drapeauPartiront ? Ne partiront pas ? Les troupes ougandaises, engagées depuis le 14 décembre 2008 dans des opérations militaires conjointes avec les FARDC et des soldats sud-soudanais contre la LRA, devraient quitter le territoire congolais ce samedi 14 février 2009. Vérification sera faite dans quelques heures.

« Le 13-14 février, les opérations en cours depuis deux mois vont se terminer en province Orientale. Seules les FARDC resteront sur le terrain », a annoncé le président Joseph Kabila, le 31 janvier dernier.

A propos des effets collatéraux sur les populations civiles, Joseph Kabila s’est voulu rassurant. « Il ne faut pas divertir les gens. C’est avant les opérations militaires conjointes qu’il y a des exactions sur la population de la part de la LRA, présente en province Orientale depuis 2005. Joseph Kony a toujours tué les populations congolaises vivant dans et autour du parc de la Garamba, enlevé plusieurs enfants et pris en otage beaucoup de gens, dont un administrateur de district », a-t-il précisé.

Entre-temps, les exactions n’ont pas cessé. Mercredi, le conservateur principal du parc de Garamba a signalé une embuscade tendue par l’Armée de résistance du seigneur (LRA) et qui a fait trois morts par balles et un blessé grave, aux environs de Nagero.

Selon radiookapi.net, il s’agit du conservateur adjoint du parc à Gangara na Bodio, Denis Mayumbe revenant de soins médicaux, du conducteur du véhicule, d’un capitaine des FARDC et d’un Kényan, blessé et interné au centre hospitalier de Nagero, venu pour la formation des gardes du parc.

Kampala sans « calendrier précis »

Le contingent ougandais est arrivé en province Orientale le dimanche 14 décembre 2008 pour y « traquer les troupes de l’Armée de résistance du Seigneur ». Selon Rfi, « il a fallu un an pour mettre sur pied cette opération. Kinshasa a accepté cette présence ougandaise, limitée et temporaire, en raison des menaces que la milice fait peser sur les populations locales ».

« Nous avons conclu ce deal sur l’anéantissement des poches terroristes de la LRA, cela ne peut concerner aucun autre dossier. Les choses sont claires. Nous n’avons aucune raison, jusqu’à ce jour, de douter de la confiance que nous nous sommes donnée mutuellement », a expliqué en son temps le ministre de la Communication et des médias, Lambert Mende Omalanga.

Pendant que Kinshasa disait ne « pas douter de la confiance mutuelle », Kampala avertissait, mi-décembre 2008, de ne pouvoir « donner un calendrier précis » du retrait de ses troupes du sol congolais.

« Une telle opération est très incertaine et il est difficile de dire combien de temps elle durera. L’attaque a commencé dimanche, nous attendons de recevoir les premiers rapports de terrain, mais je ne peux pas, à l’heure actuelle, vous donner un calendrier précis », a fait savoir la ministre d’Etat à la Défense de l’Ouganda, Ruth Nankabirwa citée par Rfi le 16 décembre 2008.

Le doute est permis

Sur le « deal » conclu entre Kinshasa et Kampala, peu de choses sont connues du peuple congolais, souverain primaire. Et l’absence de « calendrier précis » sur le retrait du contingent ougandais conforte les 262 députés congolais signataires d’une pétition dans leur exigence de convocation d’une session extraordinaire de l’Assemblée nationale.

En effet, l’expérience renseigne que l’Ouganda ne figure point parmi les pays africains respectueux des accords signés avec la RDC. Pour preuve, l’accord de Luanda.

Le 6 septembre 2002, le chef de l’Etat Joseph Kabila et le président ougandais Yoweri Museveni avaient signé à Luanda, en présence de leur homologue angolais Eduardo Dos Santos, un « accord » dont la lecture était controversée.

Alors que pour l’Ouganda c’était un « protocole d’accord» («memorandum of understanding») concernant « uniquement des questions bilatérales », la RDC le considérait comme un « accord de paix » prévoyant « le retrait, sans conditions, des troupes ougandaises de leurs bases opérationnelles en RDC, la reprise de la coopération bilatérale et la normalisation des relations diplomatiques entre les deux pays » rompues à la suite de la guerre d’agression du 2 août 1998.

Kinshasa et Kampala s’engageaient également à « n’apporter aucun soutien militaire ou logistique aux milices ou aux mouvements rebelles en désaccord avec ou en lutte contre l’un ou l’autre des deux pays signataires », dès l’entrée en vigueur, endéans 74 jours, de l’Accord de Luanda.

Mais, cela n’a pas empêché le régime Museveni de maintenir des troupes à Bunia (province Orientale) en soutien aux milices Hema et Lendu engagées dans des conflits interethniques meurtriers et combattant le pouvoir de Kinshasa. « Ce, en dépit du retrait, confirmé par la Monuc, de 1.800 soldats ougandais de Beni et de Gbadolite, dans la province de l’Equateur », avait constaté la presse.

Des analystes politiques rappellent, par ailleurs, d’autres engagements « non tenus » par l’Ouganda dans les accords signés en février 1999 à Syrte (Libye) et en juillet/août la même année à Lusaka (Zambie) en relation avec le retrait de ses troupes de la RDC.

« Cette fois-ci encore, le doute est permis », soutiennent-ils, en attendant d’apprendre ce soir ou demain que les soldats ougandais participant aux opérations militaires conjointes « ont quitté effectivement le territoire congolais le samedi 14 février 2009 ». Et pour cause ? La première demande de prolongation de la présence des troupes ougandaises en RDC depuis le déclenchement de cette opération militaire conjointe. Alors que ces troupes devraient regagner l’Ouganda le 3 février, ce retour ne s’effectuerait que ce samedi, sauf changement imprévu. C’est un. De deux. La proposition de Kampala de créer des provinces autonomes : Provinces du Kivu et Orientale, à l’image du Sud Soudan. Proposition sur fond économique avec l’existence et l’exploitation du pétrole du Lac Albert. Et de trois, Les accusations de Museveni portées contre la Monuc pour avoir côtoyé la LRA pendant trois ans, ainsi que la RDC pour n’avoir pas mis en place des «  forces zonales » afin de protéger les populations civiles. Des subterfuges qui confirment ce doute. Enfin, de quatre : l’Ouganda estime que les soldats rwandais étant encore sur place au Congo, son armée ne devrait pas encore quitter la RDC. Comme si quelque part, on s’attend à la  « partition » de la RDC.

Ceci dit, à partir de samedi, les autorités de la République démocratique du Congo sont placées devant leurs responsabilités.

Source : le Potentiel/kinshasa