Arm_e_rwandaiseLes soldats rwandais regagnent leur pays. Les troupes ougandaise et sud-soudanaise emboîteront le pas incessamment. Finies donc les opérations militaires conjointes avec le Rwanda et l’ Ouganda. L’heure est au bilan.

Depuis samedi, les militaires rwandais qui avaient été autorisés à pénétrer en territoire congolais regagnent leur pays. Sur place, au Nord-Kivu, on aperçoit des colonnes des soldats à pied, sur des camions et des auto - blindés se diriger vers les points de ralliement avant d’emprunter la route, direction la frontière commune avec la RDC.

Ce redéploiement des troupes rwandaises se poursuivra jusque mercredi et sera marqué par une prise d’armes à Goma. La cérémonie pourra être rehaussée de la présence des chefs d’Etat de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila Kabange, et du Rwanda, Paul Kagame. Une belle manière de mettre officiellement fin à l’opération « UMOJA WETU » (Ndlr, Notre unité) conçue pour neutraliser les forces négatives. Notamment les rebelles rwandais des FDLR. Prévue pour 15 jours, cette opération militaire conjointe aura pris 37 jours.

De leur côté, les armées ougandaise et sud-soudanaise ont également accepté de retirer leurs troupes. Le retrait débutera, sauf imprévu de dernière minute le 26 février alors que l’armée ougandaise est revenue au Congo le 14 décembre 2008 pour combattre et neutraliser la LRA. Une mission militaire de 21 jours aura pris 74 jours.

Mais ce n’est pas avec le même enthousiasme que les militaires ougandais regagnent leur pays. En témoigne la déclaration sibylline du porte-parole de leur chef d’Etat-major général : « La RDC est un pays souverain. Nous devons nous incliner devant sa décision de mettre un terme à cette opération. Mais la LRA tue plus les Congolais que les Ougandais. Et ce n’est pas de cette manière que cette opération devrait prendre fin. Joseph Kony aura tout le temps de se réorganiser et de revenir tuer les Congolais que les Ougandais».

Bilan et perspectives d’avenir

Evidemment, l’heure est au bilan. En ce qui concerne les FDLR, l’on parle d’un succès à plus de 80%. Au fait, la question essentielle est celle savoir si le Rwanda n’évoquera plus le prétexte des FDLR pour brandir ses « questions sécuritaires », accusant de nouveau la RDC de soutenir les rebelles rwandais. C’est cet aspect du problème qui a justifié cette opération militaire conjointe. Et à plusieurs reprises, la communauté internationale a reproché à la République démocratique du Congo de ne pas faire assez pour neutraliser les forces négatives. Aujourd’hui que Kinshasa a enlevé ce prétexte à Kigali, quel est le sentiment profond du gouvernement rwandais ? Son objectif a-t-il été atteint ? A l’heure du bilan, il faudra que l’on réponde sans tergiversation à cette interrogation qui vaut son pesant d’or.

En ce qui concerne la LRA, Kampala ne cache pas du tout sa déception. L’objectif de la mission n’a pas été atteint tant que Joseph Kony court les forêts. Le porte-parole de l’armée ougandaise a été on ne peut plus clair : «  Tant que Joseph Kony n’est pas arrêté, il va s’organiser. Il fera plus du mal aux Congolais qu’aux Ougandais ». La mission a été un échec pour les Ougandais et ils repartent déçus. Ont-ils une idée derrière la tête ? C’est sûr qu’ils vont accuser dans les prochains jours Kinshasa d’avoir  « permis à la LRA de se refaire de la santé militaire et reprendre du poil de la bête ».

Quelles sont donc les perspectives d’avenir ? Le ciel est nuageux. Trêve de naïveté. C’est maintenant qu’il faut relancer le débat, positivement, pour que tout le monde regarde dans la même direction. Au plan national, la stratégie de l’après-opérations mixtes mises en place doit être endossée par les institutions nationales qui auront le mérite de l’avoir enrichie. Cette stratégie doit porter sur la stabilité des institutions nationales et régionales, la sécurité des biens et des personnes. Mais également sur la suite du processus de Nairobi III. Les pourparlers ayant repris à Goma, tout le monde est curieux de connaître le contenu des résultats de ces pourparlers avant qu’ils ne soient soumis à la facilitation internationale.

Quant à la bonne volonté de Kigali, elle sera appréciée à travers la suite qu’il donnera à la procédure engagée sur l’extradition de Nkunda. Au-delà, savoir si effectivement Kigali a coupé le cordon ombilical avec tous les seigneurs de guerre qui soutenaient ses convictions politiques dans la région des Grands Lacs.

Cette vision de choses vise à consolider le « leadership au sommet de l’Etat », renforcer le pouvoir des institutions. Question d’épargner la population des « guerres de tranchées et des clans ».

La Résolution 1856 des Nations unies

Mise à l’écart lors des contacts directs entre la RDC et le Rwanda, ainsi que la RDC, l’Ouganda et le Sud-Soudan, l’Onu, à travers la Monuc, a laissé faire et laissé agir. Elle est demeurée silencieuse jusqu’à ce jour. Aujourd’hui que les troupes rwandaise et ougandaise regagnent leurs pays respectifs, quelle sera l’attitude de la Monuc ?

La réponse à cette interrogation sera certainement connue cette semaine avec l’arrivée de Ban Ki-moon, secrétaire général de l’Onu, à Kinshasa. Arrive pratiquement au même moment Jean Ping, président de la Commission africaine.

Pas de fait du hasard dans la mesure où la communauté internationale doit réagir au regard de la Résolution 1856 du Conseil de sécurité des Nations unies. Depuis son adoption, cette résolution n’a pas encore connu un début d’exécution. Court-circuitée par les opérations militaires conjointes, la Monuc est restée quasiment hors jeu. En plus, les pays qui avaient promis de déployer leurs troupes doutaient. Même l’Union européenne s’est tue, laissant faire les choses. Silence inquiétant.

Mais depuis la semaine passée, l’Egypte a décidé d’envoyer un contingent de plus de 1.000 soldats en RDC. La question est celle de savoir quel sera le mandat de la Monuc aujourd’hui qu’il y a un semblant de paix. Qu’il ne s’agit plus de protéger des populations contre les affrontements des troupes rivales, mais d’accompagner efficacement leur insertion et réinsertion.

En d’autres termes, la Monuc ne doit plus créer des « zones tampons » mais d’assister efficacement les FARDC pour éliminer toutes les poches de résistance. De convaincre de plus en plus les derniers rebelles rwandais et ougandais à regagner leurs pays, et au-delà exercer une pression sur Kigali et Kampala pour créer des opportunités d’un retour au pays sans atermoiements.

Comme on peut bien le constater, aucune des parties, à savoir la RDC, le Rwanda, l’Ouganda, l’ONU et l’Union africaine, n’est au bout de sa peine. Le processus de restauration de la paix, de la sécurité, de la stabilité dans la région des Grands Lacs demeure encore une oeuvre inachevée. Donc, précaire.

Source : Le Potentiel/Kinshasa