Arm_e_congolaiseUn mois presque après leur entrée en territoire congolais, les troupes rwandaises ont refait le chemin, cette fois-ci dans le sens inverse. Elles sont, pour une bonne partie, retournées chez elles, bien qu’il soit difficile pour le moment de dire avec exactitude le nombre des soldats rwandais ayant franchi la frontière de la RDC le 20 janvier dernier et ceux qui viennent de plier bagages. Mission accomplie ou pas ? Succès ou pas ? Rien n’est moins sûr. Mais ce qui est vrai, une page vient d’être tournée et il faut désormais voir l’avenir sous un autre regard. La traque des FDLR, objectif premier de la mission, va devoir se poursuivre…dans le Sud-Kivu. Contrairement à la première phase qui s’est déroulée principalement au Nord-Kivu, la deuxième, elle, se fera sans la participation des troupes rwandaises. Sur la ligne, les FARDC bénéficiant de l’assistance – à obtenir – de la MONUC. Kinshasa s’est-il suffisamment préparé pour faire le travail ? La question reste posée.

Goma, le 25 février. L’optimisme semble quelque peu l’emporter au sein de l’opinion même si les avis sont partagés. Ils le sont quant à la note qu’il convient d’attribuer aux deux parties, rwandaise et congolaise, au terme de ce qu’il faudra considérer comme la première phase d’une opération mise sur pied par Kigali et Kinshasa pour traquer les FDLR.

Au-delà de la gué-guerre qui est encore loin de prendre fin, surtout au sujet du nombre des combattants FDLR abattus ou faits prisonniers, de ceux qui ont été rapatriés vers le Rwanda et bien d’autres aspects liés à l’opération conjointe rwando-congolaise, le problème mérite d’être perçu beaucoup plus en termes de capacité de la République démocratique du Congo à s’attaquer à la menace que constituent encore les FDLR dont une partie d’éléments se sont retranchés dans les forêts vierges du Kivu. Il n’est pas dit qu’ils ne s’appliqueraient pas à se reconstituer et à se refaire une « nouvelle santé».

Affaiblies, les Forces démocratiques de libération du Rwanda le sont ; leurs gros bastions ayant été démantelés. Mais il n’empêche que Kinshasa qui vient de s’engager visiblement dans la deuxième phase de l’opération, mette toutes les chances de son côté.

Et quand on sait qu’il y a, ici aussi, un prix à payer pour assurer un quelconque succès à la traque des FDLR, la RDC doit lever un obstacle sur son chemin, c’est celui de disposer d’une armée moderne, forte, capable de s’acquitter d’une mission qui n’a rien d’une partie de plaisir.

Dans tous les cas, au niveau du pays, on est, dans l’ensemble, conscient du fait que rien ne peut se faire dans ce sens si la RDC ne fait aucun effort pour se doter d’une telle armée. C’est beaucoup plus et surtout de volonté politique dont on a besoin devant une exigence qui tienne à la survie de tout un peuple, de toute une nation et de tout un Etat.

Pas d’Etat, pas de Nation sans Armée

A Goma, le ministre congolais des Affaires étrangères l’a rappelé en des termes qui ne peuvent laisser place à aucune équivoque. Pas d’Etat, pas de Nation sans Armée, a-t-il martelé alors qu’il prenait la parole à l’occasion de la parade marquant le départ officiel des troupes rwandaises. Pas de reconstruction sans armée, pas de développement sans armée, a-t-il réaffirmé. Question de faire ressortir que la mise sur pied de cette armée doit être considérée, au stade actuel, comme la première des priorités, afin que la RDC ne recoure plus «  à l’ assistance des armées étrangères », au risque d’aliéner sa souveraineté, sa dignité.

Quand on sait que la suite des événements s’annonce sous un autre décor, à savoir sans les troupes rwandaises, il y a de quoi prendre cela comme un défi pour les Congolais, le gouvernement en premier, autant qu’il appelle la communauté internationale à une réelle prise de responsabilité de sa part. C’est dire que la Résolution 1856 devra être appliquée sans chantage ni tergiversation. De la Mission d’observation des Nations Unies au Congo, on n’attend pas autre chose si ce n’est que se mettre aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo pour réussir la mission qui leur incombe, celle de neutraliser les rebelles hutu rwandais et de restaurer, dans le cas d’espèce, la paix dans le Kivu.

Un autre décor : celui de croire effectivement que cette opération militaire conjointe n’avait pas d’agenda caché. Que cette agitation politique observée autour de cette opération, doit être comprise comme une manifestation de maturité, de conscience nationale des populations congolaises de ne plus subir l’humiliation, de ne plus être victimes d’un quelconque «  marché de dupes ». C’est même un sentiment de réveil national qui doit inciter les responsables congolais, à tous les niveaux, à plus de responsabilité politique.

Certes, admettons que «l’Opération UMOJA WETU» (Ndlr : Notre unité) a été un succès. Dans ce cas, cette opération doit constituer désormais un programme pour justement consolider notre unité, préserver les acquis de l’indépendance et de la souveraineté et sauvegarder la cohésion nationale. Le plus dur est bien devant nous. Car, le danger n’est pas encore totalement écarté.

Source : le potentiel/kinshasa