup de fenêtres d’opportunités se sont désormais ouvertes qui laissent présager un replacement imminent de personnels.

Au moins, le Président de la République va nommer avant la prochaine rentrée parlementaire de mars le nouveau ministre en charge des Relations avec le Parlement, le professeur Adolphe Lumanu Mulenda Bwa N’Senda qui occupait à ce jour ce poste ayant été désigné, la semaine dernière, Directeur de cabinet du Président de la République.

En réalité, on s’attend à ce que le Chef de l’Etat saisisse cette occasion pour procéder à un profond remaniement de ses équipes qu’il a, depuis le lancement de la législature, souvent annoncé, mais qu’il n’a pu à ce jour conduire.

Dans le sérail, le mot chambardement est parfois prononcé...
Rentrée mars ? Avant mars ? Ce qui est acquis est qu’on s’attend à une véritable mutation des personnels. La clé, seul le Président de la République la détient. La crise financière internationale dans laquelle le monde est plongé et s’empêtre née de l’éclatement de la bulle immobilière et que tous les experts présentent comme un déplacement de couche stratosphérique rend  à néant, au plan national, les projets des chantiers sur lesquels la législature s’est bâtie. Du coup s’impose une nouvelle analyse stratégique, une redéfinition de la pensée politique nationale. En réalité, le Président de la République a déjà entrepris ce virage à 45° qu’impose le nouveau contexte planétaire : normalisation ou pas de charge avec la Belgique bon an mal an, l’ancienne puissance coloniale a toujours été protectrice, ne l’oublions pas, et défenderesse de la cause nationale face aux appétits gloutons des Anglo-saxons désormais rejoints - qui l’eût cru ? -, dans une vaste manœuvre stratégique par Paris qui souhaiterait ainsi soigner son rapprochement avec Kigali-et alliance scellée dans le plus grand secret avec le voisin rwandais-quitte à reporter aux générations à venir le règlement de nos contentieux. Alliance impossible à imaginer la veille par les plus fins limiers observateurs de la scène des Grands lacs africains !

A l’analyse – et à froid bien entendu –, comment ne pas comprendre Kabila ? On a beau ruer en vache, de laquelle marge de manœuvre à ce stade le pays dispose-t-i1? Certes, la R-dC est en démocratie : celle-ci suppose explication permanente, concertation permanente, consensus permanent, adhésion permanente. On peut – on doit  – regretter que la machine n’ait pas toujours fonctionné. Cela a semé le trouble. Samedi 31 janvier, lors de sa conférence de presse, le chef de l’Etat a déclaré au pays via la cinquantaine de journalistes dont des correspondants de presse avoir tenu informés les Parlementaires via leurs Présidents. Une manière d’incriminer ceux-ci...

Reste qu’il ne faut surtout tenter de ne rien étouffer : la crise est majeure. Le système n’a pas fonctionné comme il aurait dû l’être.

Délicate manœuvre

La crise doit être réglée. Mais cette crise par son ampleur ne pose-t-elle pas le problème de la démocratie elle-même ? Au fond, que vaut la démocratie dans une société de rationnement comme celle qui s’annonce de manière implacable ? L’occident développé lui-même est menacé dans son régime de démocratie à chaque fois que la crise économique pointe son nez ! Nous l’écrivions dans le dernier « Soft International » (n° 978) : les renversements récents d’alliance dans les Grands lacs, les troupes rwandaises entrant officiellement en R-dC sur invitation de Kinshasa, l’échange des ambassadeurs entre Kigali et Kinshasa, les accélérations dans l’affaire Nkunda, etc., tout cela arrive sans que le Député des Kivus élu sur le terreau du TSR (Tout Sauf le Rwanda) n’ait été préparé ! On comprend sa situation de vierge effarouchée. La redistribution des cartes politiques, militaires et diplomatiques entre Kinshasa et Kigali a été menée dans le plus grand secret au point qu’elle peut paraître à tout le moins suspecte.

Lors de sa conférence de presse, le Chef de l’Etat a bien trouvé la parade : tout le monde ne peut être spécialiste militaire pour être convié à ces questions de stratégie, a-t-il dit en substance.

Surtout face au péril majeur. En déclarant à ses troupes de la majorité qu’ « il n’y a pas deux Chefs à bord d’un même train : il n’y en a qu’un et c’est moi », le Président de la République demande qu’on me fasse confiance au moment où il négocie l’un des tournants les plus périlleux.

C’est la fin qui justifie les moyens... Car à en croire tous les spécialités de la question, la crise financière que vit le monde aujourd’hui est une crise systémique, une crise qui, elle, s’apparente à celle qui conduisit au Troisième Reich et vit Hitler s’installer au pouvoir à Berlin. L’Allemagne humiliée – elle venait de perdre des guerres – avait alors une économie à la dérive, son unité posait problème, l’Empire déchu était remplacé par son parlementarisme inconnu et suspect. Il fallait une idéologie qui mette en avant les pulsions mystiques qui unissent l’individu à son idéal humain – « le Völkisch » – une idéologie fédère et rassemble le peuple allemand...

A-t-on pris conscience de ces questions auxquelles font face actuellement tous les dirigeants du monde ? Quelles réponses historiques notre pays a-t-il donné (va-t-il donner) à une crise stratosphérique à propos de laquelle Harald Weitez écrit : (En 1933, dans la société allemande d’avant le Troisième Reich), « les composantes non juives auraient trouvé complètement impensable que, quelques années plus tard seulement, et avec leur participation active, leurs concitoyens juifs se verraient non seulement spoliés, mais seraient embarqués dans des trains pour être mis à mort. Ce sont pourtant les mêmes qui regarderont, à partir de 1941, les convois de déportés partir vers l’Est, tandis qu’une partie non négligeable d’entre eux rachèteront les installations de cuisine, le mobilier et les oeuvres d’art « aryanisés »; que certains prendront la gestion d’affaires « juives » ou habiteront des maisons dont leurs propriétaires juifs auront été expulsés. En trouvant cela tout naturel ».

Le logiciel – au minimum – s’est planté !

Notre pays va-t-il (doit-il) retisser le tissu national en appelant à un grand consensus, à un plus grand rassemblement des hommes et des femmes ? La question a toujours été à la bouche du Chef de l’Etat ?

Il va de soi que Kabila ne saurait avancer aucun schéma sans avoir remis de l’ordre dans ses rangs et affirmé très clairement l’autorité sur ses hommes. C’est l’exercice auquel il s’est lancé la semaine dernière.

Tout en donnant un coup de Semonce, le Président a voulu resserrer les rangs de ses troupes et, face au péril majeur, appeler à la discipline générale. Plus que quiconque, il sait la manœuvre risquée : l’opposant mobutiste de tous les temps, Honoré Ngbanda Nzamboko-Atumba a, opportuniste, refait surface et annoncé, depuis Paris, son Q.g, dans une interview à un journal r-d.congolais en ligne, qu’il est passé au stade final de sa lutte, à savoir, son entrée dans la clandestinité, que l’heure de l’ultime combat approche, que ce combat va se dérouler au « corps à corps », n’hésitant désormais pas à faire état de ses connexions dans toutes les strates du pouvoir au pays : l’armée, la police, les services d’intelligence, la jeunesse, etc.

Du bluff ? Curieusement alors que le pays va commémorer le massacre des Chrétiens du 16 février 1992 dont on l’accuse et d’où il pulse son plus célèbre nom de « Terminator » – le régime démocratique porte à bout de bras par la Communauté internationale unanime au lendemain de Sun City et désormais attentiste, ne doit – ne doit – rien minimiser. « Terminator » – le diable des Diables de la R-dC -, M. Ngbanda est aujourd’hui d’autant plus susceptible d’être entendu par des franges sociales aux abois que la crise économique connaît sa phase finale et le terrible fossé se creuse chaque jour un peu plus entre les promesses d’une démocratie trop arrogante et volatile et les réalités d’une vie de tous les jours impossible. Qu’une publicité toute récente d’une compagnie commerciale nationale privée opérant sur la ligne Kinshasa-Bruxelles emprunte ses accents à Mobutu et que le jingle fasse tabac dans nos bas quartiers ; que plein de personnalités hyper cravatées du régime fassent résonner la voix de Baryton du Maréchal défunt quand elles ont à répondre à un appel sur leur Gsm ; la tendance est signe.

Source :Le Soft/Kinshasa