Dans la province de Bandundu proche de Kinshasa, quelques députés ont vendu leurs voitures de luxe pour acheter de gros véhicules de transport, qui aident les paysans de territoires enclavés à évacuer leurs produits agricoles. Un sacrifice louable, qui encourage les villageois à entretenir eux-mêmes leurs routes, à la grande satisfaction de tous…

"Nous ne pouvons pas nous réjouir dans nos voitures de luxe et abandonner nos populations avec le fruit de leurs champs qui pourrissent dans des greniers !" Député du territoire de Feshi, dans la province de Bandundu proche de Kinshasa, la capitale de la RD Congo, Léopold Kangulumba a fait le choix courageux de vendre sa voiture de luxe d’une valeur de 42 000 $, pour acheter un véhicule utilitaire de marque MAN, à 28 000 $. Ce gros camion sert aujourd’hui à évacuer les produits agricoles des villages de cette contrée enclavée, vers les grands centres de consommation comme la ville de Kikwit, ou le chef-lieu de territoire, Feshi.
Six autres députés de cette province ont fait pareil. Après les élections de 2006, bénéficiaires comme l’ensemble des 80 députés de l’Assemblée provinciale de Bandundu d’un crédit voiture, ils ont jugé bon de revendre leurs véhicules de luxe pour répondre à certaines attentes de leurs électeurs. "Ce n’est pas notre rôle d’évacuer les produits agricoles vers les centres commerciaux, mais nous le faisons par souci de la population…", explique Yeckse Mandundu Ngalula, élu du territoire d’Idiofa près de Kikwit. Avec les recettes de vente de sa voiture, ce député a acheté un gros véhicule ainsi qu’une moto, qui lui permettent d’aller dans les coins les plus reculés de son fief électoral.

Paysans encouragés

Dans cette région de Bandundu essentiellement agricole, les paysans éprouvent d’énormes difficultés pour écouler les produits de leurs champs vers les milieux urbains, les routes étant fortement abîmées depuis plusieurs années. "Nous sommes souvent obligés de prendre des vélos en location pour transporter quantités de marchandises à 1000 Fc (1,3 $) par sac de 50 kg", fait observer Jean de dieu Katshoko, du village Motshunda. Quelques commerçants osent encore engager leurs vieux camions sur ces routes embourbées, mais à des intervalles irréguliers, imposant souvent aux paysans les prix d’achat de leurs produits. "Ils nous exigeaient le quart de nos produits pour les acheminer vers les ports fluviaux, en direction de Kinshasa", se plaint Ferdinand Muyonso, un petit acheteur local qui va revendre les produits de la campagne en ville.
L’arrivée dans certaines contrées des véhicules de transport achetés par le petit groupe de parlementaires apporte quelques changements et un vrai soulagement auprès de la population. Elle a notamment contraint les commerçants à faire baisser les prix de transport des marchandises : le tarif pour un sac de cosettes de manioc, par exemple, a ainsi chuté de 2000 à 800 Fc (2,6 à 1,06 $). Encouragés par ces changements et ce désenclavement progressif de leur région, les paysans se mettent à produire davantage, assurés que leurs marchandises ne moisiront plus dans leurs greniers.

Travaux communautaires

Autre fait inattendu qui fait la joie de tous : sans attendre un appui des autorités, les paysans se sont impliqués eux-mêmes dans des travaux communautaires d’entretien de leurs routes, afin de faciliter l’accès des véhicules aux villages. Du coup, les voies d’évacuation des produits agricoles qui mènent vers d’importants ports de la région comme Dibaya Lubwe, Mangay ou Piopio, sont devenus plus praticables qu’avant. "Maintenant, nous pouvons vendre nos produits et acheter du sel et d’autres produits manufacturés sur place au village", se félicite Marie Otsheya, une paysanne qui constate que petit à petit, ce désenclavement apporte un mieux-être dans leur quotidien.

Source : Syfia Grands lacs