lubumbashiPlus de 40 fonderies de cuivre chinoises sont aujourd'hui désaffectées en En RD Congo (RDC), leurs propriétaires ayant fui le pays dès la fin du boom des matières premières sans acquitter leurs impôts ni dédommager leur personnel. Moïse Katumbi, le gouverneur de la province du Katanga, que traverse la "ceinture du cuivre" congolaise, assure que ces chefs d'entreprise chinois ont abandonné leur fonderie simultanément fin 2008, en quelques jours à peine, alors que les cours du cuivre s'effondraient. Lorsqu'on lui demande s'ils seront les bienvenus si le prix du métal venait à remonter, le gouverneur est catégorique. "Non, non et non. Pas tant que je serai gouverneur. Le Katanga, ce n'est pas la jungle. Ils ont travaillé ici comme si c'était la jungle", assure-t-il.

Le secteur minier katangais, connu pour son caractère anarchique, a connu ses dernières années une période d'euphorie grâce à l'envolée des cours des matières premières et l'arrivée massive d'entreprises étrangères venues exploiter ses gisements de cuivre. Les entrepreneurs chinois étaient venus dans le cadre d'accords à petite échelle pour le secteur privé conclus par leur pays en Afrique. Simultanément mais pas toujours harmonieusement, l'Etat congolais a lancé des initiatives visant à défendre ses ressources. Cela a débouché, en 2008, sur un accord "minerais contre infrastructures" de quelque 9 milliards de dollars [7 milliards d'euros] entre la Chine et la RDC.

L'effondrement des cours a eu de douloureuses conséquences au Katanga. En quelques semaines, projets immobiliers luxueux et Jeep fraîchement importées ont disparu, cédant la place au chômage et à une criminalité grandissante. Ce brutal revers de fortune a fait naître des rancœurs contre le comportement de certaines entreprises chinoises en Afrique, qui ne se sont guère fait d'amis avec leurs âpres négociations et leur froideur envers les Africains. "Certaines entreprises sérieuses ont conservé leurs usines sidérurgiques. Je n'ai aucun problème avec celles-là. Mais elles ne représentent que 10 % des Chinois venus dans la région. Les autres sont tous partis", déplore Moïse Katumbi, qui les considère comme des "spéculateurs". "Ils ne payaient pas leurs employés, ils ne respectaient rien. Nous avons déjà écrit à ces entreprises pour leur demander de verser des indemnités de licenciement et de payer les taxes dues à l'Etat. Si elles ne le font pas, nous demanderons à la justice de mettre leurs biens aux enchères pour payer la facture." Action contre l'impunité pour les droits humains (ACIDH), une organisation congolaise de défense des droits de l'homme, s'apprête, pour sa part, à publier un rapport détaillant le traitement "cruel et inhumain" subi par les employés de trois fonderies chinoises.

Reste que le secteur minier congolais est réputé de longue date pour sa rudesse et son manque de réglementation. Les accusations portées contre les entreprises chinoises ne sont que les dernières en date d'une longue série de violations des droits de l'homme et du droit du travail. Pour Karen Hayes, du groupe Pact, qui aide les sociétés minières à gérer les incidences sociales de leurs activités, les chefs d'entreprise chinois "ont été opportunistes, mais on nous dit qu'ils ont toujours payé, et cash. Cela dit, ils semblaient surtout préoccupés par les résultats financiers. Je crois que c'est surtout un problème de priorités divergentes, de conceptions différentes en matière de règles et réglementations et d'une approche différente des questions de santé et de bien-être. Mais, honnêtement, les Chinois sont loin d'être les seuls dans ce cas." Wu Zexian, l'ambassadeur de Chine en RDC, assure qu'il ne savait pas grand-chose des activités des fonderies chinoises au Katanga. "Nous avons toujours pour politique d'exiger des entreprises chinoises exerçant leurs activités hors de Chine qu'elles respectent la législation et la réglementation des pays où elles se trouvent. C'est extrêmement clair. Mais nous ne pouvons jamais être sûrs à 100 % que toutes les entreprises le font", reconnaît le diplomate.

Pour les spécialistes du secteur, les fonderies congolaises peuvent produire une tonne de cuivre pour environ 3 500 dollars. Un coût de production qui permettait de coquets bénéfices quand le cours flirtait avec les 9 000 dollars la tonne, en août 2008, mais qui n'est plus viable aujourd'hui, avec un cours à 3 200 dollars. Les fonderies achetaient du cuivre à des mineurs artisanaux (des hommes travaillant à leur compte, souvent au noir, qui extraient une large part de la production du Katanga) avant de le traiter et de le vendre à l'étranger.
En moyenne, les fonderies employaient chacune 150 personnes, raconte le gouverneur Moïse Katumbi. Elles avaient créé des emplois dont ce pays rongé par la misère avait grandement besoin, reconnaît-il. Plusieurs de ces fonderies se trouvent à Lubumbashi, la capitale du Katanga. Leurs portes sont actuellement verrouillées et gardées par des vigiles congolais, signe que les propriétaires se réservent la possibilité de revenir. "Je ne crois pas que ces entreprises soient parties définitivement, estime Wu Zexian. J'ai parlé à un homme qui dit envisager de revenir dans un à deux mois, quand la situation se sera améliorée."

Source : Financial Times